Deux Choix
Une nouvelle Fantastique se passant durant la 1ère Guerre Mondiale. Redécouvrez brièvement certains horribles aspects de cette Guerre, tout en profitant d'une fiction romancée. Bonne lecture !
Deux choix
« Général ! Général ! Il faudrait se replier ! Nous essuyons leurs tirs d’artillerie et de mitrailleuses, l’assaut est un échec total ! Nos hommes vous se faire laminer, sonner la retraite !
-Hors de question, Capitaine ! Il faut à tout prix nettoyer ces tranchées ennemies, je refuse qu’on se replie ! La réussite ou la mort, soldat !
-Général, les hommes ne sont-ils pas plus utiles vivants ? Je vous en conjure, faites cesser cette boucherie ! Donnez immédiatement l’ordre de battre en retraite !
-Négatif, Capitaine, et si vous insistez, je vous fais abattre sur le champ ! Pour la peine, foncez en première ligne aider vos hommes ! Ça vous apprendra le courage et l’obéissance, et vous vous inquiéterez moins pour vos subordonnés puisque vous serez au milieu d’eux.
-Etes-vous fou, mon Général ? Je vais me faire réduire en charpie, être criblé de balles par nos adversaires ! A quoi servirai-je ?
-C’est un ordre, et on respecte les ordres, soldats ! Allez-y, où je vous loge une balle dans le crâne ! Allez, allez, allez ! On y va les gars, on entre dans la tranchée, on les écrase ! Nous vaincrons ou nous mourrons, tel est notre destin ! Le premier qui reculera sera exécuté d’office, on ne tergiverse pas ! La victoire ou la mort ! Soyez unis avec vos frères, soldats ! »
Les Généraux ne sont que des fous assoiffés de sang qui ne comprennent pas la détresse de leurs hommes, ne pouvant faire entendre raison à mon supérieur, je fus contraint d’avancer sur le terrain sans chercher à comprendre. Les obus ne cessaient de pleuvoir autour de moi, c’était effrayant, déstabilisant ! En un rien de temps, les hommes étaient réduits en bouillie, déchiquetés par les coups de canon adverses. Un bien triste spectacle s’offrait à tout officier qui avait un brin de compassion pour ses troupes, rien ne pouvait y arrêter : ils seront tous lamentablement sacrifiés. Les peu d’ingénieurs atteignant les lignes ennemies tentaient d’ouvrir une brèche dans les fils de fer barbelés, mais leur travail devenait mission impossible à cause des trop nombreuses forces qui défendaient les lignes. A peine avaient-ils le temps de positionner leurs pinces coupantes qu’ils étaient fauchés par une grêle de balles. Rares sont ceux qui arrivaient à couper un ou deux fils ! Les quelques survivants au front se protégeaient par l’intermédiaire des cadavres de leurs camarades, mais ce n’était qu’une maigre protection face aux gros calibres des mitrailleuses qui ne cessaient de vomir leurs munitions sur ces pauvres hommes. Non, rien n’arrêterait ce massacre : cet assaut serait connu à jamais comme une véritable boucherie !
Tout à coup, une explosion se produisit à côté de moi, me projetant dans un trou d’obus. Je me sentais défaillir, je ne savais où j’en étais, mes oreilles sifflaient, ma vue se brouillait. Je tentais de lutter contre cette torpeur qui me prenait, et me rendit compte que du sang coulait sur mon visage, tombant parfois dans mes yeux, atteignant mes lèvres, passant dans ma bouche… Le sang se mélangeait rapidement à la boue sur mes vêtements et mon corps, ce qui y rendait encore plus désagréable. Sentant ma mort arriver, je m’assis au fond de ma modeste planque et me mit à prier. Des larmes sortaient de mon corps, je ne me sentais plus la force de me battre, je ne pouvais plus regarder le danger droit dans les yeux, je ne voulais plus voir mes subordonnés succomber, je voulais que tout cesse. Je m’apprêtais à me suicider, ne supportant plus cet infâme lieu remplis de douleur, mais une jeune femme saisit ma main droite qui allait à mon revolver et me regarda droit dans les yeux. Elle était belle, fine, de taille moyenne. Je la fixais, hébété, me demandant si c’était une vision ou si c’était un ange ? Elle porta ma main à sa bouche, l’embrassa, me sourit. Je ne savais comment elle faisait pour survivre en étant debout, dépassant du trou, s’offrant aux armes adverses. Je voulais la faire se baisser, mais je n’arrivais pas à me lever pour la plaquer au sol. J’étais immobilisé.
