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Faux frère

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Fantastique

Image tirée de Google Images: http://www.ztele.com/polopoly_fs/1.15930.1323902817!/image/image.jpg_gen/derivatives/landscape_510/image.jpg

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-Capitaine, plus on en tue, plus il en vient ! On résistera plus très longtemps !
-Tenez bon soldat, notre défense ne doit pas céder d’un pouce tant que les réparations ne seront pas effectuées.
-Vous nous demandez là une chose impossible, les munitions sont presque à sec, que voulez-vous qu’on fasse sans la moindre balle pour dégommer la tête de ces infectés ?
-Démerdez-vous, usez d’armes, même improvisés, de corps à corps, je sais pas, vous n’êtes quand même pas assez stupide pour ne pas vous débrouiller de par vous-même ?

Mon subordonné me regarde ahuri comme si je venais de décrocher la lune. Que voulait-il que je lui rétorque enfin ? C’est pas comme si j’étais le super héros qui leur apporte du ravitaillement ou qui puisse tous les extraire de ce pétrin en deux-trois coups de cuillère à pot ! Moi-même, je ne crois pas en l’ultime acte que nous posons : à quoi sert de vouloir faire démarrer ce vieux tas de ferraille de blindé si nous n’avons qu’assez d’essence pour faire dix kilomètres ? La zone de sûreté est bien plus éloignée, comme on sera forcé d’utiliser des routes on risque de plus facilement tomber sur d’autres forces hostiles en quête de notre chair, sans compter les pillards qui risquent de nous balancer une roquette dès que l’occasion se présentera, non, vraiment, c’est stupide de s’acharner à tenter pareille entreprise : mort pour mort, autant se suicider !
Mais vous me direz, l’esprit humain est nature à ne jamais abandonner, quelle qu’en soit la difficulté : il luttera jusqu’au bout si un soupçon d’espoir lui semble percer les nuages gris qui obscurcissent son horizon, alors il mettra tout en œuvre pour la réussite de son plan et sera prêt à exécuter sans sommation tout opposant qui se dressera sur son chemin.

Pendant que je philosophe, des zombies ont pénétré à l’intérieur du bâtiment, bataillant avec mes hommes qui emploient leur baïonnette, leur pelle, leur couteau, ou qui même repoussent les envahisseurs à mains nues. Il est curieux de constater combien ils sont prêts à donner jusqu’à la dernière goutte de sang pour la survie de tous : d’un désir égoïste, je fais l’éloge d’une action héroïque, comme s’ils défendaient la survie de leur proche et non leur morne existence, je dois être bien devenu aveugle ou lèche-cul pour penser ainsi ! Bon, tout ceci sera fini dans quelques instants, je n’aurai plus de problème à me poser.

-Moteur paré Capitaine ! On fait évacuer conformément aux instructions ?
-Affirmatif Sergent, faites entrer tout ce beau monde là-dedans, et ne vous préoccupez pas de moi ! Je ne monterai pas avec vous.
Au bord des larmes, le sous-officier me sourit et me félicite pour ma bravoure : le pauvre Diable pense que je vais me sacrifier pour que tous puissent sortir sans encombres, comme si mon existence avait moins d’importance que la leur. Les laissant penser ce qu’ils veulent, je monte sur la passerelle métallique surplombant le hangar tandis que, dans une débandade générale, les survivants se regroupent à l’intérieur du véhicule, délaissant leurs camarades blessés.
Malheureusement pour eux, le conducteur est abattu d’une balle en pleine tête : y’a pas à dire, le fusil sniper est le meilleur ami de l’homme ! Comme je l’avais prévu, l’équipage qui n’a pas eu le temps de refermer les portes arrières ( mais ceci n’aurait pas été un souci si le transport avait pris de la vitesse ) est le point de mire de tous les morts-vivants qui ont accès à un véritable festin. Afin de mettre un terme au triste génocide dont je suis le seul coupable, tout en quittant le bâtiment j’appuie sur le détonateur du C-quatre et fait voler en éclats le véhicule, mes hommes, ainsi que la masse grouillante d’infectés gravitant autour d’eux, le reste étant écrasés par le hangar qui s’effondrent sur eux.
Temporairement protégé car les zombies de la ville, attirés par le bruit, vont tous se précipiter sur le lieu de l’explosion, je m’allume une clope et poursuis mon chemin sans avoir de souci de conscience.



"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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