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Lady Ivy

par Romaric AUBERTIN

publié dans Nouvelle , Romaric AUBERTIN

Lady Ivy

Partez au Far-West dans cet atypique Thriller ! Bonne lecture ! ;)



Lady Ivy

Deux gros revolvers sur les hanches, un puissant fusil en main, un chapeau aux larges bords sur le crâne, un long cache-poussière marron, des bottes un peu boueuses au bas, la tête baissée, les cheveux noirs mi-longs, voilà à quoi ressemble l’étrange individu qui est rentré. Tout le monde se retourne, moi y compris, quel était ce rustre qui ne disait même pas bonjour ? Les joueurs de poker regardaient l’inconnu d’un œil torve, les clients du saloon ne disaient mot et s’apprêtaient à dégainer, les joueurs de billard affrétaient leur queue, on pouvait aisément dire que le nouveau avait jeté un froid. Il s’approcha du comptoir, ne dit mot mais montra ce qu’il voulait : une bière. Le patron, vexé, lui parla ainsi.

« Alors mon grand, t’as perdu ta langue ? Ici, on n’aime pas les langues de bois, tu ne vas pas faire long feu mon gaillard ! Crois-moi, les gens comme toi se consument vite dans le coin. »

Pour toute réponse, le nouveau venu le choppa par le bras après qu’il ait été servi. Le teneur du saloon grimaça et supplia cet étrange homme de le lâcher, il l’avait quand même saisi d’une façon qui lui aurait permis de briser comme du verre le bras du patron ! La tension monta d’un cran, les clients commençaient à perdre patience ; personne n’était retourné à ses occupations, pas même le pianiste. Dans ce silence de mort, on n’entendit que les cigarettes ou cigares se consumer, les gâchettes s’abaisser, les gens piétiner, l’inconnu boire d’un trait. Puis notre individu dont on ne pouvait correctement distinguer le visage, car on ne remarqua qu’à l’instant qu’il portait un foulard couvrant sa bouche et son nez ( qu’il soulevait à peine pour se désaltérer ), approcha d’une table de joueurs de poker. S’attendant à un hold-up, chacun était méfiant, sur ses gardes. Comme j’étais assez près, puisque j’étais à cette table justement, je pus entendre la conversation qui était plutôt étouffée.

« Toi, t’es Red Fox, c’est ça ?
-Qu’est-ce que tu lui veux, à Red Fox ? »


L’individu frappa fortement la panse de son interlocuteur et le plaqua contre le mur.

« T’as envie de pouvoir continuer à te vider dans des femmes de petites vertus ? Alors fais gaffe à ta prochaine réponse, mon coco, ou tu le regretteras amèrement ! Tu connais les frères Birsk, n’est-ce pas ? Doc Eduard, ça te dit quelque chose ? Ou tu préfères que je te rafraîchisse la mémoire à grand coup de genou ?
-Non, attends ! Ça fait longtemps que j’ai raccroché, j’ai voulu redevenir un honnête homme.
-N’essaie pas de te disculper, Red Fox ! Tu sais combien vaut ta tête ? Vingt-milles dollars, vingt-milles, tu m’entends ? Mort ou vif, ça te rappelle quelque chose, non ? Mais tu ne me servirais à rien en tant que cadavre, tes trois acolytes valent beaucoup plus que trois, ce sont de plus gros bonnets. Toi, tu n’étais que leur chien, le toutou à sa mémère ! Alors parle, avant que ta voix devienne très aigüe !
-Je peux, je peux t’aider à les retrouver, mais je demande des conditions.
-Ah ouais ? Et à quoi peux bien prétendre un pourri de ton espèce ?
-Finir une honnête partie de poker, est-ce trop demander ? Sans compter que j’aimerai être libre si je t’aide à rattraper ces bandits, je risque ma vie pour ça.
-C’est tout ce que tu trouves à me répondre: tu risques ta vie pour ça ? Et quand t’attaquais les braves gens, tu ne la risquais pas, hein ? Quand tu détroussais, pillais les convois, il me semble que ce n’était pas à l’abri des dangers, à moins que tu ne sois qu’une pauvre lopette ? Tu peux terminer ta partie, mais tu n’en entameras pas de nouvelle, on part juste après. Gare à toi si tu fuis, je te retrouverai et te châtierai d’une façon que tu ne puisses imaginer. Quant à ta liberté, on verra, tout dépendra de ta coopération et de ce que les juges décideront, scélérat ! On ne peut se permettre de vivre comme on l’entend sans en assumer les conséquences, il aurait peut-être fallu apprendre à grandir, Red Fox, ton pelage est tâché par le sang de bon nombre de gens qui sont morts en te voyant. Quand ce sera fini, tu me retrouveras dehors, ne me fais pas faux bond ! »


Soit l’étranger n’avait pas mué, soit il avait une voix assez efféminée. L’un des participants de notre partie arracha le foulard du trouble-fête lorsqu’il passa à sa hauteur, la réaction qui s’en suivit fût d’une rare violence : notre infortuné bagarreur qui souhaitait ridiculiser ce malotru s’est retrouvé le bras fracassé, la bouche en sang, trois dents cassées, des côtés brisées, castré… L’étrangère n’y était pas allée de main morte, car à notre grande stupeur, c’était une femme ! Il y eût des sifflements d’admiration, avant qu’on n’entende quelqu’un hurler du fond du saloon.

« C’est Lady Ivy, la chasseuse de prime la plus crainte du Far West ! Gare à vous si elle vous a dans le collimateur, elle vous trancherait comme du beurre !
-Parker Junior, on m’a beaucoup parlé de toi, je ne pensais pas que tu te réfugiais dans un tel trou à rats ! Le fils prodigue du Maestro se terrerait en pleutre ? Il faut dire que quand papa donne le ton, tout le monde suit, mis à part toi. Que s’est-il passé, ils t’ont chassé ? Oh, à ce que je me souvienne, il me semble qu’une crise d’adolescence est possible à vingt ans.
-Garce, tout le monde sait qui je suis maintenant ! Tu vas regretter tes paroles, vipère ! »


Au moment où Parker Junior dégaina, il reçut une balle en plein cœur : Lady Ivy avait fait mouche ! Le Sheriff qui passait par là, alerté par les coups de feu, vint s’enquérir de ce qu’il se passait. Nous continuions à jouer pendant qu’ils s’expliquaient, cela ne dura que quelques minutes avant que nous décidâmes d’arrêter car nous constations que tout était arrangé. Lady Ivy empocha sa prime et partit avec son détenu, le patron du saloon pouvait enfin respirer, le pire avait été évité. Tout le monde reprit son train-train quotidien, et on fit comme si de rien n’était : Bienvenue dans le Grand Ouest Américain !


 

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

 

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