Entretien avec un Raveur
Une nouvelle Autobiographique, car tirée d'une expérience personnelle que j'ai incluse, trait pour trait, sur ce blog. Bonne lecture ! ;)
Entretien avec un Raveur
Note : Cette nouvelle est tirée d’une expérience personnelle : la « rencontre » ( fort inattendue et non voulue ) d’un Raveur dans le Bus du réseau Toulonnais. Les dialogues ne sont peut-être pas 100% fidèles à la réalité, j’ai essayé de retranscrire les faits du mieux possible.
J’empruntais tranquillement, comme je le fais régulièrement, l’un des Bus de la Ligne 1 du réseau Toulonnais. Nous nous sommes assis, comme à notre bonne habitude après avoir validé nos billets, dans le fond ( car c’est généralement ici qu’il y a des places ). Nous étions bien tranquilles, tous les deux, ou plutôt tous les trois, car ma compagne venait de tomber sur une de ses copines assise juste derrière-nous. Nous entamions donc une discussion à trois, et voilà qu’au fil du trajet je m’aperçus que, derrière-moi, bien assis sur le siège du milieu du fond du car, se tenait, ou plutôt, s’avachissait un gars complètement parti. Je ne me souvins si c’était le bruit de la musique, son odeur ou son comportement qui me capta l’attention, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’au moment où je l’ai remarqué j’ai commencé à le déprécier. En effet, monsieur portait des habits de marque mais se négligeait, il affichait un style décalé que j’avais rarement vu. Le gars était complètement parti, était-il ivre, drogué ? Je ne le savais, et ne préférais pas le savoir, comme on dit, qui en sait le moins se porte mieux ! Fortement dérangé par son excitation et son tapotement contre mon siège ( qui me répercutait dans la colonne vertébrale ), je bouillais intérieurement et aurais voulu gueuler à cet individu de se tenir en personne civilisée, et pour l’amour du ciel, de baisser le volume de sa musique ! Fort heureusement pour moi, il avisa place sur les sièges à ma gauche, il en changea et me dérangea moins, me voilà plus détendu.
Méfiant, car restant prudent face aux illuminés, je finis par comprendre qu’il n’était attiré que par sa musique, et espérait d’ailleurs qu’il nous foutrait la paix car je remarquais ses regards envers nous ( je n’osais d’ailleurs croiser ses yeux de peur d’entamer le dialogue ). Scrutant discrètement ce curieux personnage de la tête aux pieds lorsqu’il avait la tête tournée du côté de sa vitre, voilà qu’il crût, se retournant d’un coup en zyeutant vers nous, que je l’avais regardé d’une manière amicale.
« Quel genre de musique t’aime ?
-Moi ? Heu… L’électro, la dance… Un peu le rock…
-L’électro ? Eh, moi j’suis impliqué dans les Rave Party : tiens, écoute ça ! C’est du bon son, tu vas voir ! »
Cet étrange homme paraissant avoir une trentaine d’année me tendit son écouteur comme un grand enfant, affichant un grand sourire tel un gamin trouvant un camarade de jeu après des heures de recherche. M’en emparant pas de suite, bredouillant une excuse, il me logea dans l’oreille son écouteur. J’entendais de la musique comme il en passait dans les boîtes, mais trouvais que ça tarder à venir... Je lui disais que j’aimais afin de ne guère le vexer, mais ne trouvais rien d’exceptionnel en sa musique. J’essayais de parler avec cet individu, mais il me disait de me taire, d’écouter, commençait à faire des gestes tel un Shaman et s’apprêtait à se lancer en hochant la tête comme un fou. J’imitais mon interlocuteur, car il ne valait mieux pas froisser ce personnage, et puis, vous me direz que la politesse veut qu’on ne montre pas à son malheureux trouble-discussion qu’on est dérangé par lui, mais vous imposerez de trouver une manière de le lui faire comprendre. Ne cherchant pas de soucis, me voilà obligé de me coltiner cet homme… Ma copine, elle, riait presque au nez de ce gars avec sa camarade, ce qui rendait la situation encore plus compliquée car j’étais sur le point de me plier en quatre ! Une fois que son titre électro avait atteint le point culminant, à savoir faire boum-boum à coup de basses ( et pas les plus fortes de ce que j’ai pu entendre dans ma vie ), il changea de morceau et me montra des noms de groupes, artistes ou musiques que je ne connaissais pas. Il me demanda oralement si je connaissais certains noms que je ne pourrais vous citer, je lui répondis que non, que j’étais plutôt de techno/électro commerciale…
« Ah, je vois, tu connais pas du si hard que ça alors. Faudrait vraiment que t’écoute ces trucs-là, c’est le must en matière de Rave ! Eh, dis-moi, c’est ta grand-mère qui t’a offert cet œuf ?
