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Les fines courbes des Mathématiques

par Romaric AUBERTIN

publié dans romaric aubertin , nouvelle

Les fines courbes des Mathématiques

Une nouvelle au genre réaliste et romantique que vous apprécierez follement. Elle saura toucher votre coeur, que vous soyez petit ou grand, homme ou femme !...

 

Les fines courbes des Mathématiques

« Fabien, vous êtes viré ! ». Cette phrase, prononcée par mon patron il y a quelques mois, raisonne encore dans ma tête. J’étais un éminent mathématicien qui perdit son poste suite à une crasse que l’on m’a faite afin de me remplacer. Pour quelle raison ? Tout simplement car mon patron ne m’aimait guère et souhaitait placer son neveu. Pourquoi ne m’aimait-il pas ? Je ne le sais pas, personne ne le sait ! Disons que j’ai une idée : selon lui, j’étais trop âgé pour faire fructifier des recherches, il fallait des jeunes motivés, de nouvelles têtes pensantes, des gens neufs qui sauraient résoudre les problèmes et découvrir de nouvelles choses. Mon patron n’aimait guère les vieux chercheurs, et pourtant, mon patron était lui-même vieux ! Mais comme vous le savez, c’est souvent quand on appartient au même groupe qu’on déteste le plus les gens qui en ont parti. Cet homme est d’une stupidité débordante ! Je fus donc viré, chassé comme un malpropre. Je dus presque quitter mon bureau à coup de pieds au cul : on ne me laissa même pas le temps de proprement retirer mes affaires, on se chargea de tout envoyer à la benne à ordures ! Je perdis ainsi des objets qui étaient chers à mes yeux, et ne revis jamais certains prix que j’avais obtenus. En colère, je préférais m’en aller au plus vite avant que cela ne dégénère, mais mon patron, qui était, comme vous l’avez compris, un sale con, me retint et m’envoya une dernière pique acérée avant de ne plus jamais me revoir.

« Il faut faire du neuf, Fabien ! Vous êtes trop matérialiste, mon cher ex-subordonné ! Cela ne vous fera pas de mal de repartir de zéro, après tout, ne sommes-nous pas tous des zéros ? Quittons-nous bons amis ! Il faut renouveler les postes, vous le comprendrez à merveille, n’est-ce pas ? Vous êtes assez intelligent pour cela, non ?
-Va chier fils de pute ! »


Des insultes venaient de fuser. Mon patron me narguait et ajoutait, d’un air narquois.

« Ne sortez pas trop tôt les crocs, car vous savez, les fossiles, c’est silencieux et ça s’expose… Ne soyez pas stupides, acceptez de mener quelques conférences annuelles et évitez de trop crier, personne n’aime ça vous voyez ?
-En effet. C’est pour ça que je vais vous laisser un bon souvenir de ma part ! Entre adultes, nous n’ameutons pas tout le quartier, non ? »


Ma réplique le laissa dubitatif, et avant qu’il comprenne, je le fracassais à coup de poings. Personne ne m’ayant vu, tout s’étant passé dans son bureau, je sortis en refermant tranquillement sa porte comme si de rien n’était. Lui ? Il se relevait péniblement et saignait du nez, mais, ne préférant pas faire savoir ce qu’il s’était passé ( car cet homme était très orgueilleux ), il se tût. Je ne fus jamais embêté, aucune plainte à mon encontre. Cependant, il fallait que je me reconvertisse, et quel emploi trouver quand on a une quarantaine d’années et des dizaines d’années passées en recherches mathématiques ? Rien de mieux qu’un emploi de prof particulier à domicile. Certes, ça ne gagne pas grand-chose, mais j’aimais distribuer mon savoir et aider les personnes en difficulté. Ce contact humain m’avait tellement manqué ! Dire que pendant des années j’étais presque seul derrière mon bureau à réfléchir sur des formules mathématiques complexes ! Me voilà libéré de mes chaînes. Je me sentais mieux, même si j’étais blasé d’avoir perdu un posté à haute autorité. Mais ce qui va se produire durant ma nouvelle fonction risque de surprendre plus d’une personne.

