Delphine et le Traqueur
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Elle fuse pieds-nus à travers la végétation, elle sait que s’il la retrouve elle y laissera sa peau. Elle a abandonné ses hauts-talons qui l’entravaient dans ses mouvements, elle a fendu sa jupe afin de se donner plus d’allonge, elle n’a que faire de ses pieds écorchés qui la font souffrir. Les ronces de la forêt lui lacèrent les jambes, les cailloux du chemin la blessent jusqu’au sang, mais vaut-il mieux endurer milles petites blessures qu’une mort certaine ? Droguée par l’adrénaline, elle ne ressent même pas les effets de la végétation sur sa peau, elle ne cesse de progresser en se retournant régulièrement pour vérifier si son poursuivant la suit toujours. Il est tenace le gaillard, il sait ce qu’il veut ! Il est venu pour elle, il veut l’ajouter à son tableau de chasse, nul ne sert de courir, cela le détermine d’autant plus dans son instinct de tueur.
La végétation s’agrippe dans ses cheveux lâchés ébouriffés, son corsage en lambeaux dévoile sa poitrine dénudée car elle s’est séparée de son soutien-gorge qui l’étouffait. Plus Delphine s’enfonce dans la nature, plus elle en est déguenillée et plus elle se confond avec la faune et la flore, mais il en faudrait bien plus au traqueur pour le piéger : son parfum la trahit.
Lui n’est guère pressé, confortablement installé dans ses chaussures montantes achetées dans les surplus de l’armée. Il est vêtu en militaire, un filet de camouflage avec des feuilles sur sa veste, une peau de castor sur la tête, un fusil allemand de la guerre reconverti en arme de chasse entre les mains. Il connaît la forêt mieux que personne, il est rompu aux techniques de chasses modernes comme ancestrales, il sait pertinemment qu’il la retrouvera combien même elle croirait l’avoir perdu de vue, car c’est ça qui l’amuse justement. S’il n’y a plus de challenge, sa partie de chasse n’en serait que moins excitante ! Il la laisse prendre un peu d’avance, il manigance un coup auquel elle ne s’attend pas…
De son côté, elle pense que son assassin a abandonné. Attirée par le ronflement d’une cascade, elle s’y approche et en profite pour prendre un brin de toilettes et penser ses blessures. Le lieu est serein, les pinsons sifflent gaiement sur les arbres alentours, surveillant tout de même la visiteuse qui les trouble dans leur quiétude. Delphine, en tant que coquette femme, s’est dévêtue pour prendre soin de son corps et se trempe dans l’eau malgré la basse température de cette dernière. Sitôt son bain terminé, elle démêle sa coiffure afin de ressembler à autre chose qu’une sorte de sauvage qui réside dans sa réserve, mais voilà que les oiseaux s’envolent tout à coup et qu’elle n’a que le temps d’apercevoir un reflet dans l’eau. Une main plaquée sur la bouche, une lame de dague sur la gorge, elle ne peut que se laisser entraîner derrière la cascade où elle découvre la planque de son agresseur.
Elle visualise la monstruosité de son assassin qui enchaîne ici les femmes qu’il capture et égorge, les laissant pourrir enchaînées dans cette cache, comme s’il avait peur qu’une fois morte elles s’enfuient et le dénoncent. Un détail retient cependant son attention, pourquoi sont-elles dénudées ? En abuse-t-il encore, ou bien est-ce pour les comparer à des animaux ? Il la tient fermement par les poignets et lui montre du doigt son tableau de chasse : ce détraqué se prend en photo avec ses proies apeurées ! Il jubile d’avance, lui faisant comprendre qu’elle ne serait qu’un trophée de plus ajouté à sa collection. Il éclate d’un rire machiavélique, ce qui a pour effet de relâcher son étreinte. Tentant le tout pour le tout, elle se libère de son emprise et lui décoche un coup de genou dans les testicules. Il se plie en deux et jure de lui réserver une mort des plus douloureuses. Il s’empare de sa dague, mais elle s’est saisie d’une contendante pierre et lui assène plusieurs coups sur l’arrière du crâne, lui faisant éclater la boîte crânienne. Il tressaute, pris de convulsions, elle en profite pour s’enfuir avant d’être trouvée par un garde forestier qui la secourt.
Vingt-quatre heures plus tard, elle guide les autorités jusqu’à la planque où il s’apprêtait à l’égorger comme un lapin, mais le corps du traqueur a disparu, seul son sang et du liquide encéphalique subsiste. Un mot est laissé sur la paroi : « Garce, je te retrouverai et te dépècerai ! », ce qui la terrifie et la rend blême, cependant, un policier annonce qu’il a trouvé en contrebas de cette cavité le corps de l’agresseur. Delphine soupire de soulagement : elle n’a plus rien à craindre désormais.
"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."
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