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Chère Nubile (histoire intégrale)

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Fantastique , Halloween

Image tirée de Google Images: http://img4.hostingpics.net/pics/643437384292876_small_copy_eye_copy.png

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Retrouvez l'histoire intégrale de Chère Nubile sur cette page. Les cinqs épisodes sont rassemblés en un. Bonne lecture !


 

Chère Nubile

 

Le tonnerre gronde au-dehors en cette nuit de pleine lune qu’on ne peut admirer à cause du ciel voilé. La pluie tombant sur les bois de la propriété ne rendent que plus terrifiants les alentours du manoir des Defolkor : la tournure que prennent les événements est propice à l’expérience que souhaite mener Sarah, ado de dix-sept ans en quête de sensations fortes en ce jour d’Halloween. La maison est étrangement calme : ses parents sont partis faire la fête chez des amis, ses frères et sœurs de plus jeune âge ont été confiés à la grand-mère, elle est donc la gardienne de la demeure, et quelle gardienne ! Ses parents ont été sympas : ils lui ont accordé de faire dormir son petit ami et trois de ses copines, mais pas plus, sans quoi elle serait punie ! Vous pensez vraiment qu’une jeune fille écoute sagement les consignes de ses parents ? Puisque ses camarades ne seraient jamais venues sans leur compagnon actuel, elle fut obligée de les inviter eux aussi, mais en douce de ses paternels.


Après avoir fait la fête durant une bonne partie de la soirée, ayant commencé par jouer à la console, puis danser avec la musique à fond avant de manger et grignoter des sucreries, poursuivant ensuite la soirée en jouant à se faire peur, les couples s’étaient chacun retiré dans leur piaule et poursuivaient la soirée sur des galipettes. Une fois tout le monde repu, le silence s’installa, la plupart des convives dormant déjà, mais Sarah, elle, ne se reposait pas. Elle n’était pas satisfaite : il manquait son divertissement des plus importants qu’elle avait prévu de longue date ! Josh, son petit ami, lui aussi éveillé, la serre dans ses bras en l’embrassant tendrement.

 

-Qu’est-ce qui ne va pas ? T’as l’air déçue, tu ne te plais plus avec moi ? Lui glisse-t-il vexé sur l’oreiller. Pour toute réaction, elle soupire. Saoulé par son attitude, il lui tourne le dos en rabattant les couvertures sur son nez, mais elle s’accroche à lui, plaçant une main sur son ventre et humidifiant son dos de ses lèvres.

-Ce n’est pas ça Josh, c’est juste qu’aujourd’hui seulement on aurait pu tenter un truc des plus oufs, demain il sera trop tard. Explique-t-elle avec du chagrin dans la voix : elle était prête à pleurer. Souhaitant réaliser son caprice, il la questionne.

-Bon c’est quoi ton trip ? Sarah sourit de malice, elle sait que son amoureux s’exécutera sans la moindre hésitation pour faire plaisir à sa belle. Elle lui avoue donc son plan des plus machiavéliques.
-Ecoute, tu connais Josette aux grosses lunettes ? Elle doit venir ce soir : je lui ai dit de sonner chez moi à une heure du mat.

-Oh, t’es sérieuse là ? T’as invité cette ringarde de première ? Non mais t’as vu sa gueule avec son râtelier, on pourrait ratisser toute ta propriété avec ! S’indigne Josh, non content de savoir que va se pointer une trouble-fête, l’intello de la classe dont le monde se moque à cause de son manque d’hygiène, de ses spots sur la face et de ses grosses lunettes démodées qu’elle choie par-dessus tout.

-T’y es pas : si je la fais venir, c’est que j’ai une bonne raison. T’inquiète pas, je me suis arrangé pour lui faire croire que je suis son amie, et elle ne se défilera pas, bien trop peureuse de perdre la seule amie classe qu’elle a ! On va pouvoir tenter un truc cool, tu vas voir. Le rassure-t-elle, mais cela n’eut pas l’effet désiré : Josh est sur le point de péter un câble.

-Me dis pas que tu veux tenter un truc à trois avec cette crado ? Hors de question que je touche à ce machin poisseux, encore moins qu’elle pose ses paluches sur toi ou moi, autrement j’te préviens que j’te largue d’office ! Tu veux nous faire passer pour qui avec des plans aussi foireux ?! C’est la dernière fois que tu te fous de ma gueule comme ça, c’est limite que j’me casse d’ailleurs : faut pas abuser !