C’est le matin. Je me lève comme chaque Français qui travaille et fais ce que chaque Français fait tous les matins : se doucher, s’habiller, déjeuner, tout préparer et partir travailler. Vous pouvez y mettre dans l’ordre que vous voulez, ça m’est égal ! Mais je suppose que la majorité d’entre vous doit suivre le même ordre que le mien. Ce matin-là, en arrivant au boulot, je croise mon patron qui me salut et bavarde avec moi.

« Salut Fabien ! Comment vas-tu ? En forme ? La pêche j’espère !
-Salut patron ! Oui, très bien, je pète le feu !
-Hé, hé, hé ! C’est parfait ! Te sentirais-tu prêt à donner des cours à une riche élève d’une vingtaine d’année qui souhaite passer son Bac mais a déjà redoublé trois fois ?
-Je suis toujours prêt, patron.
-Pourtant, elle n’habite pas la porte à côté ! Tu devras faire vingt-cinq kilomètres pour te rendre chez elle… Elle habite dans une grande propriété gardée par un service de sécurité entièrement privé. Ne te sens-tu pas trop impressionné ?
-Pas le moins du monde !
-De toute façon, nous n’avons guère le choix, tu es notre meilleur élément et ses parents ne veulent pas n’importe qui !... Bien, je t’en remercie, au moins, nous n’aurons pas à lui dire que nous n’avons aucun prof à lui envoyer ! Tu es sur le coup. Je t’en supplie, réussis !
-Ai-je déjà échoué ?
-Qu’en sais-je ? Mais avec elle, hors de question, autrement, les carottes sont cuites ! Tu ne connais pas ses parents.
-Mais je suppose que je les connaitrais bientôt !
-Oui, mais non, m’enfin oui… Bon, on verra ! Bonne chance, que les mathématiques l’emportent ! »


Je suis étonné car c’est bien la première fois qu’une riche famille s’adresse à nous. Bon, je me décide à prendre la route immédiatement car le premier cours que je dois donner est prévu pour dix heures trente. J’arrive un bon moment plus tard ( les routes de campagne, c’est le pied ! ) chez mon élève, et m’aperçois que j’ai vingt minutes d’avance. J’ose malgré tout me présenter à l’entrée, où deux gardes armés sont postés. Ils me demandent pourquoi je viens. Je leur réponds que je suis le prof de maths particulier de mademoiselle Riverci. Ils appellent cette dernière qui leur dit de me laisser passer. On m’informe qu’il faut que je conduise jusqu’à la propriété mais me stationne derrière le manoir, car à tout moment de prestigieuses voitures peuvent arriver et n’apprécieront guère de voir la mienne qui, malgré le fait qu’elle soit moderne et sportive, n’est pas assez chic pour ces messieurs-dames. « Quel monde ! » me dis-je. Je m’exécute, me gare, sors de ma voiture et ose franchir les doubles-portes du manoir. Quelle fut ma surprise en entrant ! Que c’est grand et richement décoré ! Un vrai petit château ce manoir ! Je ne n’aperçois pas mon élève tout de suite tellement je suis chamboulé par la vision que je peux avoir. D’un coup, une jolie voix tendre et féminine me fait tourner la tête.

