L'affaire François-Xavier
En ce mardi, découvrez un polar dramatique, au sujet original et très peu exploité. Bonne lecture ! :)
L’affaire François-Xavier
La salle glaciale d’un tribunal, un juge sévère siégeant au centre sur son fauteuil, ses adjoints à ses côtés. Il y avait foule ce jour-là pour assister à cette audience censée élucider l’affaire François-Xavier. Bon nombre de journalistes étaient présents pour immortaliser cet événement, mais cela ne perturbait pas Jenny qui restait impassible dans le coin des témoins. Etrangement, il n’y avait aucun accusé, seulement des preuves qui étaient étales sur des tables disposées à cet effet. Jenny tantôt les regardait, tantôt jetait un coup d’œil à tout ce monde qui s’était rassemblé dans cette salle pleine à craquer. Elle ne regardait pas le juge, à croire qu’il la terrifiait ! Un coup de marteau claqua dans l’air, l’audience débutait.
« Dans le cadre de cette affaire François-Xavier, très médiatisée, je demande à la barre Jenny en tant que témoin et victime de ce meurtrier ! Jenny, avancez s’il vous plaît. Bien, prenez place. A présent, prêtez serment. Ceci fait, vous allez pouvoir nous raconter ce qui est arrivé. Levez le voile sur la faire, que la lumière soit ! »
Aveuglée par le flash des photographes, dès à présent impressionnée par l’ambiance, Jenny dût se ressaisir afin d’ouvrir la bouche. Elle commença à raconter son calvaire.
C’était hier, à dix-neuf heures. François-Xavier était rentré plus tard que d’habitude, il avait l’air perdu, il ronchonnait. Contrairement à d’habitude, il ouvrit le garage et rentra sa voiture. J’étais étonnée, c’était bien rare qu’il agisse ainsi, surtout en travaillant le lendemain ! Je le questionnais mais il me demandait de ne pas chercher à comprendre. Ma curiosité l’énervait, je ne désirais pas le fâcher plus que ce qu’il n’était. Le laissant se calmer, je montais à l’étage pour me distraire devant notre ordinateur… Les minutes passèrent, la soif me prit, je descendis les escaliers et tomba horrifiée nez à nez avec mon compagnon qui transportait un cadavre. Il me regarda, les yeux brûlant de haine. Il me dit.
« Allons, quoi ? Tu vas rester plantée là, comme une grosse merde ? Viens m’aider, au lieu de regarder, la bouche grande ouverte !
-Mais, François-Xavier, c’est un meurtre que tu as fait !
-Un doublé !
-Il y en a deux ?!?
-A ton avis ? Pose pas de questions stupides et aide-moi à le transporter ! On le fout sur l’établi, je le scie, et le tout dans un sac plastique. Ni vu, ni connu, pigé ?
-Et après, tu comptes en faire quoi ? On va te retrouver, on va te retrouver et on sera tous les deux accusés ! Tu veux me voir inculpée ?
-Oh, oh, oh ! Pas de panique, ou tu vas me forcer à être moins gentillet ! Tu voudrais les rejoindre ?
-Tu me fais peur !...
-C’était le but sans l’être ! Bon, tu fermes ton claque-merde et tu viens m’aider si tu ne veux pas crever ! »
Devant se résoudre à aider son mari meurtrier, elle transporta avec lui les cadavres et l’aida à les découper. Une fois la sale besogne terminée, ils transportèrent le tout dans leur coffre de voiture et prirent la route. En chemin, il lui raconta le pourquoi du comment.
« Te souviens-tu, Jenny ? La promotion d’aujourd’hui.
-Oui, et ? Quel rapport ? Tu étais si heureux, tu y tenais tellement, pourquoi as-tu tué ton patron et son adjoint ?
-Parce que ces empaffés m’ont joué un sale tour ! Ils ne pouvaient me supporter, j’étais trop intelligent et trop visionnaire pour eux, et comme je n’étais pas pour les promotions canapés, bien évidemment, je ne pouvais les intéresser.