-Non, pas vraiment, ce n’est pas ma grand-mère… On l’a obtenu et nous le sommes partagés, ma femme est moi.
-Ah, ben je vois, éh, dis-moi, y’a quoi à l’intérieur ? Vous vous êtes bien amusés avec ? »
Je préférais ne pas dire grand-chose sur nous et mentir à certains sujets, comme le fait de comment nous nous retrouvions avec le reste de chocolat sur nous, et d’autres trucs : je n’aime pas dévoiler ma vie à des gens que je ne connais pas et que je n’ai pas envie de fréquenter. Il avait fallu qu’il repère ce que je tenais en main pour continuer à converser et faire un peu d’humour, j’en avais marre même si je ne le montrais pas. Lui faisant plaisir de par mes réponses, il finit par me demander.
« Je peux voir ce qu’il reste ? Je peux peser pour voir combien il y en a ? »
Voilà que ce morphal s’apprêtait à nous taxer un cadeau qui nous avait été fait ! Il tendait sa main, je tenais fermement le sachet qui contenait certes un reste, mais que je n’avais pas envie de lui refourguer. Ma copine me dit tout à coup.
« Allons, donne-lui bébé. »
Ecoutant ma compagne, je lui fais soupeser en tenant bien ce qu’il nous restait afin qu’il ne nous le pique pas, on me le fait pas ce genre de coup ! Il met sa main sur le dessous de l’emballage et me rétorque.
« Ah, je vois, il reste de quoi se payer une bonne tranche ! De quoi se remplir l’estomac.
-Oui, c’est tout à fait ça. Un peu de douceur pour se caler le ventre. »
Monsieur paraissait content, peut-être déçu de ne pas avoir croqué dans ce qu’il nous restait, mais il était content quand même. Il se remit tout à coup à partir dans sa musique comme il l’avait fait avant de nous parler, puis, à la longue, s’allongea en travers sur les sièges, posant ses chaussures contre la barre pour s’accrocher située à côté de moi. Il nous regardait tous les trois, surtout les filles, souriait à nouveau et se mit à sortir des propos délirants. Il me demanda à un moment si je comprenais l’anglais, ce en quoi je répondis oui ( j’ai l’anglais courant ). Bonne ou mauvaise réponse ? Je ne sais, mais il était encore plus heureux et me fit écouter un titre sur lequel il n’y avait qu’un seul mot anglais répété en boucle ( nul, n’êtes-vous pas d’accord ? ). Il me demanda ensuite si j’avais compris le sens de ce mot. Je lui mentis en lui disant que oui, et profita de son flot de parole pour placer un habile tact qui le fit m’apprécier au plus haut point. Je lui avais dit qu’en quelque sorte c’était la liberté qui primait. Mon fond humaniste m’a permis de surfer sur le discours qui allait suivre.
« Mais c’est tout à fait ça, tu as entièrement raison ! On est libre, hein, t’es pas d’accord ?
-Oui, chacun est libre de faire ce qu’il veut, je ne vois pas pourquoi on devrait stigmatiser les uns les autres : chacun peut vivre comme il l’entend.
-Ouais, t’as ça dans l’sang, t’as un bon esprit de Raveur toi ! T’as peut-être comme le poussin qui sort de l’œuf, car t’es un peu jeunot par rapport à moi qui ait trente ans et en sait donc plus au niveau de la culture musicale, mais t’as la réplique qui va bien ! C’est parfait ça, mon frère, la révolution est en marche et personne ne pourra l’arrêter ! C’est le peuple qui le veut, on va forcer le monde à nous accepter, car ce peuple c’est tous ces gens qui vivent, tous sont des Raveurs, hein ?!
-Ouais, je suis parfaitement d’accord avec toi ! T’as vu, j’suis cool comme gars ?
-Ouais mais c’est clair c’est ça, restes comme ça, faudrait que je t’invite à la Rave Party qu’on organise prochainement pas super loin d’ici ! T’as la voiture nan ? Nan ? Ben c’est pas grave, tu t’débrouilleras pour v’nir ! Faudra y être mon gars, on a besoin d’gens comme toi. J’espère qu’tu sais t’bouger, faudra être dynamique ! La prochaine fois qu’on s’voit, j’te demanderai ton numéro et te donnerait les infos sur cet événement, on te veut ! Car tu vois, le problème, pendant les Rave, c’est pas les Raveurs, les vrais, c’est les fêtards ! C’est eux le problème, mais nous, on fait rien d’mal ! On vit notre passion, on veut juste se bouger, se déchaîner sur du bon son ! Rien de bien méchant.
