Pierce Nitegun - La Veuve Chardonnier 2
Après mon entrée dans son cabinet, elle m’invite à m’assoir sur l’un des fauteuils dont le côté usé laissait paraître leur grande utilisation. Posant mon séant sur celui que j’ai jugé le plus moelleux, mon hôte me tend un verre emplit de deux doigts de whisky, je le prends sans le boire : on n’est jamais trop prudent.
-Hortense est bien bavarde, un jour, elle nous attirera de grands ennuis. Je vous remercie Monsieur Nitegun de me l’avoir ramenée, cette petite est si fragile, si inquiète, si torturée depuis la soudaine disparition de son père qu’elle ferait tout pour me protéger et ce contre mon gré. La pauvre enfant, elle ne se doute pas que le monde dans lequel elle évolue est empli de mauvaises gens qui ne rêvent que de vous bouffer la laine sur le dos, ah, scélérate humanité ! C’est à cause de gens comme ceux-là que mon mari a trépassé : l’appât du gain vaut plus qu’une existence de nos jours, quoi que, je parle comme une vieille qui aurait vécu la guerre, et pourtant je n’ai que quarante-ans. Non, mon jugement est faussé : l’argent fut toujours objet de convoitise dans les sociétés, et quel que soit le genre de monnaie employée, tous ont su que pour avoir une marchandise qu’on n’avait pas, il fallait toujours proposer quelque chose à échanger.
Cruelle réalité, n’est-ce pas ?
Ayant humé le verre lorsqu’elle s’est approchée des vitres pour vérifier s’il n’y avait pas un inconnu qui s’était dissimulé dans ses jardins, je me suis aperçu qu’un relaxant musculaire avait été dispersé dedans : elle se méfie de moi. Pour la feinter, j’abonde en son point. -Je vous l’accorde madame, vous n’avez que trop raison. Cependant, même si l’argent est au cœur de nombreuses préoccupations, les individus qui vous en veulent ne sont pas de simples amateurs, je suis sûr qu’ils font certainement parti de votre entourage le plus proche : vous êtes trop fixée sur vos ennemis pour penser à autre chose, vous niez peut-être l’évidence.
J’ai fait mouche ! Virulente, elle me jette un regard sombre en m’aboyant : -Que me chantez-vous là ? Nos amis, des bandits ? Je vous arrête de suite Monsieur Nitegun, nos relations amicales étaient et resteront toujours des plus intègres : on choisit ses amis mes pas sa famille, de ce fait, je serai plus dans le vrai à me vouer aux premiers qu’aux derniers.
Comment une si riche épouse peut être si naïve ? Cette dame de poigne n’y connaît rien aux affaires, pas étonnant qu’elle soit le point la cible des assassins de son époux. –Soit, puisque vous le prenez ainsi, je puis vous laisser dans l’ignorance et ne point m’impliquer outre mesure dans votre problème des plus épineux, cependant, laissez-moi vous poser une question à laquelle j’espère que vous me répondrez : lorsque votre feu mari est mort, était-ce lors d’un entretien avec l’un de ses amis ?
Tiquant aussitôt, elle me pointe à l’aide d’un pistolet d’auto-défense qu’elle a sorti de sa poitrine, je me maîtrise de manière à ne pas faire de geste brusque qui la fasse paniquer. Les traits du visage tirés, doutant de moi, elle tremblote légèrement : ça se distingue de suite qu’elle n’a jamais menacé un individu dans sa vie.
-Oui, vous ne me semblez que trop renseigné pour l’avoir aisément deviné, ne croyez-vous pas que je ne lis pas dans votre petit manège ? Vous tentez de mettre en confiance afin de me gruger en beauté et d’éliminer la seule gêne à vos yeux qui vous sépare de la fortune personnelle de mon défunt époux ! Je ne vais pas vous tuer, juste vous sommer de faire savoir à votre employeur qu’il leur faudra plus d’astuce pour me passer sur le corps : je ne compte pas mourir aujourd’hui, j’ai une fille qui n’a plus que sa mère pour parent, qu’adviendra-t-elle si je décède ? Mais pourquoi m’escrimer à expliquer tout ça aux sans-cœur que vous êtes, vous ne méritez même pas la balle pour vous abattre !
Zoobab surgit dans la pièce, un fusil en main, prêt à m’exploser la cervelle au moindre mouvement : il risque d’être compliqué de s’expliquer en compagnie de cet ancien homologue. Mais la situation, déjà assez alarmante, passe un cran au-dessus lorsque je distingue un point rouge se trimballant sur le bureau : si un tireur d’élite est placé de manière à descendre madame Charbonnier, Zoobab m’exécutera sans compromis !
-Le malaise est dû à un gros malentendu, si j’étais venu pour vous tuer, sachez que j’aurai mainte fois pu agir et ce malgré la présence de vos domestiques : je ne suis pas un professionnel pour rien.
Je sais qu’il est fort possible que mon ancienne réputation puisse effrayer, cependant, je vous jure que si j’avais un contrat sur votre tête, vous ne seriez déjà plus de ce monde. A quoi bon laisser un collègue s’en charger lorsqu’on peut le faire soi-même ? Cela oblige à bien des frais, le partage des gains pour une mission de routine n’est guère plaisant : on aime l’argent lorsqu’on est un tueur. J’ai foi en cet argument qui, d’après mon estimation, devrait suffire à la convaincre de ma bonne foi. Ne sachant plus que penser, elle baisse timidement son arme mais Zoobab me braque toujours : tant pis, je me dois d’agir si je veux éviter une catastrophe ! Elle fait face à la fenêtre, ayant sans doute distingué du coin de l’œil le faisceau laser. Au moment où le point rouge se pointe sur son cœur, je la plaque au soleil, la balle se loge dans le bois du bureau.
Zoobab veut m’exterminer, pensant que je me suis rué sur elle pour lui ôter la vie. Elle s’interpose, demandant à ce qu’on me laisse tranquille. Le tireur ayant raté sa cible, nous nous éloignons par précaution des fenêtres tandis qu’il doit certainement s’éloigner.
-Je vous dois une fière chandelle : les apparences sont trompeuses. Je vous embauche Monsieur Nitegun, protégez-moi et retrouvez-moi l’assassin en question, je suis impatiente d’en découdre avec cette personne : on ne touche pas impunément à la famille Charbonnier ! Vos honoraires seront les miens.
Le contrat étant entendu malgré la désapprobation de Zoobab, je dois encore m’entretenir avec cette riche héritière dont ses relations amicales me semblent des plus félonnes.
"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."
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Ecrivain Romaric Aubertin. 23 likes · 2 talking about this. Jeune écrivain varois de 19 ans en Terminale ST2S. Je prépare mon entrée en IFSI. Je suis passionné par l'écriture et me lance en m...
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