-Que t’es bête, j’suis pas gouine enfin ! Si je l’ai conviée, c’est uniquement pour qu’elle nous serve à vérifier l’authenticité d’un rite qui est génial à ce qu’on m’en a dit : ce sera un jeu qui fout vachement les j’tons, ça te tente pas ? Intrigué, se caressant le menton, Josh ne saisit guère ce dont lui cause sa copine, mais ce qui est sûr c’est qu’ils risquent de se fendre la poire ! Tout en plotant Sarah, il discute pour en apprendre plus au sujet de ce mystérieux divertissement nocturne.

-Ah ouais ? Et pourquoi elle en particulier ? Qu’est-ce qui va tant nous foutre la trouille que ça ? J’suis sûr qu’on va plus se marrer qu’hurler avec cette guenon, mais ma foi, j’ai bien envie de voir sa tronche décomposée devant un truc effrayant ! Ouais, j’suis partant, faut faire quoi ? Satisfaite par la résolution prise par son petit ami, Sarah lui explique afin de répondre à ses questions.

-Si on a besoin d’elle, c’est parce que c’est la seule pucelle qu’on connaisse. Ce qui va nous faire peur ? Elle justement ! En fait, elle devra nous pourchasser dans toute la maison : hors de question d’en sortir sous peine de châtiment… Notre but sera de lui échapper et de ne surtout pas se faire choper, autrement…

-Autrement ? S’inquiète-t-il.

-Elle nous violera ! Elle éclate de rires, lui de même.

-Bien, mais, ce qu’on va faire, c’est mal ou pas ? J’te préviens, j’veux pas être accusé de meurtre ou de je ne sais quoi sur une vierge ! Il la regarde durement, yeux dans les yeux.

-Non, t’inquiète : une cérémonie, c’est invisible, non ? On a encore une heure devant-nous, profitons-en. Le rassure-t-elle, titillant les lèvres de son copain avec les siennes.

 

 

Le carillon de la porte d’entrée retentit : Josette est là. Dévalant l’escalier quatre à quatre, Sarah descend en sous-vêtements, ne souffrant pas du froid car ses parents poussent en permanence le chauffage à fond : c’est l’été même en hiver dans leur foyer ! Elle ouvre la lourde porte sécurisée à l’autre fille qui lui apparait dans une vision fantasmagorique puisque les plombs se coupent subitement suite à l’éclair qui vient de tomber à l’ouverture de la porte d’entrée, émettant un cri d’effroi, Josh se rue en bas en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, assistant dégouté à la scène amicale se passant dans la pénombre sous ses yeux entre sa copine et la cradingue du lycée.
Rejetant presque son repas à même le sol, il salue du bout des lèvres Josette qui s’apprêtait à lui taper la bise, et voilà que le reste des convives descend, seulement éclairé par les éclairs qui zèbrent le ciel.

 

-Désolé de vous avoir tous réveillés brusquement par mon cri perçant, mais je fus paniquée par l’entrée de Josette, j’vous jure, comment elle m’a fichu la trouille cette meuf ! Bien, pas la peine de me perdre en explications de pourquoi Josette est là, ce que je vous propose c’est de vous servir de vos portables car les plombs ont sauté, et c’est tant mieux : ça nous évitera de les couper à la cave pour le moment le plus important de la soirée qui va avoir lieu dans quelques instants, alors préparez-vous tous, ça va être intense !
Afin que vous en gardiez tous un souvenir mémorable, je vous propose les filles qu’on se mette toutes en sous-vêtements : ça devrait plaire à nos mecs ! Eh, passe-moi ça Josette que j’y mette à sécher, et fais-moi le plaisir de te mettre au diapason : tu me retires ce gros pull, ce pantalon, et ces lunettes pas sexy du tout !
Ordonne Sarah en bonne commandante en chef.
-Mais… C’est que, bien qu’il fasse chaud, j’ai honte ! Et puis, sans ça, je n’y vois rien… Se défend Josette qui ne souhaite pas montrer le moindre bout de chair à ces hommes qui ne lui sont pas familiers. Autoritaire, Sarah lui rétorque.

