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La Figurine de l'Oncle Teddy

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle

Image tirée de Google Images: http://www.bigbadtoystore.com/images/products/out/large/SSC10672.jpg

Image tirée de Google Images: http://www.bigbadtoystore.com/images/products/out/large/SSC10672.jpg

Il est vingt et une heure lorsque John gagne le domicile de son oncle Teddy, ce dernier l’a embauché pour la nuit afin qu’il surveille l’installation d’un fichier important sur son ordinateur. John ne sait pas trop dans quoi travail son oncle, celui-ci n’est guère bavard sur ses activités : c’est un homme discret, l’oncle Teddy.
Il referme à double-tour la porte d’entrée et dépose sa veste sur le porte-manteau du vestibule, au-dehors le vent souffle à en décorner les zébus : une vraie tempête ! Cela est dû à l’approche du cyclone qui doit gagner dans la nuit la côte Est des Etats-Unis. John constate qu’il est rentré pile au bon moment : la pluie se déverse brutalement, ruisselant sur la chaussée. Prenant ses marques, il allume le rez-de-chaussée de l’habitation de son oncle et allume la télé afin d’avoir l’actualité le temps du dîner, seule une note posée sur le réfrigérateur lui accorde un tantinet d’échange muet en cette soirée esseulée.

Je rentre demain en fin de matinée, tu peux t’en aller à partir de 8 H, la chienne se gardera bien toute seule pendant ce temps-là. Tu trouveras une pizza dans le congélateur, fais-la chauffer et régale-toi ! Prends ce qui te fait plaisir, fais comme chez toi ! Je te laisse, il faut que je file, prends soin de la maison et à très bientôt ! En cas de souci, tu sais comment me contacter ?

Une note banale, il la laisse accrochée et sors la pizza tout en préparant le four avant de s’emparer du journal de télé. Les gouttes d’eau frappent de grands coups sur les carreaux, quel assourdissant déluge ! Il décapsule une bière et s’installe devant l’écran pour regarder un film d’horreur. Une demi-heure s’écoule ainsi, il est tellement captivé par son émission qu’il sursaute lorsque la sonnerie du four retentit pour l’avertir que son plat est cuit. Il se lève encore tremblant et court jusqu’à la cuisine où il sort son repas du four et l’amène jusque sur la table basse du salon. Il découpe plusieurs parts afin de la savourer tout en regardant la télé, mais il a l’étrange sensation d’être observé. Inquiet, il parcourt la pièce du regard et pose ses yeux sur la collection de soldats de plombs et figurines de l’armée de son oncle. Toutes ces pièces de collection, correctement alignées, parées dans leurs plus beaux atours fonctionnels, pavoisent sur les étagères. Classés par ordre de taille, tout en bas sont rangées les grandes figurines de trente ou quarante centimètres, et en haut les plus petites qui atteignent environ cinq centimètres. Du un trente-cinquième comme cet oncle se plaît à y prononcer savamment…
Son neveu est rassuré par ce bel agencement hiérarchisé, mais un impondérable le tourmente : il y a, sur le meuble de la lampe, une figurine esseulée de quarante centimètres. Peut-être est-ce un oubli de son oncle ? Cela ne lui ressemble pourtant pas, cet homme est si méticuleux que rien ne lui échappe. John appelle l’oncle Teddy qui décroche, intrigué et agacé à la fois.
-Oui, quoi ? Un problème John ? Si les plombs ont sauté, il te faut aller à la cave pour les remettre, et te trompe pas de commande ! Pousse le levier rouge, c’est noté ?
-Non oncle Teddy, on va dire qu’il n’y a pas vraiment de problème, c’est juste que…
-Allons donc, si tu cherches à manger, tout est indiqué sur la note. Ecoute, je n’ai pas le temps de batifoler, alors si tu m’appelles pour rien, merci de raccrocher.
-Non, attends ! C’est au sujet de tes figurines.
-Quoi mes figurines ? Sacrebleu, ne me dit pas qu’il y a du bris !
-Non, justement, c’est juste que je suis fort étonné de voir un de tes grands soldats posé sur le meuble d’une lampe dans le salon.
-Pardon ? Décris-le-moi, il ne me semblait pas les avoir déplacés, peut-être que par moment je perds la boule ?
-Fort bien, laisse-moi te le détailler. Oh, merde ! Il a disparu ?! Je te jure, il était pourtant là, il y a deux secondes encore !
-Cesse de jouer à l’enfant et ressaisis-toi, tu dois bien t’en souvenir que Diable !
-Il… Il était vêtu en tenue de camouflage dans le désert, un américain il me semble, un fusil d’assaut en bandoulière, un couteau et une grenade à la main, et, chose curieuse, son visage était couvert par un masque de squelette.
Un blanc au bout du fil, l’oncle Teddy demeure silencieux avant de répondre :
-Cette figurine ne m’appartient pas, quelqu’un a dû s’introduire à mon domicile. Sauve ta peau, fie-toi à la chienne : si elle grogne, l’agresseur est dans le coin !
-La chienne ? Oh mon Dieu, je me disais bien que je ne l’entendais plus : elle est là, sous le canapé, égorgée !!!
Des coups de feu retentissent, l’oncle Teddy a beau s’égosiller dans le micro, seul le silence lui répond. Mais au moment où il s’apprête à raccrocher, une voix lui parle ainsi mystérieusement : -Jeu d’enfants ou de grands, la guerre demeure un théâtre plaisant.



"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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