« Monsieur Kratz ?
-Ah ! Bonjour mademoiselle Riverci ! Vous pouvez m’appeler Fabien, cela sera plus approprié pour notre relation de maître à élève.
-Très bien, Fabien ! Appelez-moi Manon.
-Un beau nom qui fait rêver, vous devez être fière de le porter ! Mais passons aux choses sérieuses, il serait temps de se mettre à travailler, non ? »


Je m’en veux de paraître un brin rude car la créature que j’avais en face de moi ne semblait pas humaine. Elle est si belle, si douce, si charmante, dans son joli peignoir de satin blanc ! Ne m’attendant pas si tôt, elle me fait servir un café et quelques gourmandises le temps qu’elle s’habille. Elle revient trente minutes plus tard coiffée, maquillée, vêtue d’un décolleté et d’un short en jean. Des pensées pas très catholiques me viennent à l’esprit, le cours de maths doit commencer, mais ma concentration en est fortement altérée. Elle est fine mais avec de généreuses formes, un très beau visage affiné avec une splendide peau de bébé, des mains de princesse, des jambes de gazelle, un fessier bien bombé, une opulente poitrine, cette fille pourrait dévoyer un curé ! Et en plus de ça, elle me fait le coup de donner le cours dans sa chambre, je n’allais guère résister, et pourtant, il le faudrait ! Au bout de deux heures, le cours se finit. Je dois m’en aller. Elle est contente, elle n’est pas gentille mais ne semble pas très travailleuse, je venais de lui donner envie d’apprendre ! Elle souhaite me revoir rapidement. Je lui dis que je ne reviendrai que d’ici mercredi, car je n’avais été demandé chez elle que trois fois par semaine. Elle semble déçue, et sans que je le sache, elle appela ses parents dès mon départ pour que, dès la semaine prochaine, je vienne plus longtemps.

Les jours passèrent sans se ressembler. Au fil du temps, j’avais de plus en plus de mal à résister à son charme. Au bout de deux semaines, je n’en pouvais plus ! Elle ne cessait de tenter me draguer, de me faire des yeux de biches, de me dire des mots à double signification ainsi que quelques mots doux. Visiblement, elle avait flashé sur moi ! Mais elle était riche, qu’allait dire ses parents ? D’accord, elle est majeure et libre de faire ce qu’elle veut, mais moi ? La troisième semaine, je m’en foutais complètement et laissa mes sentiments parler. Le cours de maths fût plus chaud que les autres, elle sentait qu’elle me séduisait et prétextait la chaleur afin de se dévêtir un peu plus au fil des heures. A la fin du cours, elle me prit dans ses bras, m’embrassant follement, me remerciant de tout ce que je lui avais enseigné. Elle voulait également me remercier d’une certaine façon… Etant dans sa chambre, je ne pus faire autre chose que succomber ! Une brève partie de jambes en l’air se déroula. J’étais heureux, elle était comblée ! Mais mon patron m’attendait, je devais rentrer… Elle était triste, je la consolais et lui promis de revenir demain comme c’était prévu. Son merveilleux sourire revint et elle me dit qu’elle m’attendrait avec impatience.

De jour en jour, les cours de maths devenaient de plus en plus le prétexte pour notre satisfaction personnelle. Elle était toujours attentive à mon instruction, mais je dois bien avouer qu’on en profitait également pour se chauffer mutuellement ! Des cours de maths érotiques, qui penserait donner cela un jour ? Quel chanceux étais-je ! On étudiait les maths tout en faisant des allusions coquines ou en étant proches l’un de l’autre. Elle n’hésitait pas à innover de plus en plus pour le plaisir de mes yeux, et moi, je cherchais de plus en plus d’allusion dans mes cours, que ce soit en géométrie, calcul ou tout autre exercice mathématique ! Elle devenait la Reine des maths ! Et moi j’étais comblé. Vous savez, même si je suis bel homme, musclé, et que je parais n’avoir qu’une trentaine d’année, je n’ai jamais plu aux femmes car je n’avais que très peu de temps pour elles… Un chercheur est souvent pris par son travail, il ne peut avoir une vie comme tout le monde ! Maintenant, tout ceci relevait du passé, et me voilà devenu un véritable lover !

