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Galerie d'armures

par Romaric AUBERTIN

publié dans Nouvelle , Romaric AUBERTIN , Fantastique

Image tirée de Google Images: http://www.musee-armee.fr/uploads/pics/armures-illu1.jpg

Image tirée de Google Images: http://www.musee-armee.fr/uploads/pics/armures-illu1.jpg

L’orage tonne au dehors et me réveille en faisant trembler les vitres du manoir dans lequel je me trouve.
Pourquoi suis-je là d’abord ? Je ne me souviens pas être venu ici, où étais-je quand je me suis endormi ? Impossible de m'en rappeler. Je contemple depuis mon lit la pluie par la fenêtre, espérant que les éclairs zébrant le ciel vont m’éclairer sur les dernières heures passées. La pièce dans laquelle je me situe semble mignonne mais sent le renfermé, un miroir positionné face à mon lit me renvoie mon image et me permet de distinguer ce qu’il y a sous ma couche.
Scrutant l’image renvoyée par la glace, j’essaie de déterminer ce que ça peut être, car ça semble encombrant. Un peu terrifié par cette vue, je me lève, tâtant des doigts la table de chevet à la recherche de mon briquet que je porte toujours sur moi et qui semble avoir disparu de mes poches. Où ai-je pu le mettre ? Très bonne question: une énigme de plus que je dois résoudre !

Fouillant la pièce, seulement aidé par les lueurs de l’orage qui se déchaîne au dehors, le bruit de la pluie battante me masque les deux coups d’une horloge marquant les deux heures du matin.
Je trouve très rapidement une bougie avec un support sur une commode, il ne me reste plus qu’à dénicher des allumettes. Si on a posé ici un tel ustensile, il doit bien y avoir, dans le fond d’un tiroir du meuble sur lequel il se trouve, de quoi le faire fonctionner ! Ma logique me sauve, car comme je l’avais pensé, il se trouve qu’il y a bien une boîte d’allumettes à l’intérieur. En y regardant de plus près, cette boîte me semble dater de temps immémoriaux, qu’importe, tant que ça marche...
Je craque une allumette et allume ma seule source lumineuse dans ce château, je me sens un peu moins seul avec le feu comme compagnon.

Quelque chose me frôle tout à coup et semble passer au travers de la porte, je reste interdit sur cette brume passée en un clin d’œil, qu’était-ce ? Peut-être ai-je rêvé, il me semble m’être pris une bonne cuite avant de sombrer dans les bras de Morphée.
Je revins près du sommier et regarde ce qui s’y trouve au-dessous, et c’est avec surprise que je me rends compte que c’est une armure couchée ! Que fait donc une armure ici ? Diantre, elle n’a pas sa place dans une chambre ! La porte de cette pièce s’entrouvre, grinçant horriblement sur ses gonds. Je sursaute et me cogne le crâne contre le support du lit, c’est assez douloureux étant donné qu’il est en fer forgé. Je m’aperçois ainsi que je n’ai même plus le haut de forme que je portais avant de, me semble-t-il, plonger dans un profond sommeil dans un beau fauteuil en tissu vert.
Je réajuste ma veste bordeaux en velours, et le pantalon fabriqué dans la même matière. Je désire vérifier l’heure sur ma montre à gousset, mais cette dernière semble arrêtée depuis les douze coups de minuit…

Dans quel cauchemar suis-je tombé ? Je m’en vais le découvrir en sortant prudemment de la chambre à coucher. Je suis maintenant dans un grand couloir non éclairé qui doit être illuminé par des luminaires. Je distingue cependant, grâce à la faible lueur de ma bougie, que de part et d’autre de cette galerie se trouve de nombreux armures positionnées sur leur piédestal respectif.
Je tente de gagner le bout du couloir, mais une grille se ferme, stoppant net ma progression. Je repasse donc devant la porte de la chambre, fermée cette fois, et tente de m’échapper par l’autre côté, mais rebelote: me voilà coincé à présent.
J’agrippe les barreaux, les secouant nerveusement, jusqu’à ce que j’entende des cliquetis métalliques ainsi que de lourds objets qui tombent au sol. Je me retourne et m’aperçois avec horreur que les armures se meuvent vers chacune des grilles, armées de fléau, hache, hallebarde, lance, épée, et diverses autres armes… Je m’attends à voir ma dernière heure arriver, je me recroqueville dans un coin, et constate avec un grand soulagement qu’elles pulvérisent les obstacles, poursuivant leur lente et sinistre bruyante progression.
Cloué de stupeur, je les laisse sortir du manoir avant de m’enfuir. Je ne sais ni où elles vont, ni ce qu’elles feront : je préfère ne plus y penser.




"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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