-Explique-toi !
-Il faut que tu saches que mon patron couchait avec son adjoint, ils étaient homosexuels. Depuis peu, on a reçu un nouvel employé au même échelon que moi. Il était fort beau, un peu efféminé, très maniéré. Tout de suite remarqué, son petit cul leur a beaucoup plu ! Résultat, me voilà mis à l’écart. On stoppa net ma promotion, on était limite de vouloir me rétrograder. Je ne t’en avais pas parlé, ne désirant pas te peiner, mais maintenant, cela n’a plus d’importance. Alors, comme je l’avais prémédité, aujourd’hui, je les ai tous deux assassinés, les ayant bâillonnés pour éviter qu’ils se mettent à crier. Lentement, j’ai introduit ma lame au bas du ventre et aie remonté jusqu’aux côtes. J’avais pris le soin de l’enduire de substances agressives, améliorant leur supplice. Ceci fait, je les ai transportés dans ma voiture et aie tout nettoyé. J’étais seul, tout le monde était parti très tôt pour assister à un concert gratuit unique en son genre. Le patron n’avait pu les retenir, il était bien trop content d’être seul avec son adjoint, cependant, moi, j’étais de corvée ! Je m’en doutais et tout avait été minutieusement préparé, je n’ai eu qu’à exécuter mes plans, tout s’est déroulé comme prévu. »
François-Xavier se tût jusqu’à ce qu’ils arrivèrent à une maison de campagne paumée en pleine montagne. Ils déchargèrent leur cargaison, la menèrent aux sous-sols, puis, François-Xavier demanda à sa femme de les déposer dans une salle secrète. Lorsqu’elle porta les derniers sachets, il ferma la porte à clef et lui parla pour la dernière fois.
« François-Xavier, qu’est-ce qu’il te prend ?! Que fais-tu de notre amour ?
-Jenny, tu es belle, mais je ne t’ai jamais aimée. Je ne t’ai pas tout dit dans la voiture. Sais-tu pourquoi je t’ai épousée ?
-Arrête ! Sors-moi de là ! Es-tu fou ?
-Non, ton voyage s’achève ici. Moi, je pars pour la Tunisie. Qui me retrouvera là-bas ? Personne ! Mais avant, mon ex, je dois t’avouer que je ne suis pas l’homme que tu pensais. Je t’ai bien trompée, que crois-tu ? Je n’aime moi aussi que les hommes, et c’est par jalousie que j’ai tué ces deux enfoirés ! Nous avions une bonne liaison, ils m’ont poussé à t’épouser pour faire, à l’avenir, fructifier l’entreprise grâce à ta fortune. Mais lorsque ce jeune est arrivé, ils m’ont délaissé, leurs yeux se sont tournés sur lui, j’étais devenu indésirable. La vengeance est un plat qui se mange froid, voire glacial dans certains cas. Toi, tu ne fus qu’un pion parmi tant d’autres ! Un jour, on aurait dû mettre fin à ton chemin… Dis-toi juste, mon amour, que ce jour est arrivé ! A jamais ! Trouveras-tu de quoi te suicider ? »
Il l’emmura et la laissa dans le noir, cependant, il ne se doutait pas qu’à cause de problèmes électriques, la maison prendrait feu et alerterait les autorités qui découvrirent la cache en fouillant les décombres. Jenny fût sauvée grâce à cette cache bétonnée et hermétiquement fermée, autrement, elle aussi y serait passée ! Elle fût également sauvée d’une mort certaine, soit asphyxiée, soit décharnée. Son poignant témoignage émut le public, des clameurs raisonnèrent, le juge demanda le silence.
« Jenny, pourquoi n’avez-vous rien tenté contre lui ?
