L'Auberge de Vaporiatum - Chapitre 1 - 3/4
Troisième partie du Chapitre 1, dédiée au voyage de retour du Traqueur et de son Apprenti. Ce voyage sera-t-il de tout repos ? Vous le saurez en lisant le texte ci-dessous.
Nous marchions depuis trois jours, cherchant à gagner le village le plus proche, mais nous tournions en rond dans cette infernale Montagne Perdue. Nous dressions donc un camp, désirant nous reposer et trouver notre position sur ces maudites cartes. Je sortais ma pipe en bougonnant, détestant être perdu en pleine nature, et maugréait après mon apprenti qui, gauche comme il était, avait abîmé ma tasse préférée. Il me promit de la réparer, mais je n’étais guère satisfait : je suis quelqu’un de très matérialiste. Je m’assis à un autre endroit, avisant une pierre plate à l’ombre d’un arbre. Je désirais tourner le dos à mon apprenti qui, à ce moment-là, m’horripilait. J’en profitais pour me calmer et nous repérer sur la carte, mais quelques minutes plus tard, nous voilà agressés par des bandits faiblement armés. C’était des petits joueurs, ayant pour seules armes des coutelas et des haches ; rien de bien méchant pour des gens possédant des armes à feu ! Je vidais mon chargeur sur nos assaillants et en abattis cinq en un rien de temps. Mon apprenti, quand à lui, tira un coup et grimpa à un arbre, rompant l’affrontement. Certains se groupèrent autour de lui et tentèrent d’abattre l’arbre en question. N’ayant pas le temps de recharger, je fonçai tête baissée, baïonnette en avant et embrocha les brigands qui se trouvaient à ma portée. Ayant sauvé mon jeune couard, je revins à notre tente et découvrit avec horreur que certains de ces malotrus s’étaient emparés de nos coffres et contemplaient avidement les trésors qui s’offraient à leurs yeux. Je les abattis non sans peine, ils semblaient comme sans défense, complètement absorbés par cet inestimable trésor. Je me dis que c’était de petits esprits qui n’avaient jamais rien vu de leur vie, j’achevai les blessés et demandai à mon apprenti de tous les rassembler pour les enterrer. Nous perdîmes quelques heures à creuser le sol et finissions cette besogne à la nuit tombée. Campant ici pour la nuit, cela ne nous dérangeait pas le moins du monde ! Nous parlâmes peu, j’étais encore fâché contre ce jeune écervelé qui, non seulement était un maladroit, mais qui plus est, s’enfuyait face à au danger ! Nous dormîmes de bonne heure, la nuit portant conseil.
Le lendemain, au réveil, j’aperçus en ouvrant les yeux mon apprenti plongeant ses mains dans notre butin. Je voyais ses petites mains de jeune fille tâter l’or et les joyaux, notre or, nos joyaux, mon or, mes joyaux ! Une sourde colère gronda intérieurement, je me levai d’un bond et l’attrapa par le col. Il se retourna, ses yeux brillant de mille feux. Ne me maîtrisant plus, je lui expédiai des coups de poing à n’en plus finir. Il réussit à sortir de ma pluie de coups et voulut fuir à toutes jambes. Je le suivis, attrapai un fouet qui traînait hors de la tente, et lui fis tâter de mon fouet dès que l’occasion se présentait. Je ne le coursai pas longtemps, ne désirant pas perdre ma précieuse cargaison. Me voilà seul à présent. Sur le coup, je n’étais pas triste, je me sentais fort, je me sentais riche, puissant, j’avais des projets plein la tête. Je râlai, car il fallait que je m’occupe moi-même de démonter le camp, charger la cargaison, diriger les deux équidés, mais qu’importe, la fortune ne serait point à partager, cela m’allait. J’étais devenu avide, cupide, limite avare. Pour moi, seul comptait ce trésor, il semblait même plus précieux que la peau de Poumar doré que nous avions récoltée. Je voyageai plus léger, je m’étais débarrassé des effets personnels de mon apprenti, n’ayant gardé que ce que je lui avais donné et qui m’appartenait, à savoir ses armes et son équipement. Je chevauchai ainsi pendant plusieurs jours, me repliant sur moi-même, jusqu’à ce qu’une nuit je me regarde dans une glace et vis avec horreur le reflet de mon âme. J’étais devenu un individu sombre, détestable, méprisable, qui ne vivait que pour ses petits coffres qu’il avait acquis. Pourquoi étais-je devenu ainsi ? Sans doute à cause d’une vieille malédiction, cela devait être la cause. Je me demandais pourquoi cet homme Poumar m’avait-il confié ce trésor, et voilà que ce dernier apparut dans la fumée de mon feu de camp. Surpris, je n’osais bouger. Il me fit quelques confidences.
« Nous, les hommes Poumars, sommes les gardiens de la Montagne Perdue. Le trésor que je vous ai offert rendait malade notre peuple, il contenait les ondes négatives d’un célèbre pirate qui avait décidé de cacher son trésor en la grotte où nous devions résider. Pourquoi devions-nous nous y installer ? Tout simplement car c’était devenu l’un des coins les plus discrets et les plus agréables pour vivre en toute sérénité, nous n’aimons guère être dérangés, nous devons continuer à protéger la Montagne Perdue contre le braconnage et tout le mal qui peut lui être fait. Nous avons aussi un rôle de régulateurs en empêchant une espèce de supplanter une autre, ou encore d’être en surpopulation. Nous sommes ici pour veiller au bon respect des règles de dame Nature, c’est d’ailleurs ce pour quoi nous vivons.
Pourquoi vous avoir confié un cadeau empoisonné ? Tout simplement pour que vous, vous le dispersiez dans le monde. Il ne faut plus qu’il soit assemblé, ainsi, il perdra la magie qu’il abrite. Je vous croyais assez fort pour résister, j’avais tort et raison à la fois. Tort car vous lui aviez succombé, raison car vous êtes revenu sur votre décision. Je ne pensais pas non plus que vous mettriez autant de temps à gagner le village le plus proche, aussi, je vais vous aider. Prenez un peu de ma force, afin de lui résister, et vendez-le en petite quantité. Ne restez pas là où quiconque semblerait le convoiter, il ne faut pas que sa magie continue pourrir ce monde, vous m’entendez ? Suivez scrupuleusement mes paroles, vous en serez comblé, et le monde sera sauvé. Bonne chance à vous. »
Je sentis une grande force entrer dans mon corps et tombai dans les pommes. Lorsque je me réveillai, il faisait grand jour. Je partis à l’instant même et trouvai un village non loin d’ici. Je vendis une petite partie du trésor maudit et achetai un attelage afin de rapidement rejoindre la ville la plus proche. Je dus me battre pendant quelques semaines pour protéger ce trésor et le vendre en petite quantité comme il me fût demandé. Je menais ma mission à bien et m’enrichissais à vue d’œil. Prospérant, je me payais un nouvel accoutrement, de nouveaux équipements, achetais des biens immobiliers, mais le remord me rongeait. Je m’en voulais d’avoir ainsi chassé mon apprenti, je ne savais ce qu’il était advenu. Je me jurais d’un jour le retrouver, et voilà que par le plus grand des hasards, je le croise en cheminant jusqu’à L’Auberge de Vaporiatum !
A suivre...

