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Ecoutille

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Steampunk

Image tirée de Google Images: http://xn--80aqafcrtq.cc/img/1/9/9/199494.jpg

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On a souvent pour habitude de se plaindre de la société dans laquelle on vit, et pourtant, on n’est pas dans le pire des mondes. Il y a des destinées pourries qui, elles, contrairement à nous, ne pourrons jamais changer d’orientation, faute de pouvoir se révolter dû au manque de connaissances qui leur est incombé.
Prenons le cas d’Anastasia, jeune fille que j’ai eu l’occasion de croiser lors de ma traversée de la mer d’Altalanta. Lorsque nous fîmes escale au premier port que nous eûmes l’occasion de rencontrer sur le continent d’Espoirre, cette femme, encore un tantinet enfant, ne put sortir de la cale où elle réside. La cause en est qu’elle est fille de mécaniciens, et que dans son peuple, lorsqu’on est attaché à une fonction, on n’en démord pas ! Réduite en esclavage de par son rang, car on estime que les mécaniciens n’ont qu’à s’occuper de connaître les moindres rouages de leurs machines qui doivent répondre dès la moindre sollicitation du Capitaine concernant l’entraînement plus ou moins rapide des grandes roues à aube, elle ne pourra jamais goûter aux plaisirs qu’on peut trouver sur la terre ferme car elle est condamnée à errer toute sa vie durant dans les cales du bateau sur lequel elle est née, quitte à sombrer avec le navire si ce dernier venait à être éventré.
Cependant, comme en chaque être humain il y a une once de liberté qui tend à émerger, cette belle jeune femme contemple la vue de la ville qui lui est offerte depuis l’écoutille de sa cabine qu’elle a ouverte. Elle s’est accoudée au rebord de sa fenêtre circulaire, regardant passer les passants, s’amarrer les navires provenant de tous horizons, et se demander ce que peuvent bien faire cette foule grouillante qu’elle ne saurait apparenter à une grouillante fourmilière car elle ne sait ce que c’est. Je suis attristé de m’apercevoir qu’elle est ébahie devant ce pouilleux port des plus banals, mais qui semble receler monts et merveilles pour ce candide esprit qui n’a guère de vécu. Soupirant au même moment qu’elle, à la différence notable que je ne soupire pas parce que je ne peux descendre à la découverte de cette cité, mais plutôt parce que je suis insatisfait de voir qu’on peut avoir tant foi dans des aspects de la vie qu’on méconnaît : la pauvre, elle mettrait un seul pied à terre, je ne donne pas cher qu’elle rentre déflorée, en guenilles, dépouillée de tout ce qu’elle aurait à offrir aux marchands enivrés, aux marins au sang bouillant, ainsi qu’aux affreux brigands qui se repaissent de toute bonne opportunité leur passant devant le nez.

Non, vraiment, rien n’est plus dégoûtant que d’être, comme cette jeune et belle créature, forcé d’être réduit à la seule connaissance de ce qui vous sera uniquement utile durant toute votre vie. Je suis sûr qu’elle n’a jamais entendu le doux gazouillis des oiseaux des villes ou de la campagne, cela est bien dommage, elle ne jouit même pas des bienfaits les plus simples en ce monde.
Alors, si après cet exemple, vous déprimez encore, je ne pourrais vous donner tort car, si tel est le cas, c’est que vous vous sentez opprimé. L’être humain est né libre, pourquoi entraver son droit le plus indéniable ? Bien qu’il ne faille pas omettre que la liberté impose des devoirs, ces derniers ne doivent pas étouffer l’homme qui a bien besoin de pouvoir mener son train de vie afin de se prouver qu’il existe.




"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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