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L'Orbe de Kjïnn - Chapitre Troisième : Shukee, le barbare - Partie 4

par Romaric AUBERTIN

publié dans romaric aubertin , lok , L'Orbe de Kjïnn

L'Orbe de Kjïnn - Chapitre Troisième : Shukee, le barbare - Partie 4

4ème partie du Troisième Chapitre de L'Orbe de Kjïnn, le barbare Shukee semblait vouloir s'expliquer, mais de ces explications découlera-t-il un nouvel affrontement ? Tanguy, le pauvre nabot fera-t-il encore des siennes ? Bonne lecture ! ;)



« Pourquoi me demander brusquement de cesser ce combat ? As-tu peur de mourir ?
-La mort, je l’ai côtoyée, je la côtoie, et la côtoierai toujours. Après tout, je n’ai guère le choix, enfin, nous n’avons guère le choix. Nous, les parias…
-Vous vous étonnez d’être rejetés alors que vous ne causez que la tristesse partout où vous passez ? Ou bien vous jouez la comédie, ou bien quelque chose m’échappe.
-Tout t’échappe pour ainsi dire, sais-tu qui nous sommes ? Non, tu ne sais rien, tu es venu là, en bon petit soldat mandaté par des dirigeants félons, mais après tout, tu ne sais guère ce que tu es censé faire. Tu n’es rien d’autre qu’un assassin pour eux, un nettoyeur chargé de faire taire ceux qui pourraient être une gêne. »


Frank repensa au mot inscrit sur le bout de papier qu’il avait dérobé à la femme qui avait tué un inspecteur de police. Falsepace avait-elle une double face ?

« Enfin, qu’importe, maintenant que Kenji est mort, tout est terminé.
-Kenji… L’inspecteur Kenji ?
-Oui, on m’a appris qu’il a été assassiné sur le marché aux armes, le connaissiez-vous ?
-Pas personnellement, cependant, j’ai tenté d’arrêter une femme qui avait commis un meurtre sur un fonctionnaire de police sur ce même marché. Je pense que cet homme était le vôtre puisqu’elle a laissé tomber un énigmatique papier avec comme signature Inspecteur Kenji.
-Ce mot était destiné à prévenir certains collègues de notre contact afin de lever le voile sur les dirigeants de Falsepace. C’est une longue histoire que je dois vous conter, peut-être résoudrez-vous à ne pas me tuer après l’avoir entendue. Vos employeurs ont les mains sales, et croyez-moi, je suis prêt à tout pour me venger d’eux. Suivez-moi dans ma hutte.
-Mon compagnon doit-il venir ?
-Il le peut.
-Je suis censé représenter Alkézab, alors, je participerai à cette entrevue !
-A condition que tu ne la ramènes pas, autrement, je demande à ce que tu sois attaché et bâillonné toute la nuit ! »


Shukee fit porter Tanguy à sa hutte par quelques hommes. Frank, quant à lui, aida le chef des barbares à s’y rendre et s’assoir sur son trône. Le médecin personnel de Shukee arriva afin de panser ses blessures. C’était une belle barbare, intelligente, aux cheveux d’ébène, aux yeux émeraude, mince, la peau brunie par le soleil. Elle nettoyait ses plaies et le recousait pendant que ce dernier contait son histoire à nos héros.

« Il y a bien longtemps, j’étais un joyeux jeune homme de bonne famille, doté de bonnes intentions. Mon père était l’homme le plus riche de Falsepace, serviable, animé par la bonté même, il ne participait que très peu à la vie politique de la ville. Il consacrait son temps à gérer les problèmes de ses employés et à chouchouter les orphelins. Vous ne le savez pas, mais il y a fort longtemps, beaucoup d’enfants vagabondaient dans les rues.