« Ne t’inquiète pas pour moi, je ne suis pas mortelle dans ce monde.
-Mais qui êtes-vous donc ? D’où venez-vous ? Pourquoi moi ?
-Jeune Capitaine au cœur noble, ta fin est proche et tu te soucies encore de tes troupes. Tu es brave, soldat, ta bravoure serait à honorer et féliciter ! Mais mort, tu ne servirais à rien…
-Vous êtes bien aimable, demoiselle, mais vous ne m’apprenez rien de plus. Tel est ce que j’ai dit à mon abruti de Général, ah ! Que le Diable l’emporte, celui-là !
-Chut. Calmez-vous, courageux Capitaine, les Limbes de la Mort sont toutes proches. Il faut faire vite, nous n’avons hélas pas beaucoup de temps ! Si vous désirez vivre, et faire quelque chose de l’existence qui peut vous être proposée, écoutez-moi, vous ne le regrettez pas.
-Ah bon ? Qu’allez-vous me proposer ? Ma place est ici, au front, ou bien avec mes camarades décédés… Je ne suis qu’un militaire, mademoiselle, je ne peux rien faire d’autre, sans quoi je serai taxé de déserteur et serai abattu par ma propre nation.
-Je te propose de rejoindre un monde où il n’y a pas de nation, mais une assemblée fraternelle. Je te propose de quitter cet Enfer, pour rejoindre une sorte de Paradis qui hélas a bien du mal à subsister face aux forces infernales. Nous avons besoin de cœurs bons pour maintenir la vie sur nos terres, veux-tu venir en faire partie ?
-Et vous habitez où, vous ? Je ne connais nul autre monde que celui-là ! Vous n’êtes qu’une illusion, n’est-ce pas ? Je délire, hein ? Je délire…
-Pas du tout ! Je suis aussi réelle que vous, d’ailleurs, vous me tenez la main.
-Et comment se fait-il que vous ne mourrez pas ?
-Vous ne pouvez me tuer, car je vis dans un monde parallèle. C’est difficile à expliquer, mais bon… Si tu désires me rejoindre, tu comprendras. C’est ça, ou tu laisses la mort te happer…
-Je préfère encore un tantinet vivre que de succomber dans cette guerre ! Soit, je te suis. »
Je lui tiens fermement la main et me sens transporter dans un autre monde. Nous flottons à travers un tunnel constitué de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel nous amenant dans un monde inconnu pour moi. Je me suis senti comme aspiré pendant notre voyage qui dura je ne sais combien de temps, et nous voilà sur la terre ferme, sur une planète qui ressemble à la nôtre tout en étant fort différente.
« Nous sommes arrivés à la maison ! Nous allons vivre ensemble, cela ne te dérange pas ?
-Oh, non, ne vous inquiétez pas. Après tout ce que j’ai traversé…
-Il faut tout de même que je vous précise que, quand deux êtres de sexe opposés et non consanguins vivent ensemble, cela signifie qu’ils sont en couple et que rien ne peut désormais les séparer. Etes-vous sûr de votre choix ?
-Je ne reverrai plus jamais mon monde, et si je ne vous avais pas suivi, je serai mort à l’heure actuelle, alors, rien ne peut être plus doux que cette solution. Sans compter que je ne fais de tort à personne, je n’avais aucune épouse sur Terre. »
Et sur cette même Terre, après le violent affrontement ayant eu lieu toute l’après-midi et s’étant soldé en échec, le Capitaine Pierre BONNEUIL est porté disparu, son corps ne fût jamais retrouvé. A la fin de la Grande Guerre, tout le monde le croit mort, sauf ses parents qui sentent qu’il vit quelque part, dans un endroit qu’ils ne pourraient définir. Ils le savent, car ils ressentent au plus profond d’eux-mêmes que leur fils est en vie : les instincts paternel et maternel ne peuvent être trompés.
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