Un beau jour, pour me remercier, ses parents m’invitèrent à dîner. Tout se passa dans la bonne humeur, jusqu’à ce qu’elle avoue en plein repas qu’elle désirait m’épouser. Chacun fût silencieux, jusqu’à ce que le père de famille se mette à brailler et m’ordonne de quitter immédiatement ses terres. Elle pleurait, mais je devais m’exécutais, avais-je le choix ? Le lendemain, j’étais viré de mon poste. La réputation de la boîte de mon patron en avait pris un coup, beaucoup de gens venaient de retirer leurs enfants, des restrictions de personnel se firent, tout allait au plus mal… Alors, comme c’était ma faute, il me vira sans ménagement. Il m’en voulait fortement car mon égarement avait coulé son entreprise.

Trois mois s’écoulèrent. C’était l’été, j’étais au chômage… Je ne retrouvais pas d’emploi, mon train de vie risquait de diminuer, je me sentais devenir misérable, lorsque je reçus un coup de fil. On m’ordonna de me rendre dans un hôpital. Je ne savais qui c’était, mais j’étais menacé de mort si je ne le faisais pas. Je pris un pistolet que je planquais dans un tiroir de mon bureau, vérifiai son chargeur, et me rendis au rendez-vous. En entrant dans la chambre, je vis Manon couchée sur un lit, le ventre gonflé, des pansements aux poignets. Ses parents étaient là, mornes et silencieux. Le père se leva lentement, me fit signe de m’asseoir en face de lui et me regardait d’un air sombre. Je ne compris ce qu’il se passait. Il sortit les résultats du Bac de sa fille et me les tendit. « C’est pour vous. » me dit-il. Elle avait échoué, mais sa plus forte note fût en mathématiques, et elle était au-dessus de la moyenne. Je montrais mon étonnement au père et celui-ci me répondit, me prenant entre quatre yeux.

« Depuis que je vous ai viré, elle est tombée dans la dépression. Il me semblait impossible de marier ma fille à un homme qui n’a pas assez de biens, cela n’est pas intéressant ! La situation empira de jour en jour, mais elle restait bonne en maths, on sentait que ce qu’elle éprouvait pour vous était réel. Il y a quelques jours, nous découvrîmes la grossesse qu’elle nous cachait. Nous désirions la faire avorter, alors, elle fit une tentative de suicide cette nuit, laissant une lettre sur laquelle elle disait qu’elle ne renierait pas cet enfant qui était votre fruit et qu’elle vous aimait à en mourir. Vous êtes sa raison de vivre, son cœur ne bat que pour vous, alors j’ai pris une décision. Vous reconnaissez l’enfant et nous vous marrions, ou bien nous n’entendrons plus jamais parler du grand savant mathématicien ! Réfléchissez bien, j’aurai même une place pour vous, car je me suis renseigné à votre sujet et sais depuis quelques jours qui vous êtes. C’est une offre à prendre ou à laisser, c’est tout ou rien ! »

Je m’empressais d’accepter ! Au même moment, Manon se réveilla et me serra fortement dans les bras. Nous pleurions de joie, c’était un véritable conte de fées !

Cinq ans sont passés, et notre amour ne s’est jamais terni. Nous vivons avec deux enfants. J’ai un poste de directeur de recherches qui me permet d’avoir beaucoup de temps pour ma petite famille. Je mène une vie d’homme riche et peux désormais terminer les travaux que je n’avais pas achevés. Grâce à la position de son père, je fis récupérer mes recherches, virer le directeur du centre de recherches où j’étais, ainsi que son neveu qu’il avait posté à ma place.
Tout est bien qui finit bien, j’espère qu’un jour vous en direz autant ! La vie est chienne, mais un jour ou l’autre, justice peut être faite !


Notes : Cette nouvelle est inspirée d’histoires vraies, entre autres, de témoignages… Evidemment, comme chaque histoire, tout est romancé, cependant, il ne faut guère oublier que le contact humain en personnes de sexe différent, fait souvent naître des sentiments d’un côté ou de l’autre. Telle est nôtre nature, devons-nous l’ignorer ou la réfuter ? Non ! Reste à savoir si le jeu en vaut la chandelle !...

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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