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Roitelet

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle

Il en est des contrées plus ou moins bien dirigées, bien que je pense que la pire d’entre-elle soit celle de Dannaull, une terre prospère mais dont le pire souverain qu’il n’ait jamais existé siège sur le trône. Pensez-vous que je vais écrire un pamphlet à son sujet ? Allons, ce serait calomnie que penser ceci, je me dois, en toute impartialité, de rapporter la réalité toute comme nue comme un puritain en serait capable. Nulle éloge à la stupidité de ce dirigeant des plus imparfaits, il me faut étayer le portrait de ce niais gringalet.

Dannaull est un royaume formé de vastes terres au climat tempéré, favorable aux labourages et pâturages. L’économie était anciennement forte car basée sur le poumon de toute société : la consommation de marchandises de première nécessité. Possédant aussi des sous-sols riches à exploiter, le roi de ce pays a poursuivi l’œuvre de son défunt père, en écoutant à l’encontre de l’avis de ce dernier, les conseils avisés de saugrenus détrousseurs. Vendant ainsi les droits d’exploitation à des sociétés peu scrupuleuses lui proposant de jouir, en contrepartie, de produits manufacturés ( revendus à prix d’or ) que la population, d’après leurs études de marché, s’arracherait. Ce nigaud étant tombé aussitôt dans le panneau, les contrats signés ne lui permettant pas de se rétracter, voilà qu’il s’était lié pour une durée infinie avec quelques fortes multinationales qui sauraient lui faire pression par l’intermédiaire de leurs armées privées et/ou leurs connaissances d’influence, ce qui aurait pour effet de discréditer le souverain à l’échelle internationale et impliquerait une guerre mondiale à son encontre s’il souhaitait reprendre au compte de son royaume l’exploitation de ses ressources stupidement cédée. Ce fut le premier krach boursier que les Danaulliens endurèrent, leur monnaie étant dévaluée par l’irrémédiable perte de ces matières premières qui, soit dit en passant, n’était désormais qu’exploitables partiellement puisque la majorité de l’exploitation servait aux échanges internationaux, ce qui rendait l’infime partie utilisable à un coût fort ignoble.
Non content de la politique financière menée par Azynus 1er, le peuple se rebella, marchant dans les rues, prônant leur haine envers leur dirigeant qui avait ruiné des centaines de milliers d’emploi en un clin d’œil, sans permettre d’en retrouver un seul étant donné que les entreprises étrangères engagèrent des employés de leurs contrées. Mais Azynus 1er, en bon dictateur, condamna fermement la répression et la réprimanda dans un bain de sang qui fit la une des journaux dans le monde entier. Il laisse à penser que ce premier acte de violence enferma Azynus 1er dans un cercle vicieux qui ne cesserait de se resserrer autour de lui…
La deuxième bêtise engendrée par le souverain fut de, quelques semaines après avoir ordonné le déclin de la finance, lever des impôts pour combler le déficit lié au manque de ressources dans les caisses de l’Etat. Les pauvres citoyens, déjà écrasés par leur situation, peinaient à régler leurs impôts, ce qui engendra une vague d’incarcération pour manquement aux obligations de paiement, une nouvelle manifestation, et une nouvelle réprimande virulente.

Le pays allait au plus mal : le roitelet, colérique, gringalet, bedonnant ( un nabot d’un mètre dix qui ne se gavait que de succulents mets à longueur de temps ), était sans cesse décrié dans les médias et faisait l’objet de caricature les plus folles, non sans se baser sur la terrible réalité qui n’avait guère besoin d’être poussée pour être ridicule. La popularité d’Azynus 1er étant au plus bas ( de cinq ou six pour cent grand maximum ), cela ne contraint pas le roi à abdiquer, bien au contraire, il poursuivit sans relâche les détracteurs de son royaume, exécutant en place publique ceux qui osaient se moquer ouvertement de son physique des plus ingrats : un pied plus gros que l’autre, des yeux qui louchent, des oreilles en forme de chou, un nez en trompette, un triple-menton, des mains de bébé, des jambes et des bras dont on ne pouvait distinguer les articulations, un cul plus gros que le ventre et une poitrine opulente débordant de graisse ( on ne parlera pas de l’acné omniprésente sur le visage et le corps de ce jeune pontife, ni même des traits de débilité hérités d’alcool et de drogues qui coulaient à flot dans ses veines  ), toujours emmitouflé dans des habits cinq fois trop grand pour lui ( seuls vestiges de son père, ce dernier croyant qu’en s’habillant en grand on aura l’air puissant. Mais qui avait bien pu pondre un énergumène pareil ?! ), il faut dire qu’il vénère son paternel trépassé grâce auquel il a obtenu sa fonction, mais il est nécessaire de citer que ce crétin n’est qu’un fils adoptif qui a mandé l’assassinat de l’héritier légitime à la mort du suzerain.

Venons maintenant à la déchéance de cet être abject : son plus grand méfait fut de déclarer le viol comme un acte légal si on était célibataire et qu’on avait des besoins sexuels à assouvir. Cette scandaleuse réforme fut grand bruit, en quelques minutes la criminalité sévit partout et n’importe où à la fois, ne pouvant plus se défendre ( ce qui était prohibé, en cas de viol, on devait laisser l’agresseur assouvir ses instincts ! ), des milices citoyennes se constituèrent aussitôt et la police due intervenir pour arrêter les empêcheurs de violer en rond. La goutte d’eau faisant déborder le vase, les habitants s’unirent pour une même cause et s’armèrent même de manière rudimentaire pour détrôner le dictateur qui avait décrété cette loi pour forcer des filles à copuler avec lui ( il faut dire qu’aucun riche n’avait accepté de lui céder la main de sa fille, pas même les pauvres pères de famille qui ne voulaient pas voir leur descendante entre les pattes de ce repoussant roitelet ! ), l’armée prit partie pour le peuple, et voilà qu’il fut renversé, sorti de sa royale demeure, et dessoudé sans pouvoir demander clémence.

Il est à noter que dans cette histoire, la masse des citoyens n’avait pas son mot à dire quant au choix de leur suzerain, mais si c’était votre cas, seriez-vous capable d’établir à la tête de votre pays un piètre dirigeant comme celui-ci ? J’espère pour vous que non, autrement, je vous conseille de consulter un psy au plus vite et vous souhaite bonne chance quant à l’avenir…




"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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