Le fantastique appareil photo
Une nouvelle de plus au registre fantastique ( pour changer ! lol ). Cette fois-ci, rien d'effrayant : les bons esprits sont de sortie ! ;)
Le fantastique appareil photo
-Quelles splendides photographies ! Ce photographe est génial !
-Quelle merveille ! Regardez cette photo ! Un pur chef d’œuvre ! Même un peintre n’aurait pas mieux fait !
-Ce jeune homme a beaucoup de goût ! Et pourtant, il n’a que vingt ans !
-Il faut le reconnaître, ce petit a du mérite ! Je ne suis pas déçu de son exposition !
-Combien valent ces photographies ? Autant ? Il faut avouer que c’est d’excellente qualité, le prix me semble judicieux ! Mettez-moi celles-là je vous prie.
Je souris en écoutant les gens parler lors de mon exposition photos dans une salle privée à Paris. C’est de cette manière que je vis : je suis photographe professionnel. Je souris, car je me sens fier, mais en même temps je suis un peu gêné car ce succès, je ne le dois pas qu’à moi-même. S’ils savaient, s’ils savaient, peut-être ne me trouveraient-ils pas si génial qu’ils le pensent ! Mais ils ne le sauront jamais, et il faut avouer que malgré tout, même si vous, vous allez découvrir la vérité, il faut quand même avoir un certain ressenti pour prendre de si beaux clichés. Certes, ils sont embellis par rapport à ce qu’ils pourraient réellement être, mais qu’importe, chacun a ses secrets pas vrai ? Du moment qu’ils sont bien gardés, on n’en fait pas tout un fromage ! J’ai commencé ce métier à mes dix-huit ans, j’avais une copine, des projets, un loyer à payer, mais des économies de côté. Ce métier, c’était un pari risqué. Si ça ne marchait pas, je perdrai tout et finirai S.D.F ! Ce n’est pas un sort enviable quand on démarre tout juste dans la vie, et pourtant, j’étais résolu à me lancer dans cette destinée au trajet inconnu. Le sort ne fût guère clément avec moi, et après une année de galère, j’étais à deux doigts de mettre la clé sous la porte. J’avais à peine de quoi payer les factures de mon auto-entreprise, alors forcément, pour mes frais de tous les jours, je n’avais quasiment rien ! J’avais épuisé mes économies, je devais payer mon dernier mois de loyer, autrement je serai expulsé. Si je ne payais pas l’eau et l’électricité, on m’y couperait ! pareil pour le téléphone, Internet, et je ne sais combien d’autres choses impayées. Ma copine s’en est allée, me laissant seul dans notre lit douillet. Je n’étais plus qu’un homme accablé, qui ne faisait que se retourner chaque nuit pour tenter de trouver solution aux problèmes, sans toutefois y remédier car rien ne fonctionnait. J’avais tenté d’exposer, mais il n’y eût jamais le succès tant espéré ! Je me battais coûte que coûte pour réaliser mon rêve, mais cela en revenait à vouloir déplacer une montagne, une chose impossible en quelque sorte. Alors, une après-midi, décidé à tenter le tout pour le tout, j’arpentais les rues de ma ville en guise du cliché inespéré. Je pris plusieurs photos à divers endroits, mais hélas, je n’eus pas ce que je souhaitais. Le soir venu, je m’apprêtais à regagner mon domicile à pied, passant par des ruelles sombres et étroites, quitte à chercher le danger pour peut-être trouver ce qui me fera aduler, mais ce que j’ai trouvé était beaucoup mieux que ce que je pouvais imaginer ! Qu’était-ce ? Au début, je n’en croyais pas mes yeux ! Par terre, au milieu d’une ruelle, était posé un appareil photo éclairé par la lumière blafarde d’un lampadaire. Je le pris en main et tentai de voir quel type était-ce. Je vis que c’était un argentique datant des années quatre-vingt-dix, pas si vieux donc, mais hélas démodé. M’apercevant qu’il n’y avait aucune pellicule à l’intérieur, je faillis le jeter, mais je déclenchais sans le vouloir le bouton et une photographie tomba de l’appareil. « Comment est-ce arrivé ? » pensais-je. Je cherchais partout, il n’y avait rien qui expliquait la provenance de la photo que j’avais prise, et quelle photo ! Une merveille ! Quand j’avais involontairement appuyé sur le bouton, l’objectif était tourné, l’effet de la scène avait été amplifié, je me voyais tel un tueur sombre qui s’apprêtait à assassiner dans la pénombre du soir. Je me décidais à ramener cet étrange appareil, le déposais sur la table de la salle à manger et allais me coucher. Le lendemain, je fus tiré de mon lit par un flash. En me réveillant, je vis l’appareil photo posé sur ma table de chevet et tourné vers moi. Il se mit à trembler et semblait m’appeler. J’étais un peu effrayé mais attiré par cet étrange appareil, je me mis à le prendre en main. Aussitôt entra en moi une sorte de force nouvelle, je ressentais comme une aura protectrice et bienfaisante m’entourant. Ce matin-là, je partis réaliser divers clichés. J’avais le feeling, l’appareil faisait le reste. Je contemplais toutes les photos au calme le soir, c’était de véritables œuvres d’art ! Il fallait que j’expose tout ceci, mais comment ? J’étais mal vu de partout ! Je réfléchissais mais ne trouvais pas solution à mon désarroi…
Quelques jours plus tard, je trouvais l’appareil posé sur ma table de cuisine avec un mot griffonné en dessous.
Aies plus de culot, nos photos valent mieux que des mots ! Avec un peu d’audace, tu seras dans la place.
Je ravalais ma légère timidité, saisis mes clichés, et forçais certaines personnes respectées à les voir. Je fus de suite devenu intéressant, et tout ce petit monde hermétiquement fermé se mis à graviter autour de ma personne. J’étais ce rare talent qu’ils cherchaient tous, et chacun m’offrait des ponts d’or afin d’avoir le privilège de réaliser ma première grande et véritable exposition photographique. J’acceptais le contrat qui me semblait le plus honnête. Mes clichés se sont vendus comme des petits pains, mon nom commençait à devenir célèbre ! Par la suite, je réalisai d’autres photos et réitérai les expositions qui eurent de plus en plus de succès. Ce petit appareil, probablement hanté ou habité par une force inconnue, me permettait d’obtenir gloire et succès. Je ne m’en séparerai jamais, et même si certains voulaient me forcer à acheter un appareil numérique de haute qualité, j’ai toujours refusé. J’avais réussi à contrôler la force en mon appareil, de manière à ce que les photos n’apparaissent pas devant moi, mais chez moi, sur mon bureau, afin de ne pas effrayer les gens ou d’attirer la curiosité.
Quelques-uns se sont demandés et se demandent toujours comment je fais pour produire de si bon clichés. Vous, vous le savez désormais, mais s’il vous plaît, taisez-vous ! Pas un mot ! Tout le monde ne mérite pas de le savoir ! Et puis, qui sait ce mon étrange acolyte ferait si vous nous dénonciez ?


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