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L'amour hypnotique (Partie 1)

par Romaric AUBERTIN

publié dans romaric aubertin , Nouvelle

L'amour hypnotique (Partie 1)

Dans la salle d’attente du psychiatre, Karl attend patiemment son tour au milieu des patients tous plus dérangés les uns que les autres. Dans la petite pièce aux murs tapissés en vert clair, chacun essaie de ne pas déranger l’autre de par son regard, bien que certains sujets soient plus en recherche d’une quelconque hypothétique vision pour s’énerver, mais Karl est différent de ces gens-là qu’il juge stupides et à enfermer. Non, Karl n’est pas venu ici pour se droguer de médicaments : il est lucide lui ! S’il siège en ce lieu, c’est pour une toute autre raison mais bien plus douloureuse que les cas qui l’entourent. Des journaux sont mis à disposition sur la table-basse au milieu de la pièce, mais Karl n’en touche pas un seul pour tromper son ennui, car ces pauvres revues ont subi le traitement des fous qui viennent consulter le psy, et il ne reste d’elles que quelques bribes de pages incrustées de résidus de nourriture et de diverses tâches de plus indéfinissables. Les toucher serait donc ouvrir la voie à une contamination bactériologique des plus virulentes, mais que font donc les médecins ? Ne sont-ils pas censés prévenir que guérir ? Karl se demande ce que le psychiatre pourra faire pour lui en regardant la jungle d’illuminés dans laquelle il est tombé, mais toutes réflexions faites, il a besoin de cette consultation, il ne peut s’en déroger. Depuis qu’il est présent dans la salle d’attente, il se fait tout petit pour ne pas être remarqué par les aliénés, mais manque de chance, l’un d’entre eux, à force de chercher la cogne auprès des autres qui fuient son regard comme la peste, le prend pour cible. Il a jugé bon de faire de Karl sa proie car ce-dernier lui semble différent des habitués qu’il ne connaît que trop bien et avec qui il s’est déjà à maintes reprises bagarré. Le fauteuil à gauche de Karl étant inoccupé, le fou en question s’assied dessus et regarde Karl par en-dessous.

-T’es nouveau toi, j’ai jamais vu ta gueule ici. Lui avoue-t-il d’une voix démente.
-On t’a mal renseigné, c’est plutôt toi qui me semble dernièrement arrivé. Lui réplique finement notre homme. Le déséquilibré éclate de rires.
-J’ai un abonnement à l’année ici, c’est moi le maître dans le coin, on me respecte. Mais toi, tu viens faire quoi ici ? Tu veux me faire concurrence, non ? Tu crois que tu t’y connais mieux que moi ? Oh, bien sûr, môssieur doit être plus ancien que moi ! Môssieur doit sans doute consulter le Docteur depuis quinze ans ! Môssieur doit aussi avoir fait ravaler l’air hautain de chaque client qui vous défie parce que vous êtes dément ! Mais môssieur après tout n’est qu’un gars de plus auquel je vais casser les dents, on verra si môssieur après se défiera de ma personne ! On doit vénérer et craindre ma superbe, môssieur ! Le ton monte, le patient est en pleine décompensation, sa maladie prenant le dessus. Karl voudrait le temporiser, de peur de se faire fracasser par un tel illuminé, c’est là qu’intervient le psychiatre qui tonne d’une voix ferme.
-Ron, au coin ! Je ne veux plus t’entendre ! Si tu causes encore du grabuge dans mon cabinet médical, je te préviens que je te colle une dose de calmants qui vont te paralyser pendant un bout de temps. A ton réveil, tu seras entre quatre murs blancs ! Est-ce ce que tu souhaites ?! Monsieur Karl, c’est à vous.

Le détraqué se ravise, se repliant dans un coin de la pièce face au mur, arborant une moue punie. Les clients s’agglutinent tous au même endroit, à l’opposé du fou afin de se protéger de son attitude bestiale. Karl et le spécialiste le couloir et se retrouvent dans le cabinet de consultation, décoré de manière très sobre. Des murs tapissés de vert plus foncé avec du lambris au bas, un divan en cuir beige non loin du bureau en acajou où est posé un écran de dix-sept pouces et quelques papiers dont le carnet de note du médecin, ainsi qu’un stylo lui permettant d’écrire dessus.

-Installez-vous je vous prie. Dit-il posément à Karl qui s’installe confortablement.
-Monsieur Karl, est-ce la première fois que vous consultez un psy ?
-Oui, je n’y avais jamais été auparavant.
-Bien, que faites-vous dans la vie ?
-Je n’ai qu’un modeste emploi de mécano et joue du rock en semi-professionnel.
-Une vie bien chargée à ce que j’en conclue ! Qu’est-ce qui vous a incité à toquer à ma porte ?
-Quelque chose de tout bête mais dont les conséquences sont on ne peut plus lourdes.
-Voulez-vous vous allonger sur le divan pour en parler ?
-Nullement docteur, je risque de m’endormir sans pouvoir m’extirper de ce sommeil où je revivrai des moments intenses bien que compliqués.

Le spécialiste trouve le langage du patient mystérieux, peut-être incohérent. Se préparant au pire, il place son pied au-dessus d’un bouton poussoir censé alerter la police. Que va donc avouer Karl ?




"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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