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Révélations sur la disparition des dinosaures

par Romaric AUBERTIN

publié dans Romaric AUBERTIN , Nouvelle , Thème hebdomadaire

La nouvelle de Romaric AUBERTIN sur le Thème: "L'influence des radis noirs du Pérou sur l'extinction des dinosaures"



-Ludovic, hé ! Comment vas-tu ? La rentrée se passe bien ? M’interpelle mon ami Paul dans la cafétéria où je suis parti manger pour la pause déjeuner.
-Paul, toi, ici, en pleine cafétéria de la faculté ? J’hallucine ! Je pensais que tu avais complètement arrêté tes études. Lui rétorqué-je en lui tapant dans le dos, tout content de le revoir. Il est vrai que ça faisait une bonne année que je ne l’avais plus revu, et comme il n’avait aucun appareil high-tech ( il rejetait absolument contre notre société de consommation ), ce fut difficile de nouer le contact.
-Allons, qui t’as donc chanté ça ? Il est vrai que nous nous sommes perdus de vue après le Bac, mais j’avais décidé de prendre une année sabbatique. Dis-moi, tu bosses dans quoi depuis ? Tu t’es enfin lancé dans ton projet d’archéologie ?
-Ne m’en parle pas, on a à faire à des barges ! Tous des allumés là-dedans, qu’est-ce qui m’a pris de vouloir travailler dans ce domaine ?
-Je n’en reviens pas que tu parles de cette manière alors que tu consacrais toute ta vie à cette passion, sacré Ludovic, tu me feras toujours autant rire !
-Laisse-moi t’expliquer, le pire est à venir. Et toi, tu t’es inscrit en toi avant que je te narre mon histoire ?
-Oh, tu as dû le deviner je suppose, non ? Je vois à ta tête dépitée que tu sembles hésitant, soit : je compte plus tard rentrer dans un métier en rapport avec l’écologie et le Zen, tu sais bien que je suis très cool ! D’ailleurs, en parlant de ça, t’en veux un peu ?
Il me tend un pétard roulé comme à sa bonne habitude. Paul est un hippie complètement à la masse, mais il est tellement drôle qu’on devient vite ami avec lui, rien que pour s’amuser un peu dans ce monde trop conditionné. Je tire quelques bouffées en souvenir du bon vieux temps et entame mon récit.

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Cela s’est passé cette matinée, nous entrions dans notre amphithéâtre pour les deux premières heures de cours de la journée. Nous avions pris place depuis un bon moment mais ne voyions personne arriver, la situation était favorable aux retardataires qui saisirent l’opportunité de ne point être remarqués dès la première journée. Un bon quart d’heure plus tard que tout le monde ait pris place, soit après une demi-heure que le cours aurait déjà dû commencer, arriva notre prof de l’année. C’était, à son apparence, un véritable rat de bibliothèques : lunettes, cheveux courts mais luisant de crasse, habillé à la mode des années cinquante, une vieille sacoche en cuir tellement usagée qu’elle donnait l’impression que son fond allait craquer d’une seconde à l’autre. Le gars était maigre, le visage émacié, bigleux comme un cloporte, sourd comme un pot, je te jure ! Toute l’assistance commençait à se moquer de sa dégaine, et il ne trouva qu’à nous poser la question suivante :

-Silence dans la salle, je parle ! Dîtes, ce n’est pas les alarmes incendies qu’on entend ? Diantre, ils vont m’empêcher de donner mon cours, les saligauds ! Je croyais que le bizutage pour les nouveaux était fini dans les structures d’Etat, malheur est de le constater…

Il fixait l’audience d’un air de rongeur en quête de nourriture, on éclata tous de rire face à ce pitre qui, aux propos qu’il tenait, venait d’être fraîchement diplômé. Mais cet imbécile n’était quand même pas si dupe, et voilà qu’il choppa par le décolleté une fille du premier rang.

-Mademoiselle, vous rigolez ! Il n’y a rien de drôle là-dedans, nous pourrions tous mourir en cas de mauvaise blague, et vous, vous ne trouvez qu’à en rire ? Pas étonnant vue votre habit, j’en touche presque vos seins, c’est incestueux ! Puisque vous paraissez trouver la situation si drôle, je vais vous donner une bonne leçon, on verra si vous rigolerez encore longtemps, mais je vous préviens, vous quittez ma salle ou vous vous plaignez au directeur, et c’est la porte de mon cours ! Fini l’année, pigé ?

Il lui arrache de force son vêtement sous nos yeux, déchirant à la fois son soutien-gorge. La jeune femme, rouge de honte, tenta de protéger ses attributs des regards intéressés des mecs de la classe, mais l’enseignant lui tapa sur les mains à coup de règle pour la forcer à se tenir droite sans se cacher. Je te jure, dès les premiers instants, après le fou rire général passé, on commençait à se dire à quel genre de cinglé avions-nous à faire ? C’est à ce moment-là qu’il reprit.

-Tiens, fausse alerte dirait-on, on n’entend plus rien… Marchant jusqu’à son bureau, butant contre la poubelle et manquant de se ramasser la tête la première contre le tableau, ce bougre de nouveau prof de Fac se plaça à son bureau, droit comme la justice, ses lunettes sur le bout du nez.

-Excusez-moi pour cette acrobatie pas professionnelle du tout, on se doit d’être sans faille et là je n’ai pas été à la hauteur de ma tâche, mais je vais vite me rattraper ! Je m’appelle monsieur Emile FAYOT, vieux garçon de quarante-ans ayant, tout juste diplômé d’Etat ! J’ai un Bac plus vingt étant donné que j’ai effectué un paquet de tentatives pour le décrocher, et mon obstination a payé ! Ils m’ont remis dépité ce fameux sésame qui m’a ouvert les portes de ce prestigieux établissement.
Bien, nous ne sommes pas là pour uniquement parler de ma vie, ou regarder les deux jumeaux de votre camarade la comique, alors il serait temps de se mettre au travail ! Sortez vos cahiers et prenez des notes, je ne me répèterai pas je vous préviens !


