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Romance fluviale

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Steampunk

Image tirée de Google Images: http://poopss.p.o.pic.centerblog.net/o/1165dcbc.jpg

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Il est poète, elle est bourgeoise. Il est sans le sou, elle nage dans l’or. Il se débrouille, elle n’a pas d’effort à fournir. Il est beau parleur, elle ne sait que se comporter en société. Il est romantique, elle est sous l’égide de son père. Il est magnifique, elle ne l’est qu’extérieurement. Ils s’aiment, et ça c’est indéniable. Qu’est-ce qui a bien pu rapprocher deux êtres si éloignés ? L’amour est empli de mystères, pourquoi vouloir y répondre à tout prix ?

Le rendez-vous est donné à minuit au bord du fleuve, à l’extérieur de la ville. Le calme de la campagne est préférable au tumulte d’une ville sans cesse en activité, de jour comme de nuit : le plus beau des sentiments ne peut se révéler que dans le calme et la discrétion d’une entrevue spectaculaire une nuit de pleine lune, une nuit où il fait bon de s’aventurer sur les eaux claires et paisibles du fleuve qui longe leur municipalité.
Le poète est déjà au rendez-vous, son monocle sur l’œil, consultant sans répit sa montre à gousset qu’il ouvre et ferme sans discontinuer. Il est nerveux, l’heure approche, il est terrifié à l’idée que sa dulcinée ne soit peut-être pas en route en quête de rejoindre son amant qu’elle affectionne particulièrement ? Il tire de sa poche de gilet une tabatière pour se rouler une cigarette afin de s’apaiser.
Elle, de son côté, trottine sur ses hauts-talons dont elle s’est chaussée exprès pour lui. Les pavés des rues de la ville lui ont tordu les chevilles, surmontant la douleur, elle se presse de rejoindre son amoureux dont elle est tant éprise. Elle consulte son bracelet-montre à cadran, minuit cinq, et dire que son assistant personnel portatif lui indique que la route est encore longue ! Que dira l’élu de son cœur ? Sera-t-il encore au rendez-vous ?
Bouillant d’impatience, son anxiété augmentant au fur et à mesure que la nuit se poursuit, il vide le peu de tabac qu’il lui restait dans sa tabatière. Sa gourmandise achevée, il fait rouler sa plume entre son pouce et son index droit, une manière comme une autre de s’occuper lorsque la personne que vous aimez vous fait défaut. Minuit et quart, et la belle n’est toujours pas en vue. Sortant quelques vieilles feuilles de papier abîmées par le temps, seul moyen peu onéreux de transcrire les mots qui lui viennent à l’esprit, il entame l’écriture de vers reflétant sa détresse présente. Le cœur serré, les larmes aux yeux, il écrit frénétiquement des mots plus durs les uns que les autres.

Au bout d’un quart d’heure, son poème terminé, le papier humidifié par ses larmes, sa dulcinée le trouve au bord du suicide, étant en train de réaliser un nœud coulant sur la corde qu’il s’apprête à employer. Catastrophée, elle se rue vers lui, approchant par derrière. Il ne la voit pas et s’affaire dans son ultime œuvre, jusqu’à ce que deux douces mains le saisissent par la taille, et qu’une tête couronnée de longs cheveux s’abatte sur son dos. Il réconforte la seule femme digne de son amour, lui séchant ses larmes avant de la faire embarquer à bord d’une frêle embarcation.
Il fait se mouvoir la barque à l’aide des rames placées de chaque côté. Son amoureuse est enchantée, elle en prend plein les mirettes, admirant les belles rives qui s’offrent à sa vue. Rêveuse, elle se laisse transporter par son amant le long du fleuve lors de cette charmante ballade nocturne, cependant, elle finit à un moment par s’en lasser et s’étonner de s’éloigner de plus en plus de la cité où jadis ils naissaient. Le poète cesse un instant de ramer, juste le temps de lui tendre un papier sur lequel il lui a déclaré sa flamme. Elle s’en empare en tremblotant, lisant le poème qui lui a été donné, revêt l’anneau qui était contenu dans le pli qu’elle reçut, et bondit sur son compagnon qu’elle récompense d’un tendre et long baiser sur les lèvres.
Pleinement confiante en l’homme de ses rêves, elle le laisse les guider vers la destinée qui les attend en aval, bien éloignée de cette ville où jamais ils ne remettront les pieds.



"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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