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Au Diapason

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Steampunk

Image tirée de Google Images: http://immaginidivenezia.i.m.pic.centerblog.net/o/7064fc2a.jpg

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La découverte que je fis hier matin en me rendant chez mon confrère de savant, le vénéré Docteur Fonocem, m’a marqué à jamais. Cette tête est de loin la plus éminente de toutes celles qui me fut permis de connaître, mais je pense qu’il surpasse de loin les inventeurs renommés de chaque contrée ! Laissez-moi vous expliquer.

Hier matin, je sortais de chez moi en redingote, un chapeau melon sur le crâne, mes gants de cuir noir sur les mains, ma canne épée au pommeau représentant une tête de robot argenté, afin de me rendre en vélo à moteur chez ce bon bougre de Docteur Fonocem que je n’ai vu depuis des mois, et pour cause, ce monsieur était en voyage à l’étranger depuis tout un semestre ! Ayant appris, non part lui, qu’il se terrait dans son laboratoire ( il faut dire que la sociabilité n’est pas son fort ), je me suis dit qu’un peu de visite lui ferait plaisir, bien que ce bougon savant ne me le montrerait guère, ronchonnant comme à sa bonne habitude pour vous informer de sa bonne humeur quotidienne.

Je pédalais donc un quart d’heure durant, devant aider mon moteur qui, pour pleinement me satisfaire, dysfonctionnait totalement. Première mésaventure de la journée, espérons qu’il n’y en aura pas une deuxième sinon une troisième ne tarderait pas à arriver, car comme vous le savez, jamais deux sans trois ! Ereinté par cette épreuve sportive de si bon matin, le poids de l’âge n’aidant guère, je m’essuyai la sueur perlant sur mon front à l’aide du mouchoir que je tiens toujours à ma disposition dans la poche gauche de mon veston. J’en profitai également pour me recoiffer à l’aide ma main droite avant de sonner à la porte de ce bon vieil ami. Comme je le pariai, il ne répondit point et je dus, comme les trois quart du temps, m’infiltrer à l’intérieur de son domicile ( je savais qu’il laissait toujours une fenêtre ouverte en hauteur pour permettre à ses connaissances de lui rendre visite si l’âme leur disait, car évidemment, ce fieffé gredin avait pris soin de « piéger » son visiteur à l’aide de systèmes de télésurveillance discrets : monsieur est donc averti de la présence d’un individu, et peut en cas de besoin s’en débarrasser comme bon lui semble… ). Redoutant, comme à chacune de mes venues, sa réaction qui peut parfois sembler inappropriée ( oui, il lui arrive par moments de vous mettre en confrontation directe avec la mort. Tout a fait charmant !... ), je me glissai dans le couloir en quête de sa présence que je pensais être, comme à sa bonne habitude, au fin fond du sous-sol de son labo.
Curieusement, Fonocem, d’un naturel joueur, n’avait pas l’air de vouloir me surprendre aujourd’hui. Cela ne lui ressemblait guère, était-il malade ? Je descendais confiant, sûr et certain qu’il ne m’arriverait rien, et voilà que j’atteignis en peu de temps le sas de sécurité de son antre. Je m’apprêtai à entrer les identifiants de l’accès restreint qu’il m’a octroyé, mais la porte s’ouvrit sans que j’eus besoin de le faire : la sécurité n’était pas enclenchée. Enchaînant bizarreries sur bizarreries, je me questionnais à propos de l’état de mon confrère jusqu’à ce que j’entende une douce mélodie jouée à l’harmonica. Guidé par le son de son instrument, je me dirigeai jusqu’à lui et le je le découvris entrain de répéter des partitions musicales.
Il ne prêtait pas attention à ma présence, je toussotai pour entamer la discussion, ce qui eut pour effet de le faire râler. Il se retourna en bougonnant, me serrant la main comme à notre habitude.
-Bougre d’idiot, tu m’as troublé en plein concerto philarmonique solitaire de musique de chambre ! Quel vent t’amène, espérant que ce dernier ne soit point rempli de désagréables surprises ? Je le reconnaissais bien là, soulagé de retrouver mon vieil ami, je lui répliquai.
-J’errais dans ta demeure en quête du génial confrère et ami que tu es, et me voici bien heureux de te retrouver après tout ce temps que tu nous as manqués. Bigre, que fais-tu donc ici à pratiquer un instrument plutôt qu’à te lancer sur de fous projets ? Prendrais-tu ta retraite ? Souhaites-tu devenir maître orchestre ?
-Cesse de me railler stupidement, je ne suis pas en train de m’adonner à ce triste spectacle pour mon bon plaisir ! Non, sache que j’ai réussi à mélanger ce qu’on pourrait appeler « magie » et science. Après tout, tout est physique, n’est-ce pas ?
-Tu titilles ma curiosité cher ami, viens-en aux faits je t’en supplie.
-Un exemple vaudra mieux que des mots, par ici je t’en prie.

Je m’engouffre à sa suite dans une salle d’expérimentation où sont rangées de petits cyborgs améliorés à l’aide de parties en métal, chiffons, cuir et cuivre. Que s’amuse-t-il à expérimenter entre robotique organique et musique ? Sans me laisser le temps de me poser plus de questions, il saisit son harmonica et se mit à jouer sans discontinuer le doux air mélodieux qu’il entonnait à mon arrivée. Ses petits cyborgs, des rats, se mirent à danser, virevolter, former des quadrilles, des rondes, des duos… C’était un véritable spectacle qui s’offrait à mes yeux devenus ceux d’un bambin pour l’occasion ! Il poursuivit sur un air plus féroce, un air guerrier qui eut pour effet d’enrager ces mignons petits êtres qui se mirent à s’agresser les uns les autres, se mordant, se griffant, se saignant jusqu’à la mort, comme si une divinité martial leur avait insufflé le goût du massacre. Il acheva son répertoire sur un sinistre air, que je suppose d’enterrement, qui eut pour effet d’arrêter le cœur battant de ses sujets d’expérience.
-Comprenez-vous à présent ? Je suis désormais capable, après avoir fixé des implants sur mes sujets, d’en quelque sorte les gouverner en stimulant leur humeur ou certaines zones de leurs cerveaux à l’aide d’un instrument musical. L’harmonica étant le plus approprié par sa facilité de transport et son son bon marché, je me suis dit que je pourrais peut-être appliquer cette révolution scientifique à de futurs androïdes ? Les essais sont concluants, il ne me reste qu’à perfectionner le tout en y testant une prochaine fois sur de plus gros sujets, cependant, puisque le parasite que tu es m’a dérangé pendant mon travail, pourquoi ne pas remonter pour siroter deux doigts de poison avec des glaçons et de bons biscuits ? On conversera plus confortablement, tu aimes toujours le Whisky, non ?
Je lui répondis par un signe de tête affirmatif, il me fit sortir et éteignit les lumières pour laisser baigner, dans l’obscurité profonde de la mort, les pauvres rats trépassés.



"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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