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L'Express

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Drame

Image tirée de Google Images: http://data1.whicdn.com/images/30573892/boy-cigarette-suicide-train-Favim.com-400499_large.jpg

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La vie est si brève, si imprévisible, si fugace, qu’il y a lieu à trop de malheur. La vie est expresse, et elle n’épargne personne.
Johnny devait retrouver sa compagne, Eve, à la gare ce midi. Comme il neigeait, il a pris sa voiture pour ne pas être incommodé par le froid, bien qu’il soit fana de deux-roues. Pour égayer sa femme qu’il n’a pas vue depuis deux bonnes semaines à cause du stage d’entreprise auquel elle a participé, il s’est précipité chez le premier fleuriste qu’il croisa pour acheter un beau bouquet de fleurs, une petite attention qui prouve son attachement envers cette belle petite créature fragile, semblable à ces fleurs, qui peut faner comme elles si on n’y prend soin. Il souriait à l’idée de la retrouver, de gouter à la saveur de ses lèvres qui lui manquaient comme si ce fut une éternité qu’ils ne s’étaient vus.

Cet homme était fou amoureux de son épouse, et sa se voyait. Il prenait cependant son mal en patience dans les bouchons, mettant des morceaux de rock à fond : une bonne distraction pour calmer sa gaité. Il s’était presque mis sur son trente et un et s’était parfumé avec les senteurs qu’elle préférait, douces et mâles à la fois : un parfum fort mais délicat qu’elle lui avait offert, beau reflet de la solide épaule qu’il était, sur qui elle pourrait toute son existence compter.
Elle, de son côté, lisait tranquillement dans le train qui l’approchait de son chéri qu’elle n’avait étreint depuis deux semaines. Sa présence lui manquait tellement qu’elle rêvait de lui la nuit, elle se réveillait même déstabilisée en se retrouvant seule dans le lit : il était temps qu’elle rentre. Elle était sapée simplement, on ne peut trimballer toutes ses affaires lorsqu’on part en formation, mais elle n’avait oublié de penser à lui et avait pensé à lui prendre un souvenir, voulant le récompenser de sa fidélité par ses preuves d’amour et son sourire permanent.

Le temps s’écoulait tranquillement, ce paysage enneigé à l’approche des fêtes de Noël ne pouvait que prêter à la douceur et aux rêveries, mais c’est lorsque l’on pense que tout va bien que tout s’effondre.
Il l’attendait sur les quais de la gare, il était très excité à l’idée de la revoir, et voilà qu’il se leva des bancs en métal où il grelottait pour s’approcher de la ligne qu’on ne doit dépasser. Elle jeta un coup d’œil depuis sa fenêtre et aperçu son élégant mari dont le cœur battait la chamade. Elle glissa le livre dans lequel elle était plongée dans son sac et se prépara à descendre : il n’était plus qu’une question de secondes avant qu’ils soient réunis.
Mais le sort s’abattit sur eux : un pickpocket adolescent courut à toute berzingue, poursuivit par des policiers qui l’avaient pris la main dans le sac. Dans sa fugue, il perdit l’équilibre et bouscula sans ménagement Johnny qui, tentant de retrouver son équilibre, posa le pied sur une plaque de verglas et se renversa sur les rails à quelques mètres de l’Express. Le cheminot actionna de plus belle les freins, sans succès malheureusement. Il ne soufra pas, un attroupement se fit aussitôt, tandis que les agents de police interpellèrent le délinquant dont la sanction sera aggravée par un homicide involontaire.
Eve, quant à elle, s’étonne de cette foule qui s’attroupe à l’avant du train. Comprenant qu’il a dû se passer un événement dramatique, elle cherche son époux du regard sans le trouver. De surprises en surprises, elle patiente un quart d’heure dans le hall, tentant de joindre son compagnon, n’entrant en communication qu’avec la messagerie de ce dernier. Alarmée, elle n’ose redouter le pire : c’est alors qu’un appelant inconnu souhaite entrer en contact avec elle. Méfiante, elle décroche cependant : son interlocuteur n’est autre qu’un fonctionnaire de l’ordre du public qui l’informe du décès de son mari au sein de la gare. Elle s’effondre en larmes, comprenant que l’accident en question était arrivé à son infortuné époux. Elle s’approche, accablée, de la puissante machine qui a broyé le corps de son bien-aimé, ramassant sur les quais le bouquet de fleurs qui lui étaient destinées. Elle larmoya dessus, et lorsqu’on emporta sa dépouille pour l’embaumer, elle joignit ce même bouquet, voulant qu’il garde à jamais avec lui la mémoire de la femme qu’elle était.



"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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