-Quand on n’aime, on ne compte pas et on est prêt à tout pour la personne qui vous fait rêver ! Sans compter qu’il me menaçait, que vouliez-vous que je fasse ? J’étais titillée entre ce que j’éprouvais et la peur qui me tenaillait, je devais donc me résoudre à l’aider, espérant qu’il m’épargnerait et que nous vivrions à nouveau heureux tous les deux…
-Ne vous doutiez pas qu’il aimait les hommes ?
-A vrai dire, non. Mais je pense qu’il m’a menti, je pense honnêtement que ce n’est pas vrai : il devait avoir quelque chose à cacher. Qu’est-il devenu ?
-On l’a retrouvé au bas d’une falaise, il a raté un virage en roulant vite sur la route de montagne. C’est bénéfique pour lui, car avec les motifs suivants : double-homicide, séquestration, tortures, il n’aurait plus jamais vu la lumière du jour, croyez-moi ! Bien, la séance est levée. »
Jenny rentra chez elle, les larmes aux yeux, un sentiment de culpabilité. Elle ne serait pas inculpée, mais elle ne se sentait pas propre non plu. Elle refusa de répondre aux journalistes qui souhaitaient l’interviewer. En rentrant chez elle, elle se délaissa, prépara un thé et se mit devant la télévision. Un coup se sonnette retentit, elle alla ouvrir, méfiante.
« Bonjour, Jenny. On m’a confié cette lettre pour vous, tout doit rester dans le plus grand secret, c’est noté ? Bien, passez me voir quand vous serez prête ! »
Elle referma sa porte, partit dans son salon, ouvrit vite l’enveloppe et lût.
Ma chère Jenny,
A ce jour, tu ne sais qu’une partie de la vérité. Je t’ai menti, oui, je comprends que tu m’en veuilles, mais aujourd’hui, je ne t’ennuierai plus jamais, et pour cause, je suis décédé ! Je m’étais marié avec toi pour ta fortune, car comme je te l’ai dit, j’étais homosexuel. Cependant, à force de te fréquenter, j’ai éprouvé des sentiments pour toi, je commençais à aimer le sexe opposé, je voulais vivre comme tout le monde. Mon patron et son adjoint n’ont pas accepté que je ne mène à terme le coup qu’ils avaient fomenté. Ils m’ont menacé, ils étaient sur le point de me déclasser, et ils voulaient me le faire payer. Il y a du vrai dans l’histoire du nouveau, à la différence que c’était un homme normal qui se faisait violer par ces deux enculés car il leur plaisait. Malgré son allure, il n’était pas comme eux, mais c’était un soumis, un pleutre. Je l’ai donc délivré de leurs agissements malfaisants, et de par mes actes, t’aie toi aussi protégée.
Tu peux me haïr, me détester, mais sache que mes derniers agissements m’ont beaucoup coûté, et que l’idée de quitter ce monde, ne plus être avec toi, m’attriste au plus haut point. Il le faut, mais j’ai pris des dispositions et te permet de vivre une meilleure vie à l’étranger. Rends-toi en Colombie, j’ai là-bas un ami qui t’accueillera et te donnera des biens que tu mérites. Je te souhaite également de trouver un meilleur mari que moi, et surtout, ne t’en fais pas, j’ai pris toutes mes dispositions pour qu’on ne puisse rien te reprocher et ne jamais te faire de mal. Des gens veilleront sur toi, et mon plan a fait en sorte que tu ne sois point inculpée pour complicité. C’est moi qui aie trafiqué le système électrique de manière à ce que l’incendie se déclenche et alerte les pompiers, j’avais tout calculé pour que tu survives et puisse mener la vie dont tu rêvais. Je sais qu’avec ton argent, la vie sans moi aurait pu être satisfaisante, mais je t’en supplie, accepte cet héritage qui fera de toi une Reine incontestée.
Je t’aime et ne cesserai jamais de t’aimer, même si la mort va nous séparer. Je veillerai sur toi à ma façon, peut-être que tu ne t’en rendras pas compte, mais je serai là.
François-Xavier
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