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Vicieux Caneton !

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle

Vicieux Caneton !

Une nouvelle fantastique, un brin érotique mais philosophique ! Un autre petit hors-d'oeuvre à dévorer, tout simplement ! :)

 

Vicieux Caneton !

Je ne suis qu’un petit canard censé faire coin-coin, et pourtant, je ne le peux. Quelle est la raison qui fait que je suis muet ? Je ne sais, sans doute ai-je été ainsi formé, je n’aurai jamais le plaisir de m’entendre appeler, en revanche, je suis très jalousé parce que j’ai d’autres plaisirs. Les hommes voudraient tant me détrôner, mais ils n’y arriveront jamais car ils ne sont pas aussi mignons que moi, hé oui ! Le charme du Caneton a un effet dévastateur sur ces dames, ces messieurs le savent bien et ne rêvent que d’une chose : faire de moi un confit de canard. Cruelles pensées ! que le Créateur puisse leur pardonner, ils ne savent pas ce qu’ils font ces insensés ! Moi, je vis bien au chaud et lustre dans l’eau mon beau corps tout doux. Ma maîtresse est si gentille, elle m’offre un bon bain toute la journée, elle sait comment me combler, c’est réciproque d’ailleurs. Comment lui fais-je plaisir ? Disons qu’elle se sert de moi pour des petits plaisirs, elle adore mettre ma tête dans un certain endroit, une sorte de porte organique, et moi je prends mon pied à admirer ce qui s’offre sous mes yeux. Par moments, elle me passe même dans son cou, m’embrasse sur le bec, me passe sur son opulente et ferme poitrine, je lui sers à se caresser les zones érogènes et à concrétiser ses désirs les plus fous. Aucun homme ne peut me vaincre, je suis trop fort pour cela, et mon corps est bien plus apprêté à ces petits moments de plaisir que les corps de n’importe quel homme, après tout, qu’en ont-ils à faire de leur partenaire ? Ils ne cherchent que leur satisfaction, moi je privilégie celle de ma maîtresse, même si la sienne participe à la mienne. Viens-je de définir la notion de couple ? Peut-être, à vrai dire, tel était la notion qu’en avait les êtres humains auparavant, maintenant, c’est dépassé ! l’homme ne cherche que son plaisir sexuel et ne sait guère attiser les ardeurs de sa dulcinée, alors que moi, pourtant inanimé, je la comble comme cent amants ne le pourraient jamais ! Suis-je arrogant ? Pas plus que vous ne l’êtes, vous qui vous dîtes forts, qui vous prônez honnêtes, qui chantez à chaque femme que vous l’aimez, et qui les laissez tomber une fois votre amusement terminé ! Moi, je suis toujours fidèle au poste, je suis le Caneton bien aimé et cela ne changera jamais, tout du moins, c’était ce que je pensais !... Il a fallu que ce jour fatidique arrive, qu’elle ait enfin un bel homme musclé qui vienne troubler ma tranquillité ! Elle était à moi, ce porc n’a pas le droit ! Je suis le mignon petit Caneton, et me voilà délaissé à trôner sur le rebord de la baignoire où elle vient se doucher. Je ne fais plus que contempler ses formes, je n’ai plus le plaisir de les effleurer ou de vibrer en elle. Je la regarde avec mes yeux de cocker triste, mais elle m’ignore comme si je n’avais rien été, comme si nous n’avions rien vécu ensemble. Après tout, c’est peut-être la vérité, nous n’avons rien vécu, je ne fus rien de plus qu’un de ses jouets. Je compris aujourd’hui que je n’étais rien d’autre qu’un objet, une sorte d’accessoire, un robot sexuel, qu’il n’y avait aucun sentiment : je ne suis qu’un pantin.

Cette soirée, avant de se coucher et de m’attrister avec leurs cris, j’ai espionné une conversation qui m’a glacé : son compagnon désire me jeter ! Il veut que je sois mis à la poubelle, démantelé, brûlé vif, car il ne supporte pas l’idée qu’elle puisse offrir son corps à quelque chose d’autre que lui. Ben ça alors, quelle injustice ! C’est vraiment trop injuste, moi qui l’aie toujours aimée, moi qui l’aie toujours réconfortée, moi qui aie toujours veillé sur elle, voilà qu’on désire me balancer comme une vieille chaussette ! Et le pire dans tout ça, c’est qu’elle l’a accepté volontiers ! Attends un peu, petite garce, ne viens pas me prendre, sinon je te jure que je me fais court-circuiter et te lèse tes plus tendres parties ! Le temps m’est compté, demain, je serai balancé avec les déchets ménagers. Je sais comment cela se passera, j’arriverai enfermé dans un sac plastique et amené par un camion transportant tout ce qui est jeté. Mon sac atterrira sur le tapis roulant et finira sa course dans l’incinérateur. Voilà que finalement j’apprends que les hommes ne sont pas les seuls broyeurs de cœur, les femmes le sont également mais sont plus futées ! Leur cœur n’en est que plus glacé, et dire qu’elle m’avait bien piégé, que j’y avais cru à notre histoire d’amour ! Elle s’est bien jouée de moi, je n’étais que son esclave qu’elle consommait, me voilà devenu déchet.

Ma colère passée, en y réfléchissant bien, un jouet sexuel n’est-il pas un déchet ? Si oui, ma destinée était déjà toute tracée.

Aimez-vous, oui, aimez-vous de vrais et nobles sentiments ! Cessez de vouloir vous combler avec du vent, autrement, vous ne vaudrez pas mieux que nous ! Vous aussi serez des déchets !


 

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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