Pierce Nitegun - Chat perché (2/2)
Depuis déjà deux heures durant nous recherchons son animal de compagnie, mais pas moyen de mettre la main dessus : autant le dire de suite, nous cherchons une aiguille dans une botte de foin ! L’agglomération est vaste, et bien qu’un chat n’ait pour habitude de ne pas trop s’aventurer fort loin de son refuge, il a peut-être préféré résider dans un foyer plus confortable, à moins qu’il ne se soit définitivement tiré avec une femelle ? Mais une promesse étant une promesse, je suis contraint d’encore accompagner la petite fille dans ses fouilles.
Lasse de marcher depuis tout ce temps, elle s’arrête sur un banc, fondant en larmes à l’idée de ne plus jamais retrouver son matou. Je ne suis guère à l’aise, réconforter une grande personne m’est déjà difficile, alors une enfant, c’est trop me demander ! Je m’approche d’elle maladroitement, m’accroupissant pour être à sa hauteur, posant ma main droite sur son crâne de manière paternelle.
-Courage petite, il ne faut jamais baisser les bras : la dernière heure sera la bonne ! Comme on dit, jamais deux sans trois, ton animal est un petit plaisantin ma parole ! Elle lève la tête et me sourit, ayant regagné confiance, elle m’interroge, me laissant le soin de diriger les opérations durant nos derniers instants de collaboration.
-Et maintenant, où va-t-on monsieur Nitegun ? C’est vaste par ici, y’a des gens de partout, c’est à en attraper le tournis ! Je suis trop fatiguée pour réfléchir en me mettant à la place de mon chat, s’il vous plaît, faites-le vous.
Les gamins de cet âge s’expriment de manière très enfantine, qu’importe, tant que c’est compréhensible ça me va. Amusé à l’idée que cette bambine pense que je suis capable de penser et agir comme un félin, je médite quant à la situation présente tout en contemplant le quartier chaud dont nous sommes en lisière. Ayant une idée lumineuse pour ne pas dire brillante, je lui propose de fouiner dans ces ruelles malfamées où il est bien rare qu’un mioche pénètre. Elle eut un mouvement de recul lorsqu’elle entendit ma requête, mais sa crainte s’envola aussi vite qu’elle était apparue étant donné qu’elle est émoustillée à l’idée de récupérer son matou. Lui recommandant de rester collée à moi, elle se plie à mes ordres sans broncher.
Nous déambulons dans ces lieux non sans être observés par les riverains et clients des restaurants locaux qui nous dévisagent en quête de ragots ou d’un mauvais coup à accomplir. Il est vrai que je dois passer pour un pédophile en m’introduisant ici en compagnie d’une fillette, mais qu’importe, le travail avant tout chose : restons professionnel ! Pressé d’achever cette affaire au plus vite pour ressortir de ce labyrinthe citadin, nous passons en coup de vent, zyeutant de tous côtés pour tenter d’apercevoir notre fugueur, mais nulle preuve de son passage ne nous est offerte.
Une demi-heure déjà écoulée, je suis sur le point d’abandonner pour assurer notre sécurité car je distingue graviter aux alentours du menu fretin en mal de victimes à détrousser, je feins de refaire un lacet afin de discrètement introduire une lame dans ma manche gauche de veston : mieux vaut être prêt à réagir dans la fraction de seconde. Ce faisant, je suis intrigué par un « ploc, ploc » des plus intimidant. Mon regard furette sur le pavage pour découvrir le point de chute des gouttelettes, et voilà que je perçois que c’est bien ce que je pensais : du sang, du sang s’écoulant lentement le long d’un cadavre fraîchement refroidi. Prêt à riposter au moindre geste suspect, je m’approche de cette lugubre découverte avec la petite qui se sent défaillir à la vue de l’hémoglobine répandue à terre. Allons, pas le temps de tomber dans les vapes ! Je la secoue et lui incombe de guetter les environs pendant que je vais reculer dans la rue pour avoir un angle qui me permette d’apercevoir de quel cadavre il s’agit, car j’en suis empêché par la devanture.
Empreinte de son rôle, elle assure mes arrières pendant que je constate de ce dont il s’agit, et quelle vision d’horreur détiens-je en voyant en long, en large et en travers le cadavre d’un chat cloué par les pattes et la queue à la façade boisée de la maison de ville. L’animal fut placé dos contre le mur, les côtes ont été mises à nues et ouvertes telles des ailes, les orbites et oreilles de l’animal ayant été soustraites. Dubitatif, je m’attarde, statique, des souvenirs cauchemardesques surgissant à mon esprit. La petite fille s’approche par mégarde, et surtout par curiosité comme j’ignorais ses appels, et voilà que ses cris perçant me ramènent à la réalité en me faisant comprendre qu’il s’agit de son animal.
-Je suis désolé pour Ptilion, je m’occuperai du malade qui a fait ça, je te le promets !...
Le Fallen Buffoon est sur ma trace, ce premier indice est un avertissement non négligeable : il m’a trouvé et compte m’ajouter à sa longue liste de victimes, je suppose que ce tueur fou a été embauché par d’ex collègues du milieu auxquels mon changement de situation n’a pas plu. Je dois me tenir sur mes gardes : mon ennemi est on ne peut plus près que je l’imagine, tapis dans l’ombre, attendant le moment favorable pour m’assassiner. Sans doute est-il là, à me scruter à l’instant même ? Un mouvement de rideau à l’une des fenêtres de l’habitation, je m’empare fermement de la main de la gamine et nous extrait de ce quartier.
Sur le chemin du retour à son domicile, ayant arrêté de sangloter, elle s’adresse à moi.
-Monsieur Nitegun, tenez, prenez, c’est tout ce que j’ai : je tiens à vous régler. Elle me glisse dans la main ses économies qui atteignirent cependant une coquette somme : je ne suis pas perdant dans l’histoire ! Lui redonnant, elle réfute mon geste en rétorquant.
-C’est pour vous, c’est à vous : hors de question que vous m’y rendiez ! Et de ce fait, j’espère aussi vous convaincre d’accepter d’aider ma mère : vous devez l’exhorter de louer vos services, autrement elle va mourir ! De méchants messieurs lui veulent du mal depuis la mort de papa…
"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."
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Ecrivain Romaric Aubertin. 21 likes · 1 talking about this. Jeune écrivain varois de 19 ans en Terminale ST2S. Je prépare mon entrée en IFSI. Je suis passionné par l'écriture et me lance en m...
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