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Visiteur nocturne

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle

Visiteur nocturne

Une nouvelle fantastique un peu dans le ton d'Ephémère inconnue, mais avec un registre différent.

 

Visiteur nocturne

Cette histoire se passa un soir d’été lorsque j’habitais à la campagne. J’étais jeune et travaillais à l’usine qui se situait à une vingtaine de kilomètres de chez moi. J’étais assez isolé du petit village auquel ma maison appartenait, mais j’étais tranquille et n’aurais pas, à cette époque, songé la quitter. J’étais sur le point de me coucher, car le lendemain il fallait me lever très tôt, mais ne je pus me plonger dans mes draps car quelqu’un sonnait à ma porte. Intrigué, je dégringolais l’escalier afin de comprendre ce qu’il se passait. « Peut-être un voisin a-t-il un souci ? » pensais-je, bien que le voisin le plus proche fût à environ deux cent mètres de chez moi. Quelle ne fût pas ma stupeur lorsqu’en ouvrant, je remarquai un individu affublé d’un vieux chapeau de pèlerin, un bâton de randonnée à la main, et de vieux habits sur lui. Ses chaussures me semblaient même antiques ! La première question qui me vint à l’esprit fût de me demander qui était ce clochard, ou plutôt ce routard ? Mais cet homme barbu, d’une quarantaine d’année, lut en mon esprit et me coupa le sifflet.

« Je ne suis qu’un humble prêtre itinérant qui va de maison en maison afin de soigner les gens le nécessitant. Voudriez-vous m’offrir l’hospitalité ? Je ne cherche que le couvert, je ne vous demande pas le gîte, je me débrouillerai, ne vous en faites pas pour moi. »

Surpris, je n’osais refuser. Il entra, posa son chapeau sur le porte-manteau ainsi que sa veste et attendit bien droit dans la porte d’entrée. Il portait un très vieil habit de clergyman qui ne semblait guère usé par le temps. Hébété, je ne bougeais plu. Lui, il semblait renifler ma maison, prononça quelques mots en latin et me fixa. Je sortis de ma langueur et l’invita à prendre place à ma table. Il sortit de sa sacoche en cuir de vache quelques livres reliés et enluminés, dont la couverture était en peau de bête. Je n’avais jamais vu rien de tel, mis à part dans certains musées ! Quelles étaient ces antiquités pas très abîmées ? Je ne préférais ne pas le savoir, je désirais me débarrasser au plus vite de cet étranger qui m’importunait. Il ne me dit mot, mais paraissait se renseigner au sujet de quelque chose. Il semblait à nouveau renifler ma maison, et maugréant, il cherchait une sorte de formule dans ses bouquins. Moi, je lui préparais un repas, mettant tout mon cœur à lui caler l’estomac afin qu’il soit satisfait, je ne voulais pas vexer un tel individu ! Il psalmodia quelques textes tout en se documentant, puis, voyant le repas arriver, il rangea ses livres et me regarda. Il m’invita à m’asseoir à ses côtés, je m’exécutai. Il échangea.

« Alors, comme ça, on est ouvrier et célibataire ?
-Oui, et vous, prêtre itinérant, c’est bien ça ?
-Oui… Je fais en sorte qu’il n’y ait que peu d’âmes perdues, je fais en sorte que leur destin ne contienne point le funeste final mot chagrin.
-Que faites-vous pour cela ?
-Je les sauve, cher hôte. D’ailleurs, je sens chez vous une présence malsaine, je souhaiterais y remédier après ce frugal dîner, vous n’y voyez pas d’inconvénient ?
-C’est que, je dois me coucher… demain, j’ai mon métier et...
-Allons, allons, vous voulez bien vous reposer, oui ou non ? Faites-moi confiance, mon jeune ami, vous ne le regretterez pas ! En revanche, si je n’opère pas, ne vous plaignez pas s’il vous arrive quelque chose !...
-Vous me faites peur !
-Je ne suis pas là pour ça, mais pour me restaurer et exercer le ministère qui m’a été confié. Quelque chose ne tourne pas rond, il faut que je règle ce souci, comprenez-vous ? Vous qui êtes ouvrier, vous savez que si une machine fonctionne mal, on la répare, n’est-ce pas ? Cela fonctionne à peu près pareillement, mais bien différemment.
-Que portez-vous autour du coup ?
-Ca ? Ce n’est rien qu’un artefact qui me protège des forces du mal, sans ce genre de babioles, nous ne sommes pas grand-chose !
-Pourquoi en parlez-vous comme d’un vulgaire bibelot ?
-A force d’y posséder, cela devient banal et familier. Maintenant, je me dois de finir ce bon dîner ! Ca se voit que votre peuple a fait des progrès, cela est bien plus succulent qu’il y a quelques centaines d’années ! »


Mes cheveux se dressèrent sur mon crâne, ma respiration en était presque coupée. Ce prêtre, semblant pourtant bourru, rit et me tapa sur l’épaule. Quelques instants plus tard, il avait tout ingéré. Il s’essuya proprement dans sa serviette et me demanda s’il pouvait se laver les mains dans la cuisine. Je lui permis. Il m’ordonna de sortir pendant un moment, le temps pour lui d’opérer. Je n’osais le contrarier et m’exécutais.

Une bonne vingtaine de minutes passèrent, le voilà que je l’entendis m’appeler d’une fenêtre située à l’étage. Je rentrai chez moi, la peur au ventre car je ne savais dans quel état j’allais retrouver ma demeure. En entrant, je faillis avoir un arrêt cardiaque, le prêtre était juste en face de moi et me tendait la main. C’était impossible ! Il était à l’étage il y a deux secondes ! Je lui serrai la main, tremblant, lui rassurant. Il récupéra ses affaires, me salua une dernière fois et repris la route. Je me retournai quelques instants car un bruit avait attiré mon attention, mais en revenant face au chemin s’enfonçant dans la nuit obscure, je fus surpris de constater qu’il n’y avait plus personne ici ! Le prêtre avait soudainement disparu. Je tombai dans les pommes.

Le lendemain, je fus réveillé par mon réveil. J’étais dans mon lit. Je me précipitais pour arrêter la sonnerie, me dis que j’avais fait un drôle de rêve, mais restai paralysé en apercevant l’artefact que possédait le prêtre. Il était situé juste à côté de mon réveil. En le touchant, je sentis une entité apaisante en sortir et résider dans ma maison. Aujourd’hui, n’importe où que j’aille, si j’emmène cet objet avec moi, il protège le lieu où il est déposé. Jamais je ne m’en séparerai, il a tellement de valeur qu’on ne peut avoir envie de le jeter.


 

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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