-Ecoute ma chère, tu veux être classée en tant que looser toute sa vie ? Si c’est le cas, continue ainsi et ça te collera à la peau ! Si t’es prête à montrer que t’as une valeur, c’est maintenant ou jamais qu’il faut le faire : après, il sera trop tard. Tu veux demeurer la risée du lycée ou être une meuf classe qui sait se lâcher ? Prouve que t’en as dans la culotte et comporte-toi en femme plutôt qu’en cerveau : regarde, même Vera dans Scoubidou était capable de jouer le jeu quand la situation le nécessitait. Alors, bordel, me dis pas que toi non ?

Cette fille est le Diable en personne ! Convaincante à souhait, elle a persuadé Josette qui, pour ne pas dépareiller au milieu de ses nouveaux amis, se met au diapason. Les jeunes adultes présents se moquent cependant d’elle à cause de son vieux soutien-gorge sans splendeur et sa culotte de grand-mère pas sexy pour un sou, les gars pour leur part étaient en t-shirt et caleçon. Sarah, visiblement satisfaite, une fois toute sa petite troupe amassée dans le vestibule, les entraîna dans le salon où elle avait installé une planche ouija et des bougies sur la table basse. Chacun prenant place sur les fauteuils et canapé autour s’interrogèrent perplexes sur la suite des événements. Sarah, en tant que maîtresse du jeu, les invite à tous se prendre les mains de manière à former un cercle parfait.

 

-Je vous informe de suite, ce à quoi vous allez assister dépasse les frontières de l’entendement : ça va être digne des plus grosses émissions sur le surnaturel ! J’espère que vous avez le cœur bien accroché, que vous allez y croire fortement même si vous êtes sceptique à ce sujet, et surtout que vous allez y prendre plaisir. Aujourd’hui est le jour parfait pour accomplir un rite occulte qui a été porté à ma connaissance, ça va vous plaire vous allez voir !
Dans une atmosphère recueillante, elle leur mande de fermer les yeux en écoutant chacune de ses paroles tout en la soutenant par la pensée. Les représentants de la gente masculine ici présents se prêtent au jeu tout en riant sous cape, parfaitement convaincus que les exploits vus à la télé ne sont que duperies, mais Sarah, fervente croyante en ces sciences interdites, appelle à plusieurs reprises l’esprit de Yaknu, un puissant démon tourmenteur attiré par les jeunes filles nubiles.
Les gars commencent à s’impatienter et veulent soit s’amuser dans le noir, soit retourner se coucher si rien de plaisant n’est proposé, mais ils sont d’un coup consternés par la brutale chute de température de la pièce. Josh, ayant plus de cran que les autres, s’exprime.

-Dîtes, c’est pas pour être rabat-joie, mais vous trouvez pas qu’on s’pèle les couilles là ? Ta chaudière est en panne ou quoi ?

-Tais-toi mécréant : on n’interrompt pas la maîtresse de cérémonie ! Le tance sa petite amie. Il n’ose répondre, de peur de la mettre un peu plus sur les nerfs.

-Yaknu, es-tu là ? Si tu es là, fais-nous signe. Ni un, ni deux, l’écran plat s’allume en sifflant, les poupées de collection présentes sur le buffet sont jetées à terre : Yaknu est là. Sous des clameurs de frayeur, Sarah impose le calme de ses invités, parlant d’une voix résignée à l’esprit maléfique dans la pièce présent.

-Yaknu, nous désirons accomplir ton rituel pour savoir lesquels d’entre nous peuvent être considérés comme de vrais battants, indique-nous où l’exercer : nous avons les ingrédients nécessaires à sa réalisation.

Cet esprit diabolique, non moins satisfait par la folie de ses invocateurs, ouvrit la porte de la cave qu’il fit grincer sur ses gonds, éclairant l’escalier menant dans les entrailles de l’habitation en se servant de l’ampoule comme d’un stroboscope. Exhortant ses convives à descendre, poussant Josette en premier, les couples s’enfoncèrent les uns derrière les autres dans les ténèbres, se demandant ce qui les attendait, renfermés dans un mutisme absolu.

