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Idanxiraële ou le Choc des Cultures 4/4

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Philosophie

Image trouvée par Google Images à l'URL suivante: http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/49/Villars_a_Denain1.jpg

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-Mon fils, quelle folie as-tu commise ? En plus, cette fille n’est autre que la descendante de Kakataton, princesse Mozuken !  S’adresse Albaran Ier à son héritier, posant sa couronne qu’il souffre de porter suite à la détresse dans laquelle il est tombée. Il a fait revêtir ses habits princiers à son descendant de manière à ce qu’il soit décemment présenté, quant à la Mozuken, il lui a fait enfiler une robe qu’ils avaient sous la main sans nul autre atour. Eploré, le Prince se défend en ces termes à son père :
-Vénéré père, pourquoi tous ces futilités ? Pourquoi ce titre, pourquoi toutes ces facéties si c’est pour commettre les ignominies actuelles ? Je ne comprends pas, ou plutôt, je ne comprends plus : ça dépasse l’entendement ! Certes les Mozukens sont un frein à notre développement, mais eut-il fallu transgresser leurs règles et leur déclarer de ce fait un affront des plus terribles qui ne puisse être réparé que dans un bain de sang ? Sans compter que c’est en répression à notre excursion en territoire hostile, excursion qui a eu, à ce que j’en sais, son lot de cadavres…
Non, non père ! Inutile de me rétorquer un quelconque mensonge, je ne sais que trop ce que tu caches sous ton apparence cajolante : tu voudrais me dissuader d’aimer cette créature née d’une civilisation que tu haïs du plus profond de ton cœur. Pourquoi faut-il se laisser aveugler par un sentiment des plus néfastes ? Père, garderas-tu les yeux fermés, refusant de regarder en face ces hommes et ces femmes qui sont chaque jours les victimes d’une guerre sans fondement dont tu es le seul responsable. N’aperçois-tu pas la détresse dans leurs yeux, cette détresse dans laquelle tu contemples le mort déjà affirmée ?
De la passion était perceptible dans la voix de Rixke, son père haussa les épaules en soupira, essuyant son front humidifié de sueur à l’aide d’un mouchoir. Ayant fait verser dans la coupe de la réconciliation un breuvage alcoolisé, il s’en empare, le tend à son fils tout en jetant un sombre regard à la Mozuken des plus mal venues. Il la dévisage, comprenant pour quelle raison son fils a pu succomber : il n’y avait pas femme plus pulpeuse sur tout Idanxiraële, mais un bref sourire narquois le poussa à interrompre le geste de son fils qui était en train de porter le breuvage à ses lèvres.
-Laisse-moi boire en premier, fils ! Si je trépasse, tu sauras que la confiance est une aptitude qui se mérite : tu entendras de cette manière ce que je ne puis aborder avec toi… Que le sort en soit jeté !

Il but d’une traite le contenu de la coupe, non sans une certaine crainte qui lui remuait les entrailles, n’en laissant pas une goutte à son fils. Le drame se produisit comme il le craignait : convulsant soudainement, il tomba raide sur le sol, en pleine détresse respiratoire, et mourut asphyxié par le poison répandu dans la boisson. Rixke en eut le cœur déchirant, hurlant à la mort, il fit arrêter et fouiller sur le champ la Mozuken sur laquelle on dénicha une fiole qu’elle cachait dans son fondement. Convaincu de la mauvaise foi de celle qu’il espérait faire sa dulcinée, il la fit jeter vivante à des chiens affamés en guise de punition. Dans sa rage vengeresse, il souleva la fureur des fervents fidèles affligés de l’assassinat de leur Souverain. La contre-attaque fut terrible ! Usant de leurs armes de destruction massive, les Aryas touchèrent lourdement les Mozukens qui périrent sous leurs bombes.

Bien loin de là, dans l’espace, observant le comportement des habitants depuis leur vaisseau spatial où ils sont confortablement installés, deux extraterrestres petits et gris, vêtus dans des toges de philosophes, échangèrent sur un sujet des plus épineux.
-Avez-vous compris, cher confrère, qu’il n’est qu’utopie de croire que deux civilisations peuvent s’entendre ? Par le fait qu’elles aient des coutumes, traditions, mœurs, règles, religions et morales différentes, elles ne pourront jamais ne faire qu’un : les réunir sera toujours sujet à polémiques et guerres intra-utérines, vous êtes donc insensé de prêcher ceci.
-C’est ce que vous dites cher ami, cependant, l’histoire a parfois prouvé le contraire. Tenez, ne sommes-nous pas ici à palabrer entre éminents savants de milieux différents ?
-Certes, certes, c’est tout à votre honneur de le faire remarquer, mais il y a une différence notable. Répond le plus nonchalamment possible le penseur vêtu de rouge.
-Expliquez-vous, j’avoue ne pas vous suivre ! L’interroge son homologue, drapé en vert, fronçant les sourcils l’un après l’autre pour montrer sa désapprobation.
-Nous venons tous deux de la même civilisation, combien même nos conditions sont différentes, nous avons des valeurs communes que des êtres trop éloignés de par leurs origines ne pourront jamais partager, aussi, il est fou de désirer unir ce qui est impossible.
-D’après votre théorie, ce sont des hommes, mais leurs cultures sont trop éloignées pour ne point induire de conflit. Je manque d’éléments pour vous répliquer convenablement, aussi, je préfère me coucher pour le moment, mais j’ose espérer qu’un jour une union entre des peuples visiblement très différents soit possible à l’aide de concessions de part et d’autre.

Acquiesçant la sagesse du philosophe optimise, l’alien en rouge effleura un bouton qui le fit entrer en communication avec le commandant de bord auquel il ordonna de mettre le cap sur leur planète résidentielle. Pendant ce temps, son interlocuteur s’intéressait aux dernières images zoomées du champ de bataille, admirant le Prince, désormais Roi des Aryas, menant ses troupes dans une grande bataille chaotique où on se battait en mêlée. Coupant sans conteste les têtes des moindres ennemis qui lui faisaient face, il larmoyait toutes les larmes de son corps en souvenir de son défunt père, ainsi que de cette fille des plus belles dont il s’était épris pour tout regretter des plus amèrement…



"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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