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Bonne bise glaciale du soir

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Fantastique

Image tirée de Google Images: http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ee/The_Absinthe_Drinker_by_Viktor_Oliva.jpg

Image tirée de Google Images: http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ee/The_Absinthe_Drinker_by_Viktor_Oliva.jpg

Les antidépresseurs, voilà le genre de poison auquel je me drogue depuis la mort de ma femme. Je ne peux accepter qu’elle s’en soit ainsi en allée, c’est trop bête, on ne doit pas mourir si jeune… Ne me faisant à l’idée que plus jamais elle ne reviendra, j’ai sombré dans une profonde déprime qui fait de moi un légume qui végète sur Terre dans l’espoir de la rejoindre plus tôt que je ne le devais. Je refuse catégoriquement toute solution qui serait censée m’aider à reprendre pied en cette vie où mon amour n’est plu.
En maladie de longue durée, ma paye mensuelle en est de moitié diminuée, et ce tant que le patron sera clément d’encore me garder. Je sais que si je persiste dans cette voix, je finirai sous les ponts, à me morfondre pauvrement, ayant pour seul réchaud la crasse accumulée au fil des jours et les cartons que je trouverai dans les poubelles. Triste sort qui m’est réservé, mais qui ne me fait plus peur : quand on vit dans la rue, on vit et meurt bien plus rapidement.
Pourquoi n’en ai-je pas fini plus tôt ? Car le trouillard que je suis est incapable de mettre fin à sa jour tellement il redoute de souffrir. Je laisse donc le temps se charger de cette tâche dont je n’ai pas le courage d’achever.


Mon introspection nocturne étant à présent à bout de souffle, je termine la bouteille de vodka que j’ai entamée en cette soirée, partant ensuite m’affaler sur notre lit double non fait depuis plusieurs jours. J’ai le tournis, suis sur le point de dégueuler, et m’étends de tout mon long dans les draps forts sales que je n’ai pas changé depuis sa mort. L’haleine empestant l’alcool, je pleure en délirant sur mon lit, la tête entre les mains, trempant mon visage qui est agressé par la salinité de mes sécrétions lacrymales, jusqu’à être alarmé par la température de la pièce qui chute d’un coup alors qu’il fait chaud en cette soirée d’été. M’apprêtant à allumer le chauffage car me gelant, je ne parviens à me relever, comme si une force inconnue me maintenait à terre : sans doute les effets de l’alcool qui altèrent mes sens. Contraint de demeurer allongé, je suis à l’écoute de mon corps qui ressent une certaine source de chaleur provenant de mains invisibles qui me caressent. Mon vécu refait surface par bribes de souvenirs qui me donnent l’illusion qu’elle est encore là, et pourtant, je sais bien que ce n’est pas réel.
Mes pleurs redoublent d’intensité jusqu’à ce que je ressente une subite étreinte amoureuse et que je sente une tête chevelue se poser sur mon torse. Est-ce du lard ou du cochon ? Il faut que je résolve ce mystère ! C’est sur cette dernière pensée que je reçois les habituelles attentions qu’autrefois ma femme me donnait : j’en suis sûr à présent, c’est elle qui est sûr moi ! Je l’appelle par son prénom, elle me serre à nouveau dans ses bras et me couvre de baisers à l’aide de ses lèvres glacées : un froid mortel qui demeure cependant doux à ressentir puisqu’il appartient à l’être tant aimé.

Réconforté, j’entame la discussion, mais elle s’en est déjà en allée. Nulle trace d’elle ne fut laissée, hormis ces interactions physiques dont j’en ai encore la sensation. Deviens-je fou ?



"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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