 


Au bas des marches sont disposées de nombreuses flammèches bleutées formant le symbole de Yaknu, quant au reste, on eut dit qu’un cyclone était passé par là : de nombreuses affaires étaient éparpillées çà et là pour laisser place à une table placée au milieu de la pièce avec un couteau. Sarah fait placer tout le monde de manière à reformer un cercle autour de cette nouvelle table, elle exhorte le démon de lui révéler la suite des événements. Une vieille télé à tube cathodique entreposée ici, dont l’écran a été endommagé par sa chute, s’allume comme si de rien n’était : Yaknu s’en sert pour s’exprimer depuis ses haut-parleurs. Une voix d’outre-tombe leur dévoile la continuité du rituel.

-Graver inscriptions sur victime nubile, enlever ses orbites, coudre ses paupières, verser sang des participants sur la lame et l’introduire par l’orifice donnant la vie en simulant un acte de reproduction avec le côté tranchant.

 

Les jeunes se regardèrent les uns les autres, prêts à se carapater à toute vitesse, mais Sarah les en empêche.

 

-Je vous vois venir, on veut me laisser seul payer pour votre insolence ? Sachez, chers amis, que si vous êtes mes amis justement vous devez être capable de le prouver en m’accompagnant jusqu’à la fin plutôt que me laisser me démerder avec cet esprit invoqué par cet acte de... comment dit-on déjà ? Ah oui, sorcellerie.
Josh, pour une fois, tu me déçois : je ne pensais pas que tu serais capable d’abandonner ta complicité avec moi si la situation semble te dépasser, quelque chose me dit qu’il faudra qu’on ait une discussion tous les deux…

-Attends chérie, c’est pas ce que tu crois ! Le ton monte, l’adolescente Defolkor se sent larguée par tous et tente de les garder auprès d’elle car elle redoute par-dessus tout la colère du démon s’ils n’obtempèrent pas.

-Ouais, tous les mecs chantent la même chanson lorsqu’on les prendre la main dans le sac, alors change de refrain car le disque est rayé à force. Je me sens bafouée dans mon amour…

-Vous déconnez, la discussion c’est pas qu’entre lui et toi, c’est entre tous ! T’imagine ce que t’es dans la mesure d’accomplir pour un amusement des plus terrifiants ? T’es complètement barge, on ne désire pas être accusés de crime sur Jojo la Crado ! C’est la pire looseuse de tout le lycée, mais là tu vas trop loin, moi je me casse en tout cas, et je prends ma meuf avec moi ! Viens chérie, on s’taille, c’est trop malsain dans l’coin.

-On était d’accord me semble-t-il, et maintenant qu’il faut achever le rituel, on se carapate… Les rats quittent le navire ? Oh, je comprends, on ne veut pas se salir les mains quand il le faut : soit, libre à toi de te barrer, mais encore faut-il que tu en aies la possibilité. La pression s’intensifie, malgré les propos tenus par Sarah, le petit ami d’une de ses copines préfère s’en aller avec sa compagne.

-C’est pas ça, c’est que ça devient trop glauque là : hors de question qu’on assiste à ça. Et tu comptes faire quoi ? C’est toi qui va me barrer la route ? Tu vas peut-être envoyer ton chien de p’tit copain nous empêcher d’accéder à l’étage supérieur ? Non, on se casse et c’est tant mieux !

Ils gravissent les escaliers, mais à peine sont-ils arrivés en haut qu’un beuglement rauque accompagné d’un puissant courant d’air referme subitement la porte sur le gars, lui brisant net le nez et le faisant débarouler les escaliers avec sa petite amie. Les filles hurlent, sa copine s’enquiert plus de son état à lui que du sien, heureusement, il y a eu plus de peur que de mal : ils comprennent de ce fait qu’ils n’ont d’autre choix que de se plier aux exigences de l’esprit frappeur.