Nous nous exécutâmes, préférant ne pas le vexer. Lui saisit une craie qui traînait dans sa vieille sacoche et inscrivit au tableau, tout en nous assourdissant d’horribles sons grinçants aigus, la question suivante : Pourquoi les dinosaures ont-ils disparu ? Se plaçant face à nous, il nous demanda de lui répondre. Le premier d’entre nous, un intello, lui répondit le plus simplement du monde :
-Cette question est on ne peut plus simple : à cause d’une météorite s’étant écrasée à la surface de la Terre bien sûre ! Provoquant des cataclysmes considérables, un ciel emplit de cendres empêchant toute luminosité de pénétrer, la Terre est soudainement entrée dans une aire apocalyptique qui…
-Vous avez tout faux jeune homme ! Suivant ? Personne ?
L’enseignant choisit une personne dans l’assistance.
-Toi là, oui, toi ! Réponds-nous.
-Ben, heu… C’est simple, en fait, il y a eu des catastrophes naturelles style séismes, éruptions volcaniques…
-Faux, faux et archifaux ! Mademoiselle comique aux gros seins, une réponse ? Je la sens sur le bout de votre langue !
-Je dirai qu’ils sont morts de maladie ?
-Votre intelligence n’est pas de la grosseur de votre poitrine, je n’en doutais pas un brin ! Suivant ?
-Moi, moi, moi !
Cria un cancre du dernier rang.
-Monsieur pense avoir la réponse ? Nous t’écoutons, cultive-nous.
-En fait tu vois, le truc c’est qu’les dinosaures ils ont disparu parce qu’les conditions elles étaient pas favorables. Alors ils avaient plus d’bouffe, ils s’sont dévorés les uns les autres, les herbivores se sont suicidés du haut d’une falaise quand ils crevaient trop la dalle, et tout est bien qui finit bien pour nous !
-Imbécile, abruti, cancrelat, pauvre connard ! Assez, assez ! Sors de mon cours, dehors ! Du balai ! Ignorant, barbare, sauvage !


L’infortuné mauvais élève vit son année s’envoler sous ses yeux dès qu’il exposa sa culture si profonde. Je souris de son idiotie, il désirait peut-être se rendre intéressant, mais une chose était certaine : il venait de superbement réussir sa seconde année d’étude.
Monsieur Emile fouilla son horrible sacoche et en retira diverses feuilles qu’il nous demanda de prendre en faisant passer le reste du paquet à son voisin de derrière de manière à servir tout le monde. Commençant à prendre connaissance du contenu, je vis l’image d’un légume que je ne connaissais pas et me demandait d’où avait-il bien pu tirer ceci ? Mais je n’eus guère le temps de m’imprégner du contenu, le prof continua.

-Si les dinosaures ont disparu, c’est UNIQUEMENT à cause du radis noir du Pérou ! Vous voyez, lorsqu’ils ont découvert cette plante, ce fut comme la drogue pour nous : un véritable fléau qui altéra leurs sens et leur monta au cerveau.
Les herbivores, friands de ce légume, en devinrent de gros consommateurs et ravagèrent des parcelles entières de cette plante. Ils hallucinèrent des jours durant, ne cessant de brouter cette nourriture qui poussait à vitesse grand V. Dans l’incapacité de se défendre, les prédateurs les dévorèrent sans le moindre mal. Malheureusement pour eux, leurs proies étant complètement imprégnées des effets néfastes de cette substance leur passèrent ce maudit poison qui s’étendit donc à cette caste de dinosaures : ce fut le début de la fin. Des massacres à foison jusqu’à ce que tous soient complètement drogués de manière irréversible, et résultat, plus d’instinct de survie, plus de reproduction, plus d’intérêt pour autre chose que pour les hallucinations qui s’offraient à eux.
Ils ont donc disparu comme le feraient les drogués d’aujourd’hui si nous n’étions là pour les réguler, des questions ?


Un membre du personnel de la Fac requit l’attention de Monsieur Emile et lui demanda de le suivre. Lorsque le prof fut sorti, l’amphithéâtre fut plongé dans un brouhaha permanent jusqu’à la fin de l’horaire du cours. Quelques gars s’étaient amusés à tirer les lolos de l’infortunée bimbo du premier rang, quand le chat n’est pas là les souris dansent !

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-Enfin voilà, tu vois le genre ? Paul éclata d’un rire sonore qui réverbéra dans la pièce entière.
-Ouais man, une chose est sûre, t’as le meilleur maître qui soit ! Je payerai cher pour assister à l’un de tes cours, ça doit en valoir le coup. Attends, je te laisse ! Faut que j’aille causer à mon pote l’éléphant rose qui se trimballe dehors avant qu’il ne cause trop de dégâts.


Il me semblait vous avoir déjà dit que Paul est étrange, j’avais omis de préciser qu’il croit et voit l’éléphant rose lorsqu’il est sous l’emprise de stupéfiant. Je m’étends donc sur ma chaise, croise les pieds sur la table, et pique un petit somme, le sourire banane, transporté sur une plage brésilienne au soleil, des filles à l’horizon, un verre d’alcool dans une main, dans l’autre, un radis noir avec la tête du prof que je donne à manger à un diplodocus pour ne plus l’entendre brailler à tue-tête.

 

 


"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

 

 

 

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