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La Course de la Vie

par Romaric AUBERTIN

publié dans romaric aubertin , nouvelle

La Course de la Vie

Cette fois-ci, laissez-vous embarquer par cette belle nouvelle mélangeant le fantastique et le romantisme. Je suis sûr que chacun de vous appréciera cette touchante nouvelle ! A lire le soir au calme pour se détendre et rêver !... Qui sait, peut-être rencontrerez-vous votre âme soeur d'une étrange façon ? :)


 

La Course de la Vie

Si je vous partageais mon savoir à propos d’une histoire qui s’est passée il y a quelques années, vous ne me croiriez jamais ! En effet, cela semble invraisemblable, et pourtant, cela m’est bel et bien arrivé ! Peut-être ne serais-je pas là aujourd’hui si ça ne c’était déroulé ainsi ?

J’étais l’un des skippeurs solitaires de la Route du Rhum édition deux-mille-quinze. Nous étions environ deux cents à nous élancer dans cette infernale course, car comme vous le savez, la Route du Rhum est l’une des compétitions nautiques les plus dangereuses ! Je naviguais sur un beau catamaran sponsorisé par une banque, un organisme de crédits, une mutuelle, une marque de voiture, ainsi qu’une marque de vêtements de sport et équipements sportifs. Je m’étais bien débrouillé pour capter l’attention des sponsors… Je me sentais fier, puissant, un mental de vainqueur, un moral d’acier, rien pour moi ne semblait cette année pouvoir m’arracher la victoire, rien ! Il faut dire que j’étais fort orgueilleux à cette époque ! Un pauvre con à tête brûlée comme on les aime ! Notre condition pendant le voyage n’était cependant guère enviable… Vous deviez à peiner dormir sur un lit plutôt dur, vous étiez secoué comme un prunier à cause des vagues qui déferlaient sur votre bateau, vous mangiez à la hâte de maigres provisions pour tenter de vous caler l’estomac, ou plutôt pour ne pas mourir de faim, on ne parlera même pas du confort pour les cabinets, en un mot, c’était l’enfer ! Mais lorsqu’il y a une récompense à la clef, on est bien prêt à tout supporter, n’est-ce pas ? Cela faisait une bonne semaine que je naviguais, d’après mes informations, j’étais le premier et avais une sacrée longueur d’avance sur mes concurrents. J’avais pris de forts risques, mais cela avait bien payé ! Oui, j’avais réussi mon premier objectif, celui de prendre la tête ! Il ne me restait plus qu’à valider mon second, à savoir la conserver, avant de valider mon troisième, finir premier à la ligne d’arrivée. Je maintenais donc ma vitesse quelle que soit les conditions météorologiques, grave erreur me diriez-vous, je vous l’accorde, j’étais bête d’agir ainsi. Mais telle est la jeunesse, gagner devenait comme une drogue pour moi, et je me souciais peu de ce qu’il pouvait arriver.

Un soir, alors que je venais de configurer mon pilote automatique afin qu’il maintienne le cap, je rentrais tranquillement dans mon modeste lieu de vie. J’allumais le réchaud et faisait cuire des pâtes dans une casserole en aluminium. Je jetais un coup d’œil à la photo de mon arrivée lors de ma première traversée de la Route du Rhum, cela remonté à trois ans à l’époque. Je me voyais beau, grand, fort, séduisant… Je rêvais à ce que je ferai avec mes futurs gains, je me voyais mener une vie de Prince ! Au comble de l’excitation, je commençais à devenir nerveux, cherchant n’importe quoi pour m’occuper car mon impatience commençait à pointer le bout de son nez. J’allumais le mini-poste de télé et regardais un film d’action allongé sur mon lit. Mon attention étant détournée, mes pâtes chauffèrent un peu trop, elles n’avaient donc pas le goût que j’aimais. Mais bon, je ne pouvais me résoudre à les jeter, chaque ration était comptée, alors, tant pis pour moi, je n’avais qu’à être plus attentif ! Je venais à peine d’entamer mon dîner que d’un coup quelques affaires posées sur l’étagère au-dessus de mon lit tombèrent sur ma tête. Je sentais que le bateau tanguait de plus en plus, et entendait des coups de tonnerre au-dehors. Devant penser à protéger mon bien plutôt que mon ventre, je sortis comme un diable de sa boîte et prenait la barre. Malheureusement, le pilote automatique était bloqué ! Impossible de reprendre le contrôle manuellement ! Chaque seconde s’écoulant ne me faisait que voir de plus en plus la fin de mes rêves de victoire. Je tentais, après maintes essais, de casser le système en tapant dessus afin de redevenir maître de la situation. C’était en vain. Alors, ne pouvant éviter une haute vague de côté, mon bateau chavira et je fus projeté sous les eaux. Je me voyais couler, le bateau flottant sur le dos, je me disais que la fin était proche, que tous mes rêves étaient envolés, qu’il n’y aurait plus jamais d’espoir de gagner une Route du Rhum, car je ne serai plus… Je voulais pleurer mais n’y arrivais pas, je désirais rejoindre la surface mais je n’en avais pas la force. Mais tout à coup, sortant des abymes, une jeune femme vint à mon secours. Elle était magnifique, les cheveux noirs de geais, le teint pâle, les yeux bleus, la poitrine généreuse, les formes du corps parfaites, j’étais comme dans un rêve éveillé ! Je me disais que, me sentant mourir, mon cerveau réalisait le plus beau des désirs que les hommes puissent avoir afin que je meure heureux. Mais, lorsque je sentis ses bras me saisir, je compris que je ne rêvais pas. Je l’entendais chanter, je me rendis alors compte que nous pouvions parler sans nous servir de notre bouche. Sentant subitement une nageoire, je vis qu’elle avait des jambes comme nous, mais que ses pieds n’en étaient pas, c’était une même et unique nageoire. Je lui demandais alors, par la pensée.