 

-Bien, cet interlude nous a fait perdre de précieuses minutes : on s’amusera juste un peu moins. Je suis désolée pour toi Josette, il est vrai que le monde doit s’écrouler autour de toi : tu te rends compte que tu ne fus qu’un pion dans l’échiquier, on t’a fait venir uniquement pour se foutre de toi et user ta virginité à des fins pas très catholiques. Tu nous excuseras, mais si on veut avoir une chance de sortir d’ici vivants, il faut qu’on aille jusqu’au bout tu piges ? Je regrette de t’avoir connue, tu n’étais finalement qu’une tocarde parmi tant d’autres. Qui aurait pu croire un instant que Sarah était plus cruelle que le Diable lui-même ? L’adolescente taxée d’intello se lamente sur son sort, croisant les bras pour cacher sa poitrine qu’elle ne veut plus que personne ne voit si c’est pour s’en moquer. Pleurant en évitant d’ouvrir les lèvres pour pas qu’on ne voit ses bagues, la Defolkor la fait saisir par les gars qui la placent sur la table et la maintiennent allongées afin de laisser leur hôte accomplir l’épouvantable crime : personne n’eut été capable d’un tel acte hormis elle.
Josh s’inquiète quant à l’équilibre mental de sa petite amie.


-Sarah, Sarah, arrête je t’en prie. Je sais bien que tout le monde me déteste au lycée, mais je pense vraiment que tu fais ça juste pour leur prouver que t’es pas mon amie, mais dans le fond, je sais qu’il n’y a rien de vrai. Arrête, t’as pas besoin d’aller aussi loin pour qu’ils comprennent que y’a soit disant rien entre nous : ils doivent déjà tous me prendre pour une folle qui s’accroche à des chimères, pensant que tu fus sincère alors que c’était pour mieux me leurrer, mais qu’importe, je sais ce qu’on vit.

Sarah, je suis prête à n’importe quelle humiliation, mais je t’implore de cesser ton geste. Je suis pucelle, je me doute que tous aimeraient me voir violée pour assouvir leur soif de connerie, mais je ne pense pas qu’un meurtre serait à effectuer. Sarah, Sarah, écoute-moi, je t’en conjure ! Défaisant les sous-vêtements de Josette à l’aide du couteau, l’humiliant au plus haut point, Sarah lui rétorque.

-Jojo, je crois que y’a un truc que t’as pas capté : on doit le faire. Pourquoi ? Tu penses vraiment que ce n’est qu’un montage pour Halloween tout ça ? Tu crois vraiment que je me serai casser le cul à débourser des milliers de dollars pour voire une petite conne dans ton genre pisser dans sa culotte ? Regarde, t’as tellement les foins que t’en trempes même la table : t’es répugnante Jojo la Crado !

Consternée par la réplique de celle qu’elle pensait son amie, se demandant si cette dernière n’est pas sous l’emprise d’une quelconque substance, Josette larmoie sur la table.
Sarah est comme subitement possédée, elle grave un paquet d’inscriptions en un temps record, tout à la pointe du couteau ! Les mecs s’arrangent comme ils peuvent pour maintenir Jojo qui hurle tel un cochon qu’on égorge, mais ce n’est que la première partie du rituel ! A la fin de ce dernier, Josette étant salement amochée finit par ne plus bouger, est-elle morte ? Les flammèches s’éteignent : tous sont accablés par ce à quoi ils ont assisté, exceptée Sarah qui ne semblait plus humainement là. Reprenant ses esprits, elle crie d’effroi et se réfugie dans les bras de son copain.

 

-Qu’est-ce qui s’est passé, c’est qui qui a fait ça ? Non, non, je peux pas le croire : on a tué quelqu’un pour ce jeu censé être cool mais effrayant ! Putain, mais qu’est-ce qu’on a fait, mais qu’est-ce qu’on a fait, Josh ? Se voulant rassurant malgré la catastrophe qui est survenue, son petit copain lui caresse les cheveux en lui dévoilant la triste vérité.

-Tu l’as fait périr en la mutilant horriblement : c’est toi qui fut la seule responsable de son décès, malheureusement, les autorités ne l’entendront pas de la même oreille et nous risquons tous la prison à perpétuité, voire la peine de mort… Non, décidément, je préfèrerai ni l’une, ni l’autre des solutions : on va se débarrasser du corps et enfouir ce souvenir au plus profond de nos mémoires, pas un mot ne sortira de nos bouches, est-ce bien clair ? Ils acquiescent à tour de rôle, posent leurs mains les unes au-dessus des autres, mais pour se rappeler à leur bon souvenir, Yaknu se sert à nouveau de la télévision.