Suite à l’enrichissement des citoyens de la ville permis par les actes de mon père, la pauvreté reculait tout doucement jusqu’à atteindre le seuil zéro qu’elle connaît aujourd’hui. Mon père recueillait tout enfant qu’il croisait, qu’il soit nourrisson ou adolescent, il redonnait espoir à tous ces êtres dont la vie était brisée. La majeure partie de ces pauvres êtres était condamnée à servir d’esclave, de main d’œuvre bon marché ou bien à périr de manque de soin. Ma famille a contribué à l’essor de la ville, les habitants de Falsepace désiraient pour maire mon père, mais ce dernier refusa, prétextant qu’on ne pouvait gérer les problèmes des familles tout en s’occupant des problèmes d’une ville. A cause de tout cela, il s’était fait de nombreux ennemis. En effet, les propriétaires qui exploitaient la détresse humaine pestèrent.
Malgré l’aspect touristique et le calme de la ville, la préoccupation essentielle des exploiteurs était le profit. La cité regorgeant de nouveaux riches, il n’y avait plus d’intérêt à se démarquer de par cette qualité. Alors naissait une haine croissante à l’égard de mon père. Un matin, il y a une dizaine d’année, alors qu’il recevait tranquillement à son bureau les dernières personnes qu’il s’apprêtait à sortir de la misère, il se reçut un carreau d’arbalète en plein cœur. La ville fut endeuillée, la mairie se prêtait à ce jeu, mais la réalité était qu’elle faisait partie de ceux qui avaient commandité cet assassinat. Ma mère ne cessait de fondre en sanglots, les biens de mon père me furent légués, j’avais juré sur sa tombe de faire tomber les meurtriers et de suivre l’exemple de mon paternel. Bien mal m’en a pris, je ne me doutais pas que j’avais à faire à un genre de mafia. C’était une bande bien organisée, la police était corrompue, on eût vent assez rapidement de mes actions…

Je fus banni de la ville, ainsi que toutes les familles ou gardiens de la paix qui m’aidaient. Pire, certains subirent même des actes visant à les rendre moche ou inutiles, que ce soit des entailles au visage, du gavage ( on les forçait à avaler des quantités astronomiques de nourriture, ils ne purent jamais retrouver un poids normal après un tel traitement ), des castrations, des amputations, et tant d’autres folies qui pouvaient passer par la tête de ces crapules sans scrupules. Nous dûmes nous exiler, toute personne nous rencontrant avait le droit de vie ou de mort sur nous. Nous étions devenus des pestiférés aux yeux de tous, des mensonges furent racontés à notre encontre, nous perdions petit à petit le soutien du peuple, et afin de survivre, nous fûmes contraints de brigander. Ce ne fut pas de gaieté de cœur que nous nous étions décidés à agir de la sorte, mais lorsque vous avez faim, lorsque vous désirez vous venger de ceux qui vous ont fait souffrir, lorsque vous désirez vivre car vous êtes humain, vous ne cherchez plus à réfléchir et prenez de ce fait les solutions qu’il vous reste.

-Quel triste récit… Je compatis à vos souffrances, je ne peux tolérer un tel comportement !
-Frank, dépêche-toi de lui couper la tête, je veux une nouvelle tenue royale !
-Tanguy, es-tu dingue ? Cette personne vient de nous révéler une affaire plutôt importante, ces gens nécessitent notre soutien, et toi, tu ne penses qu’à l’argent ? Es-tu vraiment sans cœur ?
-Je m’en fous de la pitoyable histoire de cet écervelé, qu’il crève lui et sa bande ! Ils n’aiment pas le parfum, je ne peux pas m’entendre avec de telles personnes ! Le jour où ils prendront un bain, on en rediscutera. Sa tête vaut un bon million d’écus, il n’y a pas à hésiter. A Raouk les jérémiades et compassions ! Mon bien-être passe avant tout ! Et la sœur de ce gros singe m’avait séquestré ! Ils méritent tous la mort !
-C’est toi le misérable petit homme qui mérite de trépasser ! Cela se voit, nain richard, que tu n’as jamais connu la faim ou la détresse. Tu ne vaux pas mieux que les dirigeants de Falsepace !
-Tanguy, excuse-toi immédiatement ! Sale petit nabot, je t’avais bien demandé de ne pas ramener ta langue !
-Il ne la ramènera plus jamais, je m’en vais lui serrer le cou !
-Non Shukee ! Ne te mets pas à la hauteur de cette peste princière ! Je te propose quelque chose de beaucoup plus subtil… Mais déjà, assommes-le ! »


A suivre...


 

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

 

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