« Qui es-tu, belle inconnue ?
-Je m’appelle Nausicaa, je viens des profondeurs, et toi, qui es-tu ?
-Tu peux m’appeler Pierre. Je suis un skippeur de la Route du Rhum, un misérable petit con qui se croyait trop fort pour ne pas être submergé par les conditions et qui pensait qu’on pouvait braver le danger en naviguant sans gilet. Que vas-tu faire de moi, belle sirène ?
-Je distingue dans vos pensées que vos pères pensent qu’on vous dévore. En réalité, ils nous méconnaissent. Nous ne mangeons pas les êtres doués d’intelligence, nous sommes civilisés, nous, le peuple sous-marin. En fait, nous étions comme vous, jusqu’à ce qu’une malédiction convertissent nos pieds en une unique nageoire, cependant, la seule façon de lever cette malédiction est d’être aimé par un être humain, de vivre un véritable amour fait de vrais sentiments. Si la personne qui éprouve cela pour nous nous embrasse, nous redevenons humains. Hélas, cela n’arrivera jamais, qui aimerait une sorte d’homme-poisson ?
-Plus de gens que vous ne le pensez ! Je me sens défaillir… Je ne vais pas résister, il faut que je respire.
-Si vous inhalez dès à présent, vous mourrez. Tenez encore un peu, la surface est proche !
-Non, je ne peux pas ! Vous reverrai-je après ?
-Je vous sauve, ensuite, je ne sais. Je retournerai à ma condition.
-Alors, permettez-moi de vous offrir un cadeau. Cela me sauvera et vous plaira sûrement.
-De quoi parlez-vous ? »


Je la serrais dans mes bras et l’embrassais vigoureusement tout en récupérant un peu d’oxygène. Elle était surprise et se hâtait de rejoindre la surface. Puis, je nous sentis émerger, et je perdis connaissance.

Je me réveillais à l’hôpital. On me dit qu’on m’avait retrouvé par l’intermédiaire de ma balise GPS. J’étais allongé sur le dos de mon navire. Toutes mes chances de remporter la course étaient annihilées. Puis, on me demanda qui était la belle inconnue qui était nue à mes côtés lorsqu’ils nous ont trouvé. Ayant des difficultés à me remémorer ce qu’il s’était passé, je demandais de voir la personne. Dès qu’on me l’a présenta, elle me prit dans les bras en disant qu’elle était ma femme, j’acquiesçais. Personne ne compris comment c’était possible, mais comme vous le savez, l’être humain ayant peur de l’inconnu, ils préférèrent éluder le pourquoi du comment et gober nos propos. Cependant, elle n’avait pas tout à fait tort. Nous nous mariâmes quelques-mois plus tard et avons actuellement deux enfants. Quant à moi, j’ai arrêté la compétition nautique pour devenir moniteur de bateau-école. Nous possédons d’ailleurs notre propre commerce, c’est donc nous les patrons. Nous nous sommes installés en Argentine, là-bas, nous sommes tranquilles. Peut-être viendrez-vous un jour nous rendre visite ? Nous vous accueillerons chaleureusement !

Mais n’oubliez jamais ceci : un secret bien gardé et une vie où l’on est aimé valent beaucoup mieux que la cupidité.


 

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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