 

-L’éveil va s’accomplir, Yaknu vous est reconnaissant de l’avoir invoqué pour un jeu des plus excitants où seul le ou les plus braves d’entre vous en sortiront vainqueurs. Les règles sont fort simples : au moment où Jojo la Crado sera placée dans les airs en croix inversée, vous aurez cinq minutes pour vous cacher. Celui qui osera quitter la bâtisse avant l’aube crèvera instantanément. Si Jojo la Crado vous attrape, vous endurerez pour mille ans de souffrance : votre enveloppe charnelle y résistera-t-elle ? Mwahahahah !!!
Le cadre est posé, Josette flotte dans la cave dans la position indiquée par le démon : le chrono est lancé, plus de temps à perdre ! Les quatre couples se séparent donc : chaque fille accompagnée de son petit ami courent se planquer dans des cachettes qu’ils jugent sûres : elles permettent de s’échapper en hâte et d’avoir un visuel sur l’environnement alentour. Une fois le temps écoulé nécessaire au déclenchement de la traque, tous les appareils électroniques ou mécaniques s’affolent, fonctionnant de manière terrifiante. Les jeunes adultes redoutent le pire, ils ne veulent en aucun cas croiser Jojo la Crado qui est aujourd’hui l’objet de leurs pires cauchemars alors qu’auparavant elle n’était qu’exclusivement sujette aux moqueries de ses camarades. Une heure s’est déjà écoulée, certains couples se sont déjà déplacés dans la maison suite à des bruits ou événements surnaturels qui leur laissaient deviner que leur traqueuse était tout proche. Les rares qui avaient d’ailleurs pu l’avoir en visuel s’étaient rendus compte qu’elles se mouvaient tel un pantin désarticulé, un long couteau en main, un masque de sang sur son visage aux yeux cousus : tout simplement effrayant ! La difficulté étant pour le moment trop simple, n’ayant aucune victime, cela n’était guère intéressant pour Yaknu. Passant au niveau supérieur, Jojo la Crado avançait cette fois plus rapidement et semblait également plus réceptive à son environnement, comme si ses sens de chasseuse s’aiguisaient.
Premier hurlement poussé par une fille, son copain l’abandonne lâchement aux mains de la chose et s’élance par la fenêtre qu’il brise grâce à son élan. Se croyant tiré d’affaires, il assiste à une téléportation instantanée de Jojo qui est désormais face à lui, les canines acérées, le ventre transformé en une grande bouche remplie de dents. Elle lui poignarde le cœur à plusieurs reprises en lui dévorant les entrailles.
De leur côté, Sarah et Josh se sont rendus dans la chambre où s’est déroulé le premier meurtre : ils découvrent le cadavre de Margot dont le visage a été arraché, on lui a d’ailleurs cloué un post-it sur le front : Pétasse.

-Mon Dieu, c’est horrible Josh ! C’est quoi ce truc de malades ? Il faut partir d’ici, sortons, je t’en supplie mon chéri ! Son copain la retient alors qu’elle était sur le point de s’enfuir.

-Si tu sors, tu meurs : remémores-toi les paroles du démon ! Bon, il faut trouver une autre planque, et au plus vite !

-Der… Derri… Derrière-toi ! S’exprime à mi-voix sa petite amie en tremblant de peur et indiquant une direction. Josh se retourne et constate avec horreur que Jojo la Crado, sous une terrifiante apparence, est revenue dans la pièce et flaire ses prochaines proies. Satisfaite par une odeur alléchante, elle se tourne en grognant vers le couple et fonce à leur encontre. Ils ne demandent par leur reste et s’en vont chacun de leur côté de sorte à se donner plus de chance d’échapper à l’abomination qu’ils ont créée. La traqueuse a jeté son dévolu sur Josh qu’elle compte broyer entre ses bras devenus tels ceux d’une mante religieuse : broyeurs et tranchants, une nouvelle transformation qui remplace l’ancienne, comme si ça amusait Yaknu de varier ses façons d’exterminer chaque infortunée victime tombant dans ses filets.
Le jeune homme parvient néanmoins à s’éloigner de la tueuse en renversant du mobilier sur son passage. Comme il est compliqué de chercher un abri lorsqu’on est poursuivi par un monstre, par chance, en quelques secondes d’accalmie, l’un des couples encore en vie le tire par le bras.
-Martine, Jonathan, est-ce vous ?