Au fait, tu fais quoi dans la vie ? »
Comme je vous l’ai déjà dit, je n’ai pas préféré me dévoiler à cet homme, je ne lui ai donc répondu qu’une partie de la vérité qui lui plairait bien, puisque ce genre de personne n’aurait pas aimé mes autres activités ou projets.
« Je suis écrivain, j’écris des livres…
-Ah ouais ? Ah, ben c’est bien ça ! C’est peinard non ? Ça marche bien ?
-Pas vraiment, c’est un début… J’écris principalement du Fantastique, j’aurai bien aimé écrire des textes purement philosophiques ou avec des réflexions plus nombreuses et percutantes que dans mon premier ouvrage, destiné à détendre les gens tout en les faisant réfléchir consciemment ou inconsciemment, mais hélas, ça ne plairait pas trop au public… Alors j’en reviens plus à du classique.
-Ouais, mais tu t’en fous du public, t’en as rien à foutre des gens, ils aiment ou ils aiment pas ! Faut s’imposer, et ceux qui sont pas contents ils dégagent, tu les emmerdes ! Ils ont qu’à aimer ce que tu fais, c’est comme ça. Faut que ce que tu fasses ça te plaise, c’est ça l’important, hein ? Alors t’écris des trucs qui te plaisent toi, le public tu t’en branles ! Moi je fais comme ça pour mes musiques, les gens n’ont qu’à aimer ou aller se faire foutre ! »
Je préférais acquiescer car je ne pouvais hélas faire réfléchir correctement cet individu, c’était peine perdu, son cas était trop désespéré ! Me voilà donc bien embarqué avec cet homme, je ne désirais qu’une chose : que l’arrêt de bus arrive le plus vite possible. Ma copine, pendant les seuls moments où le gars ne faisait pas attention, me demandait si j’avais lu son SMS. Je tentais de lui faire comprendre qu’il ne valait mieux pas qu’il remarque qu’on se moquait de lui et n’étions pas intéressés par ses trucs. Il me demanda de checker avant de s’en aller, je le fis vite. Il me dit, pour ma gouverne, qu’il fallait bien checker, car avec certains Raveurs c’était une patate dans la gueule si on checkait mal, mais que, comme il était sympa, il m’apprenait vite fait à retenir la chose suivante : Se taper trois fois la peau de la main droite avec celle de son partenaire, puis fermer son poing et le taper sur le devant. On pouvait éventuellement taper par en-dessous ou au-dessus, mais ce n’était pas obligatoire. Il descendit et me salua, puis remit ses écouteurs et était à nouveau en transe. Nous rîmes tous les trois après son départ, puis nous descendîmes ma copine et moi. Nous parlions de cet étrange homme, et je répondis à ma compagne que je ne le connaissais pas le moins du monde. Nous nous amusions de ses propos forts incohérents et totalement hallucinants, puis j’arrêtai brusquement ma femme : ce gars était à même pas dix mètres devant nous ! Déjà, quand on parlait, je lui disais de faire attention car je le sentais dans les parages, comme quoi, j’ai du flair ! Nous le laissions passer, il ne nous avait fort heureusement pas vus, puis nous continuâmes tranquillement notre chemin.
Quelle est la leçon à retenir ? Tout simplement que dans certaines situations, il faut faire fi de certains aspects ou de choses qui nous déplaisent afin d’éviter les embrouilles, il faut rester cool, rester soit même, mais ne pas tout dire. Certes, on peut découvrir la personnalité d’une personne en la faisant parler sans qu’elle s’en rende compte, et le dialogue avec un individu, quel qu’il soit, est enrichissant d’un point de vue de culture générale : quand on connaît mieux le monde, on est capable de mieux le comprendre, le gérer… Il est vrai que les Raveurs souffrent peut-être de préjugés, mais quand on voit ce qu’ils font et le manquement aux règles de sécurité, on ne peut leur donner raison. Ils agissent de manière déraisonnée en prétextant le principe fondamental de liberté, mais ils oublissent éperdument les codes qui régissent notre société. S’ils y mettaient un peu du leur en se cadrant, ils comprendraient que les gens ne sont pas si pourris qu’ils le ressentent, qu’eux aussi ont des préjugés sur le monde, et qu’il faudrait que chacun y mette un peu du sien pour que tout se déroule pour le mieux.
Ils pourraient vivre légalement leur culture musicale s’ils étaient capables de montrer un peu de bonne volonté, mais hélas, je pense que ça n’arrivera pas du jour au lendemain, la sagesse demande beaucoup de temps pour arriver.
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