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L'amour hypnotique (Partie 2)

par Romaric AUBERTIN

publié dans romaric aubertin , Nouvelle

L'amour hypnotique (Partie 2)

Un restaurant sur la Côte d’Azur, l’ombre d’un parasol planté au centre d’une table, l’alcool mélangé au jus dans les verres, des groupes musicaux animant les lieux de consommation, les pieds nus des clients ensablant les commerces où ils viennent épancher leur soif, la plage où le soleil se montre seul maître de la saison, lumineux roi cuisant ses sujets sous les rayons de sa splendeur. Il fait chaud, il est préférable de s’abriter ou de piquer une tête l’eau. Les musiciens dont Karl fait partie sont cependant obligés de fortement transpirer malgré les dispositions prises pour la sécurité de leur travail et leur confort. Bravant par moment les interdits, endurant la vague de chaleur étouffante en plein soleil, les artistes attirent les consommateurs à coup de rythmes endiablés, assourdissant les rares personnes qui cherchaient un peu de calme malgré l’agitation des vacanciers. Karl lui aspirait à vivre de son doigté musical, guitariste et chanteur il profitait de son mois de congé pour jouer avec son groupe et ainsi en faire parler. Ces joueurs semi-professionnels n’étaient pas à leur premier concert, ils avaient déjà une longue habitude de ces représentations ponctuelles dans les bistrots locaux, mais c’était la première fois qu’ils avaient obtenu un contrat aussi long durant un mois entier. Le travail était dur, demandait beaucoup d’acharnement, mais c’était avec plaisir que ces ménestrels modernes passaient tous les titres de leur répertoire. Quatre heures de scène par jour, il fallait être capable de tenir la cadence dans ce climat semi-désertique !
Karl ne s’occupait que de leur spectacle et ne portait pas attention à son environnement, hormis aux quelques groupies qui leur demandaient des autographes ou venaient acheter leur première compilation musicale. Ils avaient enregistré un premier album, mais ils ne pouvaient obtenir le succès pour le moment : ils étaient trop « neufs » dans cet art.

Il y avait une jeune femme assise non loin d’eux, ou plutôt même deux jeunes femmes se ressemblant comme deux gouttes d’eau. Pourquoi en omettre une ? Sans doute car étant jumelles, se ressemblant à cent pour cent tant sur le physique que sur le caractère ( même si l’une était brune et que l’autre s’était teinte en rousse ), on aurait eu tendance à dire que ces deux êtres ne faisaient qu’un. Ces deux beautés fatales légèrement maquillées, aux soutiens-gorge torsadés, aux shorts ultra-courts moulants, aux ongles de pieds et de mains vernis, à la peau douce, huileuse et bronzée, contemplent de leurs lunettes fumées et branchées les intervenants qui se démènent, leur gorge les brûlant. A ce moment-là, ils n’étaient pas les seuls à être fiévreux, les deux créatures de rêves étaient sous les flammes de leurs désirs. Elles se levèrent, abandonnant les sièges qu’elles avaient trempés, et se dandinèrent devant les rockeurs enragés. Ils avaient beau penser à leurs partitions qu’ils connaissaient par cœur, la splendeur des corps de ces deux femmes les déconcertait. Ces jumelles canons avaient de quoi débauché un curé, donc même pour les hommes endurcis qu’ils étaient ce n’était possible que de succomber à leur charme. Minaudant pour mieux appâter leurs proies, elles réussirent à interrompre le groupe qui mendia au patron une petite pause bien méritée. A l’abri des regards, ces deux enchanteresses piquèrent de quoi régler leur note dans le porte-monnaie d’un des membres du groupe, avant de parler avec chacun d’eux mais de finir par tirer Karl dans leurs filets.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ? Il est déjà assez difficile aux filles de penser à la place de leurs camarades, alors cela l’est encore plus quand vous êtes un gars. Karl les attirait car elles n’avaient jamais rencontré tel homme dans leur vie, il ne ressemblait pas à tous ceux qu’elles avaient côtoyé jusque-là, non, lui était romantique bien que dragueur, gentil sous des apparences de gros dur, il les traitait en princesses plutôt qu’en femmes. Est-ce que le mot femme aurait une connotation péjorative ? Non, ici il symboliserait plutôt la banalité des rapports qu’entretiennent les humains au sein de leur société. C’est ce différent angle d’approche qui permit à Karl de captiver ces deux succubes n’aspirant qu’à pomper le pouvoir financier de leurs victimes plutôt que leur énergie vitale emprisonnée dans des cellules ovales surchargées. Ces deux sangsues qui d’habitude vivaient en parasite sur le dos de leur hôte étaient pour la première fois fascinées par l’un des pigeons dont elles se moquaient éperdument. Suffit-il d’une fois pour radicalement changer un individu ? Vous découvrirez tôt ou tard ce qu’il en est, il serait déplaisant de tout révéler en un clin d’œil.

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-Donc, si je comprends bien, ces femmes n’étaient là que pour vous piéger, et vous, vous êtes tombé amoureux de ces êtres destructeurs ? Demande le psychiatre à Karl.
-Non, vous n’avez pas bien saisi le rapport qui naquit à cet instant. Comme je viens de vous l’énoncer, ces superbes jeunes femmes étaient ici pour arnaquer les gogos qui baveraient sur leurs voluptueuses formes, mais elles étaient face à un gros dilemme : j’étais le premier envers qui elle éprouvait un sentiment nouveau, un sentiment passionnel se réclament de désirs charnels. Répond notre homme en bon professeur.
-Poursuivez s’il vous plaît, l’intrigue m’échappe.




"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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