-Chut, pas un mot ! Le sermonne Jonathan en lui appliquant un doigt sur la bouche. Josette continue sa course comme si de rien n’était, espérant rattraper Josh qu’elle croit encore devant elle. Le danger étant écarté, Jonathan attend quelques secondes avant d’ouvrir la porte.

-La voie est libre, elle s’est barrée dans d’autres pièces. Profitons-en pour nous éclipser avant qu’elle ne fouille tout cet étage. Suggère-t-il à voix basse, guettant l’approbation du groupe. Sa copine le suit sans hésiter et sort à son tour, mais le ressenti de Josh lui prédit l’inverse : il refuse catégoriquement de se joindre à eux.

-C’est pas une bonne idée, ah ça non, c’est pas une bonne idée ! Gémit-il. Une ombre fuse dans le couloir et s’abat sur Jonathan qui est instantanément saisit par les bras coupants de Jojo la Crado, laquelle le trucide en lui réduisant la tête en purée. Josh s’enfuit en profitant de la pénombre pour le couvrir, tandis que Martine galope à en perdre haleine en hurlant, faisant d’elle la prochaine victime du monstre.

Pendant ce temps, Sarah tombe nez à nez avec Norman : ils se rentrent dedans de plein fouet. A moitié assommés par leur rencontre, ils se relèvent tous deux péniblement en se questionnant l’un l’autre.

-Ginger, où est Ginger ? Ne me dis pas qu’elle aussi ?...

-Non, t’inquiète, elle va bien. Enfin, c’est ce qu’il me semble !...

-Il te semble ? Comment puisses-tu affirmer cela si tu n’en es pas sûr ? S’indigne Sarah, redoutant que sa cérémonie ne cause plus de victimes que d’amusement.

-Tu ne vas pas me tenir responsable de son décès si tel est le cas ? Je te signale que sans ta connerie que t’as voulu tester, on n’en serait pas là ! Ah oui, c’était beau le jeu surnaturel : on sacrifie Jojo la Crado et on se retrouve avec une entité, ou bien Jojo la Damnée, qui nous traque sans relâche, nous interdisant de quitter les lieux sous peine d’exécution instantanée. Ouais, super ton jeu, tu pouvais pas trouver mieux, non ? C’est dans les difficultés que les tensions, même entre amis, se génèrent. Sarah le gifle : elle se sent insultée par ses propos.

-Comment oses-tu ? Vous étiez tous d’accord pour cette expérience des plus étranges en ce soir d’Halloween, et maintenant, parce que tout dégénère, on se dégonfle et on me traite de sorcière ? Pauvre con va, que fous-tu ici si je ne suis qu’une infréquentable sorcière ? Tu devrais réfléchir à l’ampleur de tes dires !

-On se dispute, mais cela ne fait pas plus avancer les choses ! Pour finir, bien que je n’aurai pas le dernier mot, je te ferai remarquer que c’était toi la seule et unique maîtresse de cérémonie qui savait tout par cœur et qui nous a manipulés pour que nous soyons tous mêlés à ton sanglant amusement. On s’en souviendra de cet Halloween ! Et on va expliquer quoi aux autorités quant à la mort des autres ?

Leur conversation est stoppée car une substance collante tombe sur Norman. Il cherche à s’en dépêtrer, mais il est arraché du sol par une force prestigieuse qui festoie avec son corps. Sarah lève les yeux et distingue Josette métamorphosée en une sorte d’araignée à quatre bras et quatre jambes. Elle prend la poudre d’escampette tandis que la chose se délecte de la chair de Norman.


Il ne reste plus que deux heures à tenir, mais seuls Josh et Sarah sont les derniers survivants du massacre. Josh déambule de pièces en pièces, évitant de croiser Jojo qu’il n’entrevoit plus depuis un bon moment, jusqu’à ce qu’une porte s’entrouvre et lui chuchote de venir. Etant au dernier étage du bâtiment, il s’engouffre dans la salle de bain, méfiant, mais tous ses soupçons s’en vont lorsqu’il reconnaît le visage de sa compagne.

