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Tout ça pour un peu d'ecstasie...

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Réalisme

Image tirée de Google Images: http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/image/2012/10/joint.jpg

Image tirée de Google Images: http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/image/2012/10/joint.jpg

Vingt-deux heures, je sors du boulot suite à mes heures supplémentaires, j’ai hâte de regagner mon domicile. Dire qu’il me faut tout traverser à pieds car ma voiture a trouvé le bon jour pour tomber en panne, galère ! J’ai horreur de me promener dans la ville de nuit, surtout depuis que la criminalité ne cesse de prendre de l’ampleur : les agressions ont lieu à foison, nul ne peut en réchapper.
Je me faufile sur les trottoirs en tentant d’être le moins repérable possible en dépit de la sacoche que je dois transporter, il faut que je profite des zones d’ombre pour qu’on ne me prenne pas en filature, qu’on m’oublie, qu’on fasse comme si je n’étais pas là, que je me fonde dans le décor… Je regarde de temps à autre derrière moi : on ne sait jamais, on n’est jamais à l’abri d’un poursuivant malintentionné.

En passant sur la place de la fontaine, je remarque un groupe de dealers et consommateurs, bon, pas question d’insister, je vais devoir faire un détour… Oh putain, les cons ! Je suis obligé de passer par le cimetière si je souhaite rapidement regagner mon domicile. Merde, je déteste cet endroit, surtout de nuit, mais n’ayant pas le choix, me voilà contraint d’enjamber la grille principale. Me voilà à l’intérieur, reste plus qu’à croiser les doigts pour que mon périple se déroule sans accroc, mais je crains que ce ne soit trop demandé ! En effet, mon intuition était juste : quelques pas plus tard, me voilà interpellé par un fumeur de pétard en grave manque. Il est tremblant, en nage, de la bave à la commissure des lèvres, mais cet enculé qui tient à peine sur ses jambes me braque avec une lame de rasoir.

-Donne… Donne-moi… Donne-moi ta mal… Ta mallette… J’ai besoin de fric, j’ai besoin de mes calmants, J’AI BESOIN DE MA PUTAIN DE DROGUE !!! Braille-t-il, comme si j’étais trop sourd et stupide pour comprendre quel était son leitmotiv. Mieux vaut jouer la carte de la docilité, je lui tends la mallette en souriant, c’est alors que sans chercher à comprendre il m’entaille la jugulaire, s’enfuyant avec son butin tout en beuglant.
-Enculé, j’retournerai jamais en taule !!!
Je tente comme je peux d’appliquer un point de compression, mais rien n’y fait : je me vide de mon sang encore trop rapidement. La police, alors qu’elle entamait sa ronde, vient à ma rencontre après avoir été alertée par les cris du bandit. Les agents sont hébétés, tentant tout pour me sauver, mais rien n’y fait : je vais crever comme un chien à cause d’un p’tit con qui voulait fumer sa daube. La policière fait tout pour que je m’accroche à la vie, mais moi je succombe à la mort qui m’a happé et refuse de me lâcher. Je défaille, adieu, Terre…

La fonctionnaire de police l’assiste jusqu’à son dernier souffle, lui fermant les yeux dès lors que ces derniers sont révulsés. Son collègue, ému, prend note de l’heure du décès. Les pompiers arrivent bien que trop tard, le cadavre est emballé dans un sac mortuaire par la brigade criminelle qui l’expédie au labo pour analyse. Les funérailles devront attendre…
Pendant ce temps, le criminel s’est procuré ce qu’il appelle « son remède » et est rentré chez lui, dans un bouge immonde, pour le savourer en solitaire, confortablement installé sur son vieux lit au matelas troué, orné de draps sales, seule protection contre le froid qui s’est installé en cette période hivernale, et qui s’engouffre par toutes les fissures situées aux fenêtres de l’habitation. Ayant trop forcé sur la dose, peut-être pour oublier le crime qu’il avait perpétré, le tueur, un jeune paumé qui s’était retrouvé au chômage après avoir mené des études dans une filière écologique, ce qui lui plaisait car cela correspondait à sa mentalité de hippie, rejoignit l’homme qu’il a occis dans les profondeurs abyssales de la mort.

Tout ça pour un peu d’ecstasy, quelle ironie pour une substance qui se vante d’être le pansement de tous vos maux.



"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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