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L'Auberge de Vaporiatum - Chapitre 1 - 2/4

par Romaric AUBERTIN

publié dans romaric aubertin , l'auberge de vaporiatum

L'Auberge de Vaporiatum - Chapitre 1 - 2/4

Deuxièment partie du Chapitre I de L'Auberge de Vaporiatum. Celle-ci est axée sur la traque du Poumar Doré par le Traqueur et son Apprenti. Ont-ils réussi ? Quelles péripéties leur sont tombées dessus ? Vous le découvrirez en lisant !

 

Le Traqueur, l'Apprenti et le Poumar

Nous étions sur les traces d’un Poumar doré que nous avions aperçu quelques jours auparavant en cherchant ce rare spécimen parmi ses congénères résidant dans la Montagne Perdue. Nous campâmes un soir près d’une rivière, nous en profitâmes, mon apprenti et moi-même, pour refaire nos stocks de provisions. Cela faisait des jours que ce maudit Poumar doré nous faisait courir à travers toute la Montagne Perdue pour l’abattre et le dépecer. La peau d’un Poumar dorée valant près d’un million de Boglars, nous étions fortement motivés et nous ne désirions pas l’abandonner ! Je suis traqueur depuis ma plus tendre enfance, ce n’était pas un Poumar, aussi rare soit-il, qui allait réussir à filer à ma barbe et à mon nez ! Nous nous étions jurés de le tuer, cela serait fait ! En nous réveillant, nous démontâmes le camp et recherchâmes à nouveau des traces de son passage, comme nous le faisions chaque jour. Cela était fatiguant et harassant, mais nous étions déterminés. Ne baissant pas les bras, nous étions sur ses pas quand, à nouveau, nous l’aperçûmes. Il était en haut d’un aplomb rocheux. Cet animal nous toisait. Nous étions vexés et décidions d’escalader afin de le choper, cela semblait le chemin le plus court pour le rattraper, et puis, ce n’était pas une cinquantaine de mètres qui allait nous faire peur ! Cela nous pris une demi-heure pour arriver au sommet de cette paroi, mais qu’importe, l’essentiel c’est que nous y étions. J’appris à mon apprenti à sentir les déjections de sa proie afin de déterminer approximativement l’heure à laquelle elle était passée. Cela était frais et datait de moins d’une heure, sans doute peu de temps après qu’il nous ait repéré. Nous trouvâmes d’autres traces et le suivirent ainsi, cherchant la moindre trace de griffure, la moindre touffe de poils accrochée dans un buisson acéré, le moindre indice qui semblait indiquer son passage… Suivant son passage, nous arrivâmes ainsi à une petite clairière avec une cascade faisant au moins deux cent mètres. Nous étions abasourdis par la beauté du lieu et le contemplâmes. C’était indescriptible, on se sentait subitement apaisés. Nous étions comme hypnotisés par l’atmosphère qui régnait à cet endroit. La lumière du soleil pénétrait ces hautes pinèdes, les oiseaux roucoulaient alors qu’auparavant, le silence était. Tout semblait changé à cet endroit, comme si la nature voulait nous adresser un message. Reprenant nos esprits, nous reprîmes notre traque, mais quelques pas plus tard, nous nous stoppâmes net. Nous remarquâmes que nous étions cernés par plusieurs Poumars, ces maudits félins cruels au pelage vert et tacheté de noir, aux deux puissantes pattes antérieurs possédant sept griffes qui vous déchiquètent en moins de deux secondes ! Ses pattes postérieures sont moins développées, car elles ne leur servent que d’appui. Seules leurs pattes antérieures leurs permettent de bondir et de sauvagement vous arracher la peau. Je regardais attentivement autour de moi mais ne trouvais aucun échappatoire possible, la mort n’était donc pas une option. A notre gauche, une paroi abrupte impossible à escalader rapidement, à notre droite, des sapins et la rivière juste derrière eux. Les Poumars nous faisaient face et nous approchaient également par les angles morts. Voyant notre dernière heure arriver, j’épaulais mon fusil à double canons, à vapeur, à répétition, bien décidé à descendre quelques-uns avant de décéder, tandis que mon apprenti serrait fortement son fusil à pierre. C’était un vieux modèle désuet mais qui faisait toujours aussi bien mouche, l’arme parfaite pour débuter à mes côtés cette activité ! Nous étions prêts à faire feu, lorsque nous revîmes ce Poumar doré qui arrêta ses frères d’un cri et s’approcha de nous. Il ouvrit la gueule, présentant ses crocs affutés. Nous nous attendions à ce qu’il nous mangea en deux bouchées, mais celui-ci nous parla sur un ton affirmé.

« Vous, les chasseurs expérimentés ! C’est ma peau que vous voulez, n’est-ce pas ? Elle vaut chère, alors, je vous propose un marché. Vous qui avez eu l’audace de me suivre et avez résisté à cette longue marche, vous qui êtes aujourd’hui éreintés, je vous propose de récupérer une peau si vous mettez fin aux souffrances de mon père. S’il part rapidement, sans souffrance, comme vous êtes capables de faire lorsque vous chassez, son pelage vous appartiendra. »

Surpris, nous acceptâmes d’un hochement de tête. Le Poumar nous emmena près de la cascade, la traversa, et nous ordonna de venir le rejoindre. Nous le fîmes, la peur au ventre, ne sachant pas ce qu’il nous attendait. Après tout, peut-être désirait-il nous piéger ? En passant de l’autre côté, nous étions soulagés, le Poumar avait dit vrai. Un vieux Poumar au pelage doré éclatant se tenait allongé sur une couche improvisée avec de l’herbe fraîche.

« Voici mon père. Il se meurt d’une maladie incurable que seuls nous pouvons contracter. Il souffre d’un mal que nous ne pouvons soigner, et ne préférant le laisser chaque jour se battre pour garder une vie qui veut s’en aller, je vous demande de proprement l’achever. A qui l’honneur ? »

Etant le roi de la gâchette, je fis signe à mon apprenti de me laisser faire et déchargeai une balle dans la tête du vieux Poumar doré. Avant de partir, son regard semblait me dire merci. La besogne effectuée, j’entendis mon apprenti pousser un cri de surprise. Je me retournai vivement et poussai à mon tour le même cri. Le vigoureux Poumar doré s’était transformé en être humain ! Il rit de notre stupeur et nous parla d’une voix calme en nous tendant la main.

« Nous avons la faculté de pouvoir nous transformer en animaux, tel est le don de notre tribu. Nous sommes dorés pour nous différencier des véritables Poumars, voilà pourquoi nous sommes si rares. Pourquoi vous ai-je demandé de tuer mon père ? Tout simplement car nous ne pouvons-nous entretuer entre membres d’une même tribu, des sortilèges l’en empêchent, et tout individu transgressant cette loi se voit tuer lui aussi. Vous me traquiez depuis plusieurs jours, et moi je m’amusais avec vous, jusqu’à ce que je lise dans votre esprit et comprenne que vous n’étiez pas de stupides braconniers. Oh, bien sûr, avant cela, je vous aurai bien déchiqueté, mais après, je me suis dit que vous pourriez peut-être m’aider à délivrer mon père d’un véritable courroux. Son calvaire terminé, je vous prie de m’excuser pour l’accueil que je vous ai fait. Avant que vous partiez, j’aimerais vous laisser un autre cadeau. Pour nous, cela ne sert à rien, mais vous, cela vous évitera de mourir… Cessez votre activité, vous aurez de quoi mener une vie rêvée, alors, une fois en possession de ces biens, foncez et faites ce que vous voulez ! »

Il nous pria de le suivre jusqu’au fond de la grotte. Nous découvrîmes quelques petits coffres remplis d’or et de pierres précieuses. Nous exprimâmes toute notre gratitude envers notre hôte, et partirent le lendemain matin en le remerciant une dernière fois. Il nous bénit et nous souhaita bonne route, mais ce qu’il ne savait pas, c’est que la chance allait devenir calvaire…


 

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

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