-Sarah, oh Sarah, quel cauchemar ! Ils sont tous morts, y’a plus qu’nous ! Les autorités vont à coup sûr prononcer la pire des sentences, y’a plus rien à espérer, on va finir notre vie au mitard si on s’en sort vivant !

Les yeux humidifiés par les larmes, Sarah lui répond : -Ici s’achève alors tout espoir ? Serons-nous séparés pour toujours ? Josh, mon Josh, je souffrirai de ne pouvoir une fois encore me plonger dans tes bras. Puisque tel verdict puisse être prononcé, aimons-nous pour la dernière fois avant de péricliter.

Ils s’embrassent sur les lèvres, bien qu’inquiété par Josette qui rôde dans les parages, il se laisse happer par l’ardeur des sentiments qu’ils éprouvent envers Sarah et lui passe les mains sous ses vêtements. Il ferme les yeux, profitant de chacun des autres sens qu’il a pour éprouver le plus de bien-être possible. Sentant sous ses doigts la moindre parcelle de la délicate peau de sa copine, satisfait de leur échange de langues qu’il trouve particulièrement suave, humant le parfum aux notes fruitées de jasmin porté sur le cou de Sarah, il se laisse transporter dans un univers de bonheur.
Au bord de l’extase, il s’apprête à continuer plus loin lorsqu’il sent dans sa bouche une foreuse qui lui agrandit la cavité buccale. Ses dents et sa langue son broyée, son palais est percé, et même ses amygdales en sont purgées. Il décède en regardant Jojo la Crado droit dans les yeux, comprenant qu’il a été dupé par cette dernière qui arrive à la finalité de sa mission.

 

 

-Josh, Dieu soit loué, tu t’en es sorti ! Où étais-tu donc bien passé, je me suis fait un sang d’encre ? S’exclame Sarah en parlant à l’entité qui a revêtu l’apparence de son compagnon. Sarah ne voit que le dos de Josh, il trafique elle ne sait quoi dans l’évier. Elle s’approche, non moins rassurée par son manège et l’air qu’il fredonne.

-Josh, tout va bien ? Que fais-tu donc enfin, je te signale que Jojo est à notre poursuite, l’aurais-tu déjà oublié ? Réponds-moi bon sang ! Josette, sous l’apparence de Josh, se met à ricaner et éclater de rires. Tournant les talons, le monstre s’approche d’elle sous son déguisement rassurant, mais dont le comportement porte à la méfiance.

-Moi, ce que je fais ? Mais voyons Sarah, je m’apprête simplement à sauver ma peau !

-Tu déraisonnes, c’est pas avec un couteau que tu vas la tuer ! C’est de Yaknu qu’elle tire sa force et ses pouvoirs : tu ne pourras rien contre elle.

Après un instant de réflexion pour paraître naturel, le faux Josh réplique : -Non, c’est vrai, mais vois-tu, il est possible de pactiser avec un démon afin de devenir son serviteur. Je tiens plus à ma vie qu’à toi tu comprends ? D’ailleurs, t’ai-je aimé un instant, un seul petit instant ? Je ne pense pas : tu aurais dû t’en rendre compte pourtant, tu sais bien que nous les hommes ne sommes axés que sur le plaisir, aussi, je n’aurai aucun scrupule à te poignarder de sang-froid.

-Salopard, enfoiré, fils de pute, enculé de bâtard de merde ! Ainsi c’est que mon cul qui t’intéressait dans notre relation ? Connard de menteur, je ne te pensais pas si cruel : tu m’as brisé le cœur comme c’est pas permis ! Je te haïs tu m’entends ? Je te haïs !!!

Dans l’incompréhension et le dégoût de ce retournement de situation, Jojo la Crado la poignarde à plusieurs reprises, lui laissant comme dernière image que le visage meurtrier de Josh ensanglanté par le sang qui jaillit de son cœur.
Sa besogne accomplie, elle retourne à la cave sous l’apparence qu’elle tenait quand elle fut sacrifiée par ses compagnons. Accomplissant un dernier rite dont le but est une profanation des corps de ses victimes afin d’emporter en Enfer leurs âmes, elle remercie Yaknu de lui avoir confié le droit de se venger des gens qui l’importunaient avant de s’endormir pour toujours dans les ténèbres d’